<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110</id><updated>2011-11-28T01:25:58.006+01:00</updated><title type='text'>L'Ambition de Jean Trémisort</title><subtitle type='html'>ILLUSTRATIONS DE ÉMILE MAS</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>25</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-5772382052842972229</id><published>2007-11-26T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:51.167+01:00</updated><title type='text'>XXV.-  Sans fin !</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;I&lt;/span&gt;ls partirent, et Agathe rentra dans sa maison solitaire, pendant que Pâquerette retournait à Rouen. La vie recommença pour elles, avec son fardeau de chaque jour. Pour Agathe, rien n'était changé : elle travaillait, elle se souvenait, elle attendait son fils, comme pendant ses précédents voyages. Mais Pâquerette ne reprit point ses plaisirs d'autrefois, non plus que sa gaîté. On ne la revit plus dans les bals où elle brillait naguère ; elle refusa toutes les invitations, et répondit à son père et à Monique qui la pressaient de sortir et de se distraire : &lt;dialog&gt;« Jean est parti pour l'amour de moi, et j'irai m'amuser, danser et rire pendant que peut-être il souffre ou qu'il est en danger ! Je n'ai jamais compris les femmes de marins qui peuvent s'égayer pendant les absences de leur mari. Je reparaîtrai dans le monde au bras de Jean, et je vous assure que je prendrai ma revanche, alors ! Mais jusque-là, laissez-moi vivre entre vous deux: est-ce que ma société ne vous suffît pas ? est-ce que vous tenez beaucoup à sortir ? Non, n'est-ce pas ? vous ne le faisiez que pour moi ! Restons donc tous les trois ensemble, et parlons de lui ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, on parlait de lui sans cesse au foyer du docteur Auribel. Pâquerette avait voulu s'abonner à tous les journaux, à toutes les revues qui s'occupaient de voyages, et surtout de l'Afrique ; et chaque soir, sur la carte aux grands espaces laissés en blanc par l'ignorance ou l'incertitude des géograplies, on cherchait la route de Jean. Où était-il ? que faisait-il ? n'était-il point malade ? avançait-il vers le but ? espérait-il pouvoir bientôt songer au retour? Pâquerette relisait ses lettres, fréquentes d'abord, quand il avait pu écrire des points où son paquebot avait fait escale ou rencontré des navires revenant en France, puis plus rares depuis son arrivée à Dakar et le départ de l'expédition. Dans sa dernière lettre, datée de la veille de son départ, Jean remerciait sa fiancée, dont il venait de recevoir pour la première fois des nouvelles : le journal détaillé de sa vie, telle qu'elle l'avait réglée, et telle qu'elle comptait la continuer jusqu'à son retour. Jean parti, il y eut un long silence; puis Pâquerette reçut une longue lettre pleine d'espoir et d'enthousiasme, confiée à une caravane qu'on avait croisée dans le Soudan. Cette caravane emportait en même temps un mémoire et des échantillons de plantes que Jean adressait à un célèbre professeur de Paris pour les présenter à l'Académie de Médecine. Le jeune homme parlait à sa fiancée d'une embuscade, de dangers auxquels ils avaient échappé; mais il se taisait sur le rôle qu'il y avait joué, et ce fut un billet de Varnelle qui apprit au docteur Auribel que la petite colonne avait dû son salut à la présence d'esprit et au courage de Jean Trémisort. Varnelle ajoutait qu'il ne manquait pas d'en aviser le ministre, et qu'il en résulterait un commencement de gloire pour son ami. &lt;dialog&gt;Cette aventure,&lt;/dialog&gt; disait-il, &lt;dialog&gt;et les résultats que nous avons déjà obtenus, vont bien avancer nos affaires, et en particulier celles de Jean; il sera célèbre quand nous reviendrons, et s'il fait des conférences sur les remèdes merveilleux qu'il a découverts, on montera sur les chaises pour mieux le voir. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette voulut aller à Saint-Roch tout exprès pour lire cette lettre à la mère Agathe, qui ne savait lire que l'écriture de Jean. Elle aussi avait reçu une lettre de son fils, qui parlait déjà de retour et la remerciait de l'avoir laissé partir. &lt;dialog&gt;« II n'y aura plus d'ombre maintenant sur mon bonheur, mère chérie,&lt;/dialog&gt; lui disait-il, &lt;dialog&gt;et je pourrai consacrer toute ma vie à vous rendre heureuses, ma Pâquerette et toi : vous l'aurez bien gagné. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mère et la fiancée eurent encore là quelques heureux jours. Le printemps était revenu, leur rapportant les doux souvenirs de tant d'années; et Agathe ne se refusait plus à raconter à Pâquerette « ce que faisait Jean quand il était petit ». Et puis elles revenaient sur la première arrivée de M. Auribel à Saint-Roch, sur celle de Monique avec Pâquerette, sur les leçons de lecture de Jean ; les récits de l'une s'enchaînaient aux récits de l'autre, c'était comme un livre dont elles tournaient à l'envi les pages, et qu'elles pouvaient ouvrir n'importe où, au hasard, sans jamais s'en lasser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'été se passa ainsi; il y avait plus d'un an que Jean avait quitté la France. Plus de nouvelles! ce n'était pas étonnant, la poste ne fonctionnant pas dans le centre de l'Afrique. On n'aurait pu recevoir de lettres que grâice au hasard de quelque caravane rencontrée par les voyageurs, comme c'était déjà arrivé ; mais peut-être n'était-ce pas la saison. Il n'y avait pas de quoi s'inquiéter; et Pâquerette continuait à écrire à Jean le journal de toutes ses actions ; il le trouverait en revenant à Saint-Louis, et il verrait qu'elle n'avait jamais cessé de penser à lui. Il le lirait pendant la traversée, et cela lui ferait prendre le temps en patience. Elle ne lui parlait pas seulement d'elle et de sa mère, elle lui contait le bruit que ses travaux avaient déjà fait à Paris, elle lui envoyait les journaux où il en était question, elle le félicitait, et lui recommandait en plaisantant de ne pas devenir trop illustre de peur qu'il ne fût tenté de la dédaigner. Elle lisait des passages de ses lettres à la mère Agathe qui les&lt;br /&gt;écoutait en souriant, et elle ajoutait quelques mots sous sa dictée. Elles s'étaient séparées à l'automne, confiantes et joyeuses ; et le dernier jour de décembre, Pâquerette, malgré la neige et le froid, entraîna son père et sa cousine à Saint-Roch, pour fêter avec Agathe le commencement de la nouvelle année, l'année où Jean allait revenir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant il ne revenait point. On n'avait de la mission Varnelle aucunes nouvelles précises, mais des bruits vagues et inquiétants commençaient à circuler. On parlait de tribus hostiles, réunies pour empêcher les voyageurs d'aller plus loin. Des nègres de l'escorte arrivèrent aux possessions françaises, racontant que les blancs avaient été faits prisonniers et emmenés dans le Sud. Leur relation n'était pas claire: avaient-ils trahi leurs maîtres, s'étaient-ils échappés pendant le combat, en étaient-ils revenus par crainte des peuplades ennemies de la leur que l'expédition devait traverser ? Nul ne le sut jamais; et les bruits alarmants prenant de jour en jour plus de consistance, le Gouverneur de Saint-Louis forma une colonne de volontaires courageux, chargés de chercher les traces de la mission Varnelle et Trémisort et de s'assurer de sa destinée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hélas ! combien ces contrées inhospitalières en ont-elles dévoré de ces pionniers dé la civilisation, partis pleins d'espoir et de courage, et qui ne sont jamais revenus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'hiver passa, puis le printemps. La dernière joie de Pâquerette et de la mère Agathe fut la lecture du Journal Officiel du 1&lt;small&gt;&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; juin, qui annonçait que le Ministre de !a Marine venait d'envoyer au docteur Trémisort, en récompense de ses travaux, de ses  découvertes et de son courage héroïque dans I'affaire de X..., la croix de la Légion d'honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« II la trouvera en rentrant à Saint-Louis,&lt;/dialog&gt; se dirent elles, &lt;dialog&gt;et il nous arrivera avec le ruban rouge à sa bouttonnière ! »&lt;/dialog&gt; Cette décoration les rassurait un peu : il leur semblait que le ministre devait avoir des nouvelles de Jean, puisqu'il lui donnait la croix. Les pauvres femmes, ignorantes des lenteurs bureaucratiques, ne savaient pas que les nouvelles du Ministre remontaient juste à la même époque que les leurs. Elles continuèrent donc à attendre et à espérer, longtemps après que toute espérance se fut évanouie. Dans les sphères officielles, on ne doutait plus depuis longtemps, et on déplorait la perte de deux jeunes gens de si grand avenir. Un des anciens chefs de Jean Trémisort, qui connaissait sa vie et son humble origine parla de sa mère qui perdait tout avec lui .. et un jour, Agathe vit arriver à son adresse une lettre volumineuse, dont l'adresse n'était point de la main de son fils. Elle la porta à la Mignonnette où Monique et Pâquerette étaient revenues depuis quelques jours. Dangrune était avec elles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voyez, ma fille, ce qu'on m'apporte ! Cela vient de Paris, dit le facteur. Voyez ce que c'est, je vous en prie. Il y a peut-être des nouvelles de Jean ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdZDM7t2wI/AAAAAAAAAlQ/o6Yo6eXMNvA/s1600-h/tremisort27.jpeg" title="Pâquerette était évanouie."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdZDM7t2wI/AAAAAAAAAlQ/o6Yo6eXMNvA/s400/tremisort27.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122661012703402754" /&gt;&lt;/a&gt;Pâquerette ouvrit, lut, devint pâle comme une morte et se renversa sur le dossier de son fauteuil : elle était évanouie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant que Monique la secourait, Dangrune parcourut la lettre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Qu'y a-t-il, monsieur Dangrune?&lt;/dialog&gt; dit Agathe saisie d'effroi. &lt;dialog&gt;Un malheur, j'en suis sûre. Lisez tout haut, je veux savoir ce que c'est! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La lettre écrite au nom du ministre informant M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; veuve Trémisort de la disparition du docteur Jean Trémisort, médecin de 2&lt;small&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; classe de la Marine, qui selon toutes les probabilités avait péri avec le lieutenant Varnelle et leur escorte, pendant le cours de leur mission dans le Soudan septentrional. Suivaient quelque paroles de condoléances sur la mort d'un officier en qui la France perdait un de ses plus glorieux enfants, et le brevet d'une pension de six cents francs accordée à sa mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe demeura un instant atterrée, les yeux fixes comme changée en statue: on eût dit, tant elle était pâle, que tout son sang avait reflué vers son cœur. Tout à coup elle repoussa d'une main fiévreuse la fatale lettre, en s'écriant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Non ! non ! ce n'est pas vrai ! Lisez encore: ils ne disent pas qu'ils l'ont vu, ils n'ont pas retrouvé son corps ? Pourquoi disent-ils donc qu'il est mort? Pâquerette, ma fille, ne le croyez pas! n'est-ce pas qu'il ne peut pas être mort? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette n'était pas en état de lui répondre: elle ne revenait point de son évanouissement, et il fallut la mettre au lit, où elle ne reprit ses sens que pour être saisie par une fièvre ardente. Son père, accouru à son chevet, la disputa pendant des semaines à la mort, ou à la folie, car elle ne reconnaissait personne, et ne prononçait que des paroles sans suite. Enfin la fièvre la quitta, elle reconnut son père, Monique, la mère Agathe, et ses forces revinrent peu à peu. Elle ne parlait pas de Jean, et le docteur, anxieux, se demandait si sa mémoire n'avait point disparu dans cette crise terrible. Mais elle fit bien voir qu'elle n'avait rien oublié, lorsque pour la première fois on lui proposa d'essayer de se lever.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pas à présent,&lt;/dialog&gt; dit-elle : &lt;dialog&gt;je n'ai'que des robes de couleur. Tante, achète-moi une robe noire... une robe de veuve ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique et le docteur ne purent retenir leurs larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je suis bien fâchée de vous faire de la peine,&lt;/dialog&gt; leur dit-elle. &lt;dialog&gt;Pardonnez-moi... j'ai le cœur brisé... Mon pauvre Jean ! nous aurions pu être si heureux ! Et sa mère ! elle doit me détester : c'est à cause de moi qu'il est parti !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Elle est là... elle n'a guère quitté la maison depuis que tu es malade. Veux-tu la voir ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette fit signe qu'elle le voulait bien, et quand Agathe s'approchade son lit, elle se jeta dans ses bras et pleura longtemps sur son cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe ne pleurait pas. L'idée qui lui était venue dès le premier moment, que personne ne pouvait être sûr de la mort de son fils, s'était enraciné dans son esprit et avait fini par passer à l'état de conviction. Elle essaya de faire adopter cette conviction à Pâquerette, qui ne chercha point à lui enlever ses illusions : elle aurait été trop heureuse elle-même de les partager.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se remit peu à peu : on ne meurt guère de chagrin à vingt ans. Mais le deuil de son âme était bien plus profond que celui de ses vêtements ; sur la maison du docteur, où son joyeux rire d'enfant ne devait plus jamais résonner, un voile de tristesse s'était étendu pour toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe continua à attendre le retour de son fils, même lorsqu'elle eut reçu du Sénégal une caisse contenant des vêtements, des livres et différents objets qui avaient appartenu à Jean, dont le trépas était désormais officiel. A cet envoi, le gouverneur avait joint la croix d'honneur que le malheureux jeune homme n'avait jamais portée. Agathe la fit encadrer et mettre sous verre, pour mieux la conserver, afin qu'il retrouvât le ruban tout frais lorsqu'il voudrait l'attacher à sa boutonnière. Quant à la pension qui lui était accordée, à elle, son premier mouvement fut de la refuser : c'était le prix du sang de son fils ! Mais elle&lt;br /&gt;se ravisa. Jean aurait besoin d'argent, lorqu'il reviendrait ! et elle en toucha soigneusement les quartiers, qu'elle entassa dans un tiroir de commode pour qu'il les retrouvât à son retour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les années ont passé. Pâquerette est maintenant ce qu'on appelle une vieille fille ; ses joues ont perdu leurs fraîches couleurs, et des fils d'argent, de plus en plus nombreux, rayent sa noire chevelure. Elle est douce et paisible, et consacre à des œuvres de charité tout le temps que lui laissent son père et tante Monique, dont elle entoure la vieillesse des plus tendres soins. Tous deux se lamentent de ce qu'elle n'a jamais voulu se marier, car elle a refusé de nouveau Charles Lantourny, qui était revenu à la charge, et nombre d'autres prétendants. Mais au fond, ils ne sont pas trop fâchés de la garder pour eux, et ils s'excusent vis-à-vis d'eux-mêmes de ce sentiment égoïste, en considérant qu'elle s'est ainsi épargné les peines qu'on a toujours en ménage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette ne les quitte que pour aller, deux fois par an, faire une visite de quinze jours à la mère Agathe, qu'elle appelle « maman ». Elles passent leur temps ensemble à rappeler leurs souvenirs, à parler de Jean, à relire ses lettres ; et Agathe ne manque jamais de dire : « N'est-ce pas, ma fille, que ce n'est pas sûr qu'il soit perdu ? On a vu des voyageurs qui reparaissaient après des années. Il reviendra, nous le reterrons! S'il était mort, il me semble que je le sentirais dans mon cœur ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette ne cherche pas à la détromper ; et même, au contact d'une foi si robuste — l'espérance est une plante si vivace, qui a tant de peine à périr dans le cœur humain ! — elle aussi se laisse parfois aller à de doux rêves. Elle voit un voyageur, courbé, défait, rendu semblable à un vieillard par les souffrances d'une longue et dure captivité : il arrive d'un pas hésitant, par ces chemins autrefois familiers, il frappe à sa porte un coup timide... Si elle n'était plus là ! si elle l'avait oublié ? Non ! son amie paraît à ses yeux, changée elle aussi, mais comme leurs deux cœurs se sont vite reconnus! et comme une minute de félicité leur fait oublier des années de douleur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dieu veuille faire une réalité de votre rêve, pauvres cœurs fidèles, réunis dans un même culte pour l'absent, vivant ou mort ! Ici ou là-haut, qu'importe ? Peut-être, pendant que vous l'attendez en vain dans ces vertes campagnes où s'est éveillée son âme ardente et passionnée, vous attend-il, lui, sur cette &lt;i&gt;terre où tout doit refleurir&lt;/i&gt;, et où une vie nouvelle réunira ceux qui se sont aimés ici-bas ? Gardez votre espérance : elle ne sera point trompée. Le monde a haussé les épaules en disant: &lt;dialog&gt;« Qu'allait-il faire là-bas ? ne pouvait-il rester tranquille et se contenter de son lot ? Son ambition lui a porté malheur ! »&lt;/dialog&gt; Vous, vous avez cru en lui, et vous n'avez pas eu un blâme pour ce dernier départ dont il n'est pas revenu : vous seules avez compris l'ambition de Jean Trémisort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Fin.&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;br /&gt;       M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; J. C&lt;small&gt;OLOMB&lt;/small&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-5772382052842972229?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/5772382052842972229/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=5772382052842972229' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/5772382052842972229'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/5772382052842972229'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xxv-sans-fin.html' title='XXV.-  Sans fin !'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdZDM7t2wI/AAAAAAAAAlQ/o6Yo6eXMNvA/s72-c/tremisort27.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1223781628627743338</id><published>2007-11-24T10:00:00.001+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:51.323+01:00</updated><title type='text'>XXIV.- Mère et fiancée. — La promesse de Varnelle.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;C&lt;/span&gt;omme Jean l'avait prévu, le docteur Auribel ne fit d'objections que pour la forme. Les fiancés étaient si jeunes! Ils pouvaient attendre un an ou deux. Si pendant l'absence du jeune homme Pâquerette se détachait de lui, c'est que son amour n'aurait pas été bien solide ; si elle l'aimait toujours, le mariage se ferait dans de meilleures conditions, car le compagnon de Varnelle, l'explorateur déjà célèbre, rapporterait de ses voyages sa part de célébrité et ferait honneur à la famille où il entrerait. Restait la question des dangers inséparables d'une pareille expédition ; mais Jean était robuste, déjà fait au climat de l'Afrique, et Varnelle avait l'expérience des explorations dans ces régions ; il connaissait les mœurs et les idiomes des différentes peuplades qu'ils devaient rencontrer, les précautions à prendre contre le climat et les animaux nuisibles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis la science médicale de Jean devait lui faire des amis et les aider à trouver des vivres, des renseignements et des guides. Le docteur ne désapprouva donc pas le projet de Jean. &lt;dialog&gt;« Je ne veux pas te retenir,&lt;/dialog&gt; lui dit-il, &lt;dialog&gt;quoique nous ne tenions pas du tout, Pâquerette et moi, à ce que tu deviennes célèbre : tu sais bien que nous t'aimons pour toi-même, tel que tu es. Mais puisque tu ne te sens pas la force de supporter les propos des sots, pars donc ! je ne peux pas blâmer ton ambition, et je tâcherai de t'aider à persuader Pâquerette. Ce ne sera peut-être pas facile : les jeunes filles ont leur manière de raisonner sur ces choses-là, qui ne ressemble pas à la nôtre..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, Pâquerette se récria en apprenant que son fiancé voulait repartir. La quitter encore ! quand rien ne l'y forçait ! quand ils pouvaient être si heureux ! Que leur importait l'opinion des imbéciles ? Jean pouvait être bien sûr que tous les gens raisonnables, tous les gens de cœur approuveraient leur mariage, et alors, pourquoi s'inquièter de ce que diraient les autres ? Jean l'aimait donc bien peu, qu'il voulait s'éloigner d'elle pour des raisons si futiles ! Et sa mère ? il ne pensait donc pas au chagrin de sa mère ? Elle n'avait pas pu consentir de bon cœur à un pareil projet, certainement !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur et Jean l'écoutèrent sans lui répondre ; mais chacune de ses paroles déchirait le cœur du pauvre garçon, qui se maudissait lui-même et se trouvait bien ingrat de répondre à l'expression de son amour en lui causant une telle peine. Et, quand Pâquerette, à bout d'arguments, finit par fondre en larmes, Jean s'avoua vaincu. Il renoncerait à son dessein... mais au moment où la douleur de la jeune fille lui imposait cette résolution, il se sentit le cœur envahi par un découragement sans bornes. Les aspirations, ses rêves, l'avenir, son amour et Pâquerette elle-même lui apparurent tout à coup si obscurcis, si amoindris, qu'il lui sembla qu'un brouillard s'étendait sur l'univers et que ce n'était plus la peine de vivre......&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ne pleurez plus, Pâquerette,&lt;/dialog&gt; lui dit-il tristement. &lt;dialog&gt;Je vous appartiens, je ne l'oublie pas  je vous obéirai. Mais ma mère m'avait mieux compris que vous. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II se leva et sortit : il étouffait. A quelques pas de la maison, il rencontra Varnelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Eh bien ? »&lt;/dialog&gt; lui dit celui-ci, frappé de la tristesse de son visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Hé bien, elle ne veut pas.... elle pleure.... Au point où nous en sommes, je ne peux pas partir contre sa volonté.... Le sort en est jeté, je porterai cette chaîne toute ma vie !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Calme-toi, mon pauvre ami.... elle saura te la faire trouver douce.... je t'avais approuvé, peut-être par égoïsme, pour t'emmener avec moi ; mais nous n'avions pas assez songé à elle. Voyons, Jean, du courage, et brave les coups d'épingle ! Pour être heureux, tu n'as qu'à le vouloir fermement. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean secoua la tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Et elle, combien de temps sera-t-elle heureuse ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils s'étaient éloignés de la Mignonnette, et ne virent pas Pâquerette en sortir d'un pas hésitant, regarder autour d'elle, et, tout à coup, s'enfuir vivement du côté de la maison d'Agathe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque que Jean l'avait quittée, elle avait mis un instant à comprendre qu'il cédait a ses pleurs; et quand elle s'en était rendu compte, elle s'était trouvée comme suffoquée de sa victoire. Comme il lui avait parlé sérieusement ! presque sévèrement....... Et puis, ses derniers mats, c'était un reproche. Un reproche à elle! de lui qu'elle aimait tant ! Pâquerette, par caractère, était douce et docile ; et de plus, son amour lui faisait considérer Jean comme ayant toujours raison. Elle l'avait donc mérité, ce reproche? elle avait eu tort ? elle l'avait blessé, affligé ? A cette pensée, la pauvre enfant avait senti les larmes lui remonter aux yeux. Puis une idée lui était venue ; Jean avait dit : « Ma mère m'a mieux compris que vous. » Agathe avait donc consenti ? et pourtant comme elle aimait son fils ! Et Jean, comparant leurs deux tendresses, se trouvait mieux compris, — cela voulait dire mieux aimé, sans doute — par sa mère que par sa fiancée. Pâquerette eut un mouvement de jalousie contre la mère Agathe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais c'était toujours à Jean que revenaient ses pensées, « Je ne l'ai pas compris, » se dit-elle, et elle eut envie de le rappeler pour lui demander de nouvelles explications. Mais elle n'osa pas ; et elle se décida alors à aller trouver Agathe. Il lui restait encore un petit espoir que Jean se fût trompé sur les sentiments de sa mère : si elles étaient du même avis, comme elles seraient fortes contre lui, à elles deux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant Agathe la vit entrer, elle lui ouvrit ses bras sans rien dire, et l'enfantt s'y jeta éperdument en se remettant à pleurer : la vue seule de la vieille femme lui avait ôté son espoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mère Agathe,&lt;/dialog&gt; lui dit-elle en sanglotant, &lt;dialog&gt;vous savez ? il vous a dit ? Il veut partir avec M. Varnelle..... les sauvages le tueront, et nous ne le reverrons plus ! Je ne veux pas qu'il parte ! Défendez-lui de partir ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe soupira profondément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je ne peux pas, ma fille..... Jean est un homme, il sait ce qu'il a à faire..... Il m'a tout expliqué : je ne sais pas s'il a raison, mais je suis sûre qu'il serait malheureux s'il restait..... Les hommes ont leur orgueil, voyez-vous, ma pauvre petite : ils sont très sensibles à ce qu'on dit d'eux. Et vous aussi, vous ne pouvez pas vous empêcher d'y être sensible ; vous le sentez bien, puisque vous n'avez plus voulu retourner au Casino, où vous comptiez tant vous amuser, de peur d'entendre encore de mauvaises paroles..... Eh bien, ce serait comme cela toute votre vie ; vous auriez continuellement des ennuis, ou Jean s'imaginerait que vous en auriez ; il n'aurai de tranquillité dans son bonheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, non, cela n'arriverait pas ! c'est pour lui, ce n'est pas pour moi que j'ai craint..... Moi, je sais si bien ce qu'il vaut ! je suis si fière de lui, mère Agathe !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui : et c'est pour cela que vous souffririez de le voir mal jugé par d'autres. Je comprends bien cela, moi ! quand mon pauvre Germain vivait, j'étais glorieuse de sa bonne renommée ; et si on l'avait traité devant moi de malhonnête homme, ou seulement de mauvais matelot ou de pêcheur maladroit, j'en aurais été désolée et honteuse, et pourtant ça n'aurait pu être que des menteries. Laissez Jean aller où il veut : quand il reviendra, personne n'aura plus rien à dire, vous serez encore plus fière de lui, et il pourra être tout à fait heureux. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette, la tête penchée, réfléchissait. Elle ne pleurait plus, mais par instants un sanglot soulevait encore sa poitrine oppressée.             .&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh !&lt;/dialog&gt; murmura-t-elle, &lt;dialog&gt;il aurait été si facile d'étré heureux tout de suite ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ce moment la porte s'ouvrit, et Jean entra, suivi de Varnelle, qui, voyant Pâquerette, s'arrêta de peur d'être indiscret. Mais la jeune fille le rappela du geste, et alla droit à son fiancé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pardon, Jean !&lt;/dialog&gt; lui dit-elle timidement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Pardon, ma chère petite bien-aimée ! que puis-je avoir à vous pardonner ? c'est à moi de vous demander pardon, puisque je vous ai fait pleurer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non... vous ne pensez pas ce que vous dites. Je vous ai fait de la peine, j'ai parlé comme une petite fille déraisonnable... et pourtant je ne veux que votre bonheur, Jean : oh ! votre bonheur par-dessus tout..... C'est de l'égoïsme de ma part, parce que, voyez-vous, je ne peux pas être heureuse si vous n'êtes pas heureux..... Votre mère m'a parlé..... je ne veux pas vous laisser croire qu'elle sait vous aimer mieux que moi... Partez, Jean : je vous promets d'avoir du courage..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il saisit ses deux petites mains qu'il couvrit de baisers en balbutiant : &lt;dialog&gt;« Et moi... croyez-vous qu'il ne me faut pas aussi du courage, à moi ? Mais je le dois... vous verrez comme nous en serons récompensés ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette leva vers lui ses grands yeux encore humides. Ceux de Jean rayonnaient d'enthousiasme. Que voyait-il donc dans l'avenir ? De brillants travaux, des découvertes, de la gloire, son nom devenu célèbre, et sa Pâquerette rougissant d'orgueil en entendant murmurer sur son passage : « C'est la femme du docteur Jean Trémisort ! » Hélas, que c'était loin ! Un an ou dix-huit mois seulement, disait-on : mais cela paraît une éternité, à l'àge qu'avait Pâquerette. Et puis, de quoi seraient-ils remplis, ces mois d'absence ? n'était-il pas noir de dangers de toutes sortes, cet inconnu terrible qui les séparait du bonheur ? ce bonheur qu'elle croyait toucher avec la main !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdahM7t2xI/AAAAAAAAAlY/2HgB-yxotLU/s1600-h/tremisort26.jpeg" title="Le lieutenant Varnelle."&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdahM7t2xI/AAAAAAAAAlY/2HgB-yxotLU/s320/tremisort26.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122662627611106066" /&gt;&lt;/a&gt;Elle avait consenti, elle n'ôsa plus s'en dédire. Elle écouta avec un sourire navré les tendres paroles de son fiancé ; et lorsqu'elle eut assez raffermi son pauvre cœur pour envisager tous ces détails douloureux de la séparation, elle demanda quand on partirait, en quelle qualité Jean serait attaché à l'expédition, où on irait, ce qu'on ferait, ce qu'on emporterait. Varnelle répondit sans embarras ; il pouvait choisir ses compagnons, il allait désigner le docteur Trémisort, que le ministre attacherait tout de suite à sa mission avec des avantages importants; ils auraient une escorte suffisante pour assurer leur sécurité ; il connaissait déjà assez le pays et les habitants pour savoir se conduire et éviter les imprudences. Quant à dire où on irait, il alla chercher ses cartes, qu'il emportait partout, parce qu'il les étudiait sans cesse, et les étala sur la table, traçant du doigt à travers l'Afrique la direction de leur voyage, montrant les rivières a traverser, nommant les peuplades amies, indifférentes ou hostiles, expliquant comment il fallait s'y prendre avec les unes et les autres. Pour lui, c'étaient là des choses toutes simples : il ne cherchait pas à dissimuler les dangers, parce que l'idée des dangers ne se présentait même pas à son esprit. Mais si le peu d'instruction d'Agathe la défendait contre de trop vives inquiétudes, la pauvre Pâquerette, plus clairvoyante qu'elle, frissonnait jusqu'au fond du coeur. Pourtant Varnelle avait tenté des voyages aussi dangereux, et il en était revenu; et jamais il n'était parti aussi bien escorté, aussi protège, aussi bien pourvu de toutes choses, sans compter l'expérience des précédentes expéditions. Pâquerette se dit tout cela, et s'efforça de se rassurer : Varnelle paraissait si sûr de lui qu'il lui inspirait confiance, quoiqu'elle en eût. Aussi, lorsqu'il eut fini son tracé idéal, aller et retour, et qu'il replia ses cartes en disant comme conclusion :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Et une fois là, nous n'aurons plus qu'à remonter sur un paquebot qui nous ramènera en Europe, nous et notre gloire ! »&lt;/dialog&gt; Pâquerette, sans se montrer touchée de cette joie future, prit sa main qu'elle serra et lui dit d'un ton suppliant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Monsieur Varnelle, vous aurez bien soin de lui et vous me le ramènerez ! vous me le promettez ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Varnelle, ému, lui rendit son étreinte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est votre bonheur que vous me confiez, Mademoiselle,&lt;/dialog&gt; lui répondit-il, &lt;dialog&gt;et rien n'est plus précieux que le bonheur. Je vous promets de veiller sur lui et de ne jamais le quitter... et cela me vaudra une part dans vos prières, car, je vous le jure, je ne reviendrai pas sans lui ! »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1223781628627743338?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1223781628627743338/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1223781628627743338' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1223781628627743338'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1223781628627743338'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xxiv-mre-et-fiance-la-promesse-de.html' title='XXIV.- Mère et fiancée. — La promesse de Varnelle.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdahM7t2xI/AAAAAAAAAlY/2HgB-yxotLU/s72-c/tremisort26.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8757959194458941740</id><published>2007-11-22T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:51.504+01:00</updated><title type='text'>XXIII.- Où l'on voit quels petits motifs amènent souvent les grandes résolutions.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;A&lt;/span&gt;gathe Trémisort, selon l'habitude des vieilles gens, se couchait ordinairement de bonne heure; mais elle n'avait pas le sommeil dur, et si légèrement que Jean s'efforçât de gravir le vieil escalier de bois lorsqu'il rentrait, elle entendait toujours le bruit de ses pas. &lt;dialog&gt;« Bonne nuit, mon enfant ! »&lt;/dialog&gt; criait-elle lorsqu'il passait devant sa porte. &lt;dialog&gt;« Bonne nuit, chère mère ! »&lt;/dialog&gt; répondait-il, et il se retirait dans sa chambre. Depuis que Varnelle était là, c'était plutôt dans la chambre de Varnelle qu'il entrait ; et ils restaient longtemps à causer tous deux, se séparant, revenant sur leurs pas, ne pouvant se décider à en finir ; car chacun sait que c'est toujours au moment de se quitter que deux amis trouvent le plus'de choses à se dire. Enfin ils échangeaient un joyeux bonsoir ; les portes se fermaient doucement et un profond silence régnait bientôt dans toute la maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce soir-là, Agathe remarqua qu'ils ne s'attardèrent point à causer. En effet, Jean rentra tout droit chez lui après une simple poignée de main à Varnelle ; et Varnelle ne le retint point et n'essaya pas d'engager une conversation avec lui. Il sentait que son ami devait être épuisé par l'effort qu'il avait fait pendant la route pour parler du &lt;i&gt;Luthier de Crémone&lt;/i&gt;, de la voix de la cantatrice et du talent du violoniste. D'ailleurs, à l'exception de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt;Ollivier, qui n'ayant aucune préoccupation avait pu rester parfaitement naturelle, tous les causeurs avaient quelque chose de gêné, qui paraissait d'autant plus qu'ils cherchaient à le dissimuler. La solitude devait être une délivrance pour chacun d'eux : pour Jean surtout....... Varnelle le connaissait bien; attiré jadis vers lui par une sympathie instinctive, il avait achevé de s'attacher à lui pendant ce voyage où il avait lu jusqu'au fond de son âme fière et délicate. Il le plaignait profondément ; il se rendait compte de la brèche que les vains propos de quelques oisifs venaient d'ouvrir dans son bonheur ; et, jugeant son ami d'après ce qu'il eût été lui-même à sa place, il se disait douloureusement. &lt;dialog&gt;« En voilà encore un qui ne sera pas heureux ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, au premier regard qu'Agathe jeta sur son fils, elle comprit qu'il s'était passé quelque chose de grave. Elle n'osa pas le questionner, mais elle mit encore plus de tendresse qu'à l'ordinaire dans son baiser du matin, et Jean, se sentant observé, affecta une gaîté qui ne fit point illusion à sa mère. Elle s'adressa à Varnelle, lui demandant ce qu'il y avait, et s'ils étaient malades l'un ou l'autre pour s'être séparés si vite en rentrant de Trouville. Varnelle protesta qu'il n'y avait rien : il ne pouvait pas dire à cette pauvre femme que Jean souffrait précisément parce qu'elle était sa mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la Mignonnette, comme dans la maison d'Agathe, un nuage gris s'étendait sur la gaîté des jours passés ; et sans que personne en pariât, la cruelle conversation des curieux de Trouville était sans cesse présente à l'esprit de tous. Pâquerette n'avait plus demandé à retourner au Casino ; et quand M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, qui ne se doutait de rien, lui avait rappelé son désir d'aller au bal, elle avait répondu qu'elle n'avait pas de toilette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mais j'irai t'en chercher une à Rouen si tu veux !&lt;/dialog&gt; dit la bonne cousine. &lt;dialog&gt;Laquelle préfères-tu, ta robe rose, ta robe de tulle blanc, ou ta robe de foulard vert d'eau ? J'apporterai les souliers, les gants, tout ce qu'il faudra : c'est l'affaire d'un jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, non,&lt;/dialog&gt; répliqua Pâquerette avec un peu d'impatience, &lt;dialog&gt;nous sommes mieux entre nous... il fait trop chaud pour danser, d'ailleurs. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier secoua la tête ; elle ne comprenait plus rien à sa Pâquerette, ni aux autres, d'ailleurs : ils avaient certainement quelque chose, mais quoi ? Elle s'en informa au docteur, quand il revint ; et le docteur, avec une mine subitement assombrie, lui raconta ce qui s'était dit à Trouville, sous la terrasse du Casino.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mais c'est abominable !&lt;/dialog&gt; s'écria la vieille demoiselle. &lt;dialog&gt;Pauvre Jean ! je comprends qu'il soit un peu triste, mais cela ne durera pas, j'espère. Pâquerette est si gentille avec lui ! on voit qu'elle cherche à le consoler. Mais de quoi ces gens-là se mêlent-ils ? Est-ce que nos affaires les regardent ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! pour cela, ma chère Monique, le monde est plein de gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, et je me suis attendu aux propos les plus absurdes lorsque j'ai consenti à ce mariage. Mais le bonheur de ma fille avant tout ! et elle n'aurait pu trouver un meilleur mari que Jean..... étant donné qu'elle l'aime, surtout. Laissons travailler les langues ; quand elles seront lasses, elles finiront par se taire. Jean réussira parfaitement à Rouen ; je me charge de son commencement, et son mérite fera le reste. Avant vingt ans d'ici, il sera à la tête du corps médical de la ville et du département, estimé, honoré, décoré, s'il le désire, et personne ne dira que sa femme a fait une mauvaise affaire. Je vois bien qu'il est triste, et je suis fâché qu'il prenne cela si haut ; mais je crois que le mieux est de ne pas lui en parler et de lui témoigner beaucoup d'affection. Quelques petites blessures d'amour-propre ne sont pas mortelles : et Pâquerette se chargera bien de les guérir. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques petites blessures d'amour-propre ! le docteur en parlait bien à son aise ! Il avait atteint depuis longtemps l'âge où l'on méprise l'opinion et les propos des sots : Jean en était encore fort éloigné. Il avait passé la nuit à creuser une foule d'idées, nées instantanément dans son cerveau, à propos de son mariage, du monde, de Pâquerette, de ce qu'on penserait de lui et d'elle, de ce qu'on en disait déjà..... Oui, il passerait pour une espèce de mendiant, ramassé dans le ruisseau par la charité extravagante d'un vieux fou — c'était là ce qu'ils voulaient dire par cette épithète d'humanitaire qui provoquait leurs éclats de rire. — Et Pâquerette, la douce Pâquerette, si délicate, si généreuse, si intelligente, comment serait-elle traitée? Une petite sotte romanesque, qui s'était amourachée de cet ancien protégé de son père, et qu'on aurait dû renfermer dans un couvent pour lui apprendre à vivre. Comment sa tante et son père, si dérangés du cerveau qu'ils fussent, avaient-il pu consentir à cette alliance ? Jean frémissait de colère en songeant aux suppositions injurieuses qui ne manqueraient pas de circuler, l'une renchérissant sur l'autre. Elle ne pourrait pas les ignorer ; ces choses-là parviennent toujours aux intéressés. Sa tendresse pour lui n'en serait pas diminuée : oh ! non ! au contraire..... Mais il se mêlerait de la pitié à son amour: et Jean se révoltait à cette pensée. Et plus tard: qui peut savoir l'avenir ? n'aurait-elle pas de regrets ? Pour le moins, elle souffrirait dans son légitime orgueil... et ce serait lui qui en serait cause, lui qui eût donné sa vie pour lui épargner la moindre peine...... Après tout, ces gens disaient vrai : qu'était-il, lui, pour mériter la main de Pâquerette ? Un petit jeune homme inconnu, médecin de deuxième classe de la marine, docteur de fraîche date, qui n'avait à son actif ni services exceptionnels, ni travaux remarquables: &lt;i&gt;unus de multis !&lt;/i&gt; Ce n'était pas sa faute: à son âge, il n'avait pas encore eu le temps de devenir quelqu'un..... Là-bas, pourtant, il n'était pas resté oisif ; il avait fait des remarques, des recherches, des expériences, il était sur la piste de découvertes importantes pour la science, de remèdes qui peut-être un jour auraient fait bénir son nom..... Tout cela, il y avait renoncé pour cette enfant... Et le monde, impitoyable pour le mariage d'amour de Pâquerette, aurait approuvé de sa part tous les entraînements, s'il se fût agi d'un homme célèbre..... Varnelle était bien heureux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces pensées, qui attristèrent l'insomnie de Jean, ne furent point dissipées par le retour du soleil, qui d'ordinaire sait si bien mettre en fuite les fantômes nocturnes. C'est que ce n'était point des illusions ; ou du moins, la part de vérité qu'elles contenaient suffisait à troubler profondément l'âme du jeune homme. Il n'était pas assez insouciant pour se dire : « Bah ! dans quelques années on n'y songera plus; en attendant, soyons heureux, et méprisons les propos de gens qui ne nous valent pas ! » Cela aurait été plus raisonnable peut-être : mais n'est pas raisonnable qui veut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il trouvait partout des aliments pour sa tristesse. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier se montrait à son égard plus maternelle que jamais : on avait dû lui raconter la scène de Trouville, preuve qu'on y avait attaché de l'importance, et elle cherchait à le consoler..... Pâquerette ne voulait plus aller au bal : elle avait peur, sans doute, d'entendre encore des paroles blessantes, de rencontrer des regards moqueurs. Il faudrait pourtant bien qu'elle s'y habituât : ce serait toujours ainsi, maintenant! Toujours! oui, toujours ce point noir dans leur ciel : comment pourraient-ils être heureux ? C'était à lui qu'elle voulait éviter les rencontres humiliantes, il n'en doutait pas: mais, si maintenant elle avait honte pour lui, ne viendrait-il pas un jour où elle aurait honte de lui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II faut dire à la décharge de Jean, qu'à peine cette idée lui fut venue qu'il se le reprocha et la repoussa comme un outrage au caractère et aux sentiments de sa fiancée. Mais le fait n'en était pas moins là : Pâquerette craignait quelque chose, elle n'osait plus marcher le front haut comme de coutume, et elle avait besoin de courage pour se montrer à son bras. Quelle situation fausse pour elle et plus encore pour lui ! Dans nos mœurs, c'est l'homme qui est le chef de la famille, c'est lui qui fait la situation de la femme : il peut la prendre au-dessous de lui, il l'élève bien vite à son niveau si elle en est digne ; mais, si l'on a vu des rois épouser des bergères, où a-t-on vu des reines épouser des bergers ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II se passa quelques jours ; puis Varnelle parla de son départ.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Attends encore un peu,&lt;/dialog&gt; lui dit Jean. &lt;dialog&gt;J'aurai à te parler..... demain !&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Varnelle le regarda et eut le cœur serré en voyant l'expression de son visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je ne suis pas si pressé, mon ami,&lt;/dialog&gt; répondit-il en essayant de prendre le ton de la plaisanterie ; &lt;dialog&gt;je me trouve très bien ici, et j'attendrai volontiers surtout si c'est pour te rendre service. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean hocha la tête comme pour dire oui, mais il ne s'expliqua pas davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, après le dîner, il n'accompagna pas son ami à la Mignonnette, et le pria de dire qu'il allait faire une course à Trouville.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il ne sortit point de sa maison. Il alla s'asseoir près du foyer, et attendit que sa mère eût fini de ranger le ménage. Il la regardait aller et venir, et il remarquait que ses mains tremblaient : était-ce l'âge, déjà ? Pauvre Agathe ! non, ce n'était point la vieillesse, c'était l'émotion de son cœur qui faisait trembler ses mains et rendait ses pas chancelants, pendant qu'elle rapportait de la cuisine et rangeait dans le dressoir la  vaisselle qu'elle venait de nettoyer. En voyant son fils rester là, elle avait compris qu'il voulait lui parler : qu'avait-il donc à lui dire, grand Dieu ? Avec la figure qu'il montrait depuis une semaine, ce ne pouvait être que quelque chose de triste..... et elle se hâtait pour ne pas le faire attendre, tout en se disant que pour elle il parlerait toujours bien assez tôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin elle mit en place la dernière assiette, et vint prendre son tricot sur une petite table devant la croisée.                                &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu ne sors pas, Jean ?&lt;/dialog&gt; dit-elle à son fils. &lt;dialog&gt;Il fait si beau ce soir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, mère..... Viens ici : veux-tu ? »&lt;/dialog&gt; Elle remit le tricot où elle l'avait pris et alla s'asseoir près de Jean sans rien dire; seulement, pour qu'il comprît que son cœur de mère était prêt à l'entendre elle posa sa main sur ses cheveux blonds et les caressa comme lorsqu'il était enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mère,&lt;/dialog&gt; dit-il, &lt;dialog&gt;je suis malheureux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je l'avais deviné..... tu ne peux pas être malheureux sans que mon cœur me le dise. Qu'as-tu donc, mon pauvre enfant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je suis malheureux, parce que je vais te faire de la peine. J'ai encore un sacrifice à te demander.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A moi ! c'est tout accordé, alors ! Peux-tu te laisser aller au chagrin, quand il dépend de moi de te consoler ? ce n'est pas bien, Jean ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lui prit la main, et elle essayait de lui sourire : mais le cœur lui battait bien fort : qu'allait-il donc lui demander ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ecoute, mère,&lt;/dialog&gt; dit-il d'un ton grave et triste, &lt;dialog&gt;quand M. Auribel m'a nommé son fils, quand Pâquerette m'a tendu ses deux mains en me demandant si je ne voulais pas d'elle pour ma femme, j'ai été si heureux que je n'ai plus pensé à rien au monde au dehors de notre amour. Je savais bien qu'elle était riche, et moi pauvre : mais qu'est-ce que cela faisait, puisque son père et elle m'acceptaient ainsi ? Je ne me croyais pas sans valeur, du reste ; partout où j'ai passé, au lycée, à l'École, dans mes voyages, aux examens, j'ai toujours conquis l'estime de mes camarades comme de mes chefs. De l'avis de tous, j'avais devant moi un bel avenir, et je faisais un sacrifice en y renonçant..... Oh ! ne crois pas que j'y eusse regret : j'étais trop heureux de pouvoir lui sacrifier quelque chose, à ma chère petite bien-aimée..... Mais voilà que l'autre jour, à Trouville, nous avons entendu une conversation..... Des gens qui ne nous connaissent pas, et qui nous faisaient l'honneur de s'occuper de nous..... Je passe pour un ancien mendiant, M. Auribel pour un vieux fou, sa fille pour une petite sotte: et que dira-t-on encore ? On trouve ce mariage révoltant: on me dédaigne pour mon humble origine, et on les blâme pour leur générosité !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; a entendu ?&lt;/dialog&gt; demanda Agathe presque à voix basse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oui, elle a entendu .... son père aussi..... et Varnelle, qui était avec nous. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier n'y était pas ; mais ils ont dû le lui raconter, car elle me parle comme à un malade qu'on doit ménager..... Ils ne sont pas changés à mon égard, ils ont bien l'âme trop haute ; ils redoublent d'affection..... Si tu avais entendu Pâquerette, au moment où ces féroces bavards allaient passer devant nous ! « Votre bras, mon cher Jean ! » C'était la première fois qu'elle m'appelait &lt;i&gt;son cher Jean&lt;/i&gt;..... et elle les a regardés avec tant de fierté ! Ils n'osaient pas lever les yeux.....Tout cela n'empêche pas qu'elle a renoncé à ce bal dont elle avait tant d'envie..... Mais elle ne peut pas mener une vie de recluse ; et elle entendra plus d'une fois dire que c'est humiliant pour elle de m'épouser ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe était altérée. Elle avait cru d'abord qu'il s'agirait pour elle de disparaître, et elle s'y était résignée. Elle ferait tout pour que Jean fût heureux  Elle irait, s'il le fallait, jusqu'à ne pas se montrer à son mariage..... Mais ce n'était pas cela..... quelle était donc sa pensée? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu ne songes pas à rompre ?&lt;/dialog&gt; lui dit-elle. &lt;dialog&gt;Mon pauvre enfant, rappelle-toi que Pâquerette t'aime.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui..... quand j'aurais le courage de renoncer à elle, je n'aurais pas celui de la faire souffrir..... Et pourtant je ne voudrais pas qu'elle passât, pendant toute sa vie, pour avoir fait un mariage indigne d'elle. J'ai cherché à sortir de là ; j'ai cherché et j'ai trouvé, si Dieu me protège et si tu me le permets..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II s'arrêta. Pour toute réponse, Agathe inclina la tête : elle attendait. Jean reprit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« L'autre soir, il s'est trouvé quelqu'un pour dire qu'à un homme célèbre on ne demandait pas d'où il venait, et que si j'étais Varnelle, par exemple, dont le nom remplissait les journaux..... Approbation générale : si j'avais fait parler de moi, le monde applaudirait à mon union avec M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel, et on comprendrait qu'elle me préférât au baron Lantourny ou à tout autre fils de riche et puissante famille..... Varnelle va repartir pour l'Afrique : il m'avait déjà demandé, jadis, de venir avec lui, et j'avais refusé, à cause de toi..... Cette expédition, je suis sûr d'en rapporter une telle renommée, que les railleurs seront confondus et salueront bien bas la femme du docteur Jean Trémisort. Ce sera l'affaire d'un an, dix-huit mois peut-être, et ensuite nous serons tous heureux. J'aurai gagné mon bonheur, et toi, mère, tu pourras être fière de ton fils ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdels7t2yI/AAAAAAAAAlg/SMk6B4JjoEE/s1600-h/tremisort25.jpeg" title="Jean s'était levé, il s'animait en parlant."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdels7t2yI/AAAAAAAAAlg/SMk6B4JjoEE/s400/tremisort25.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122667102967028514" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Jean s'était levé ; il s'animait en parlant, et ses yeux brillaient d'enthousiasme. Agathe le regardait : fière de lui, elle l'était déjà, elle ne pouvait l'être davantage, quoi qu'il fît..... Ses raisons pour partir, elle les comprenait : mais pourquoi lui demandait-il une autorisation solennelle ? A ses autres départs, cela ne s'était point passé ainsi : il allait où le ministre l'envoyait, et sa mère n'avait rien à y voir. Cette fois-ci, ce serait de sa propre volonté qu'il ferait ce voyage, et c'était une chose grave sans doute, puisqu'il la priait d'y consentir..... Agathe, malgré son ignorance, avait puisé dans les lettres et dans les récits de son fils, et plus récemment dans ses conversations avec Varnelle, quelques données sur ce que pouvait être un voyage d'explorations en Afrique : si les progrès qu'en tirerait la science la laissaient assez froide, les dangers devaient frapper vivement son imagination. Elle ne put s'empécher de dire à Jean :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« II y a beaucoup de dangers, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Varnelle en est revenu,&lt;/dialog&gt; répondit-il évasivement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Tu es le maître, mon fils : pourquoi me demandes-tu ?.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est que...&lt;/dialog&gt; — il revint près d'elle, et s'agenouilla à ses pieds — &lt;dialog&gt;c'est que..... je serai prudent, je te le jure : je &lt;i&gt;veux&lt;/i&gt; revenir..... Mais on meurt partout : si je ne revenais pas..... Je me réjouissais tant de te faire une vieillesse entourée de bien-être et de tendresse..... et tout te manquerait à la fois..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe haussa les épaules avec insouciance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oh ! il me faut si peu pour vivre ! et puis je n'en aurais pas besoin longtemps..... Dieu est bon, il me rappellerait bien vite, pour me remettre, auprès de toi ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle l'entoura de ses bras, l'attira vers elle et mit un baiser sur son front.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Que ta volonté soit faite, mon fils, mon enfant adoré ; pars avec la bénédiction de ta mère, et que Dieu et Notre-Dame de Grâce te protègent et te ramènent...... Mais Pâquerette, mais son père, voudront-ils ? »&lt;/dialog&gt; reprit-elle, se raccrochant à un dernier espoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Lui, il voudra bien, certainement ; et elle..... je lui parlerai comme à toi, mère ; elle a un grand cœur elle aussi, et elle me comprendra comme toi. »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8757959194458941740?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8757959194458941740/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8757959194458941740' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8757959194458941740'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8757959194458941740'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xxiii-o-lon-voit-quels-petits-motifs.html' title='XXIII.- Où l&apos;on voit quels petits motifs amènent souvent les grandes résolutions.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdels7t2yI/AAAAAAAAAlg/SMk6B4JjoEE/s72-c/tremisort25.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1103816922684403515</id><published>2007-11-20T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:51.812+01:00</updated><title type='text'>XXII.- Où Pâquerette eut envie d'aller à Trouville, et ce qu'elle y trouva.</title><content type='html'>&lt;dialog&gt;&lt;span class="dropcap"&gt;« L&lt;/span&gt;e Casino de Trouville est ouvert : si nous y allions ? »&lt;/dialog&gt; dit un jour Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique la regarda avec des yeux ronds d'étonnement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu as envie d'aller au Casino ? Mais autrefois, quand nous avons passé une saison à Trouville, tu t'y es ennuyée, et tu n'as plus voulu y retourner. Est-ce que tu deviendrais capricieuse, Pâquerette ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non pas ! ce n'est pas moi qui change, ce sont les choses qui ont changé. Dans ce temps-là, je trouvais tout ennuyeux, parce que j'avais du chagrin.... à présent, au contraire, j'ai envie de m'amuser. J'ai envie de voir du monde, d'entendre de la musique, d'aller au théâtre, de danser... Il y aura bal samedi : allons-y ! Je vous invite pour la première danse, Jean, et M. Varnelle pour la seconde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je crains de faire un pauvre danseur, Mademoiselle : si encore il s'agissait d'une bamboula ou de quelque autre sauterie du même genre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! je suis sûre que vous vous en tirerez très bien ; et d'ailleurs, vous avez le droit de mal danser : un homme célèbre ! Tante, allons aujourd'hui nous promener à Trouville ; nous verrons l'affiche du spectacle, et si elle nous plaît, nous y retournerons ce soir. M. Varnelle et Jean aiment beaucoup la musique. Nous sommes des égoïstes, nous ne leur procurons pas d'autres plaisirs que la promenade dans les bois : donnons-leur un peu maintenant des plaisirs d'hommes civilisés. M. Varnelle n'entendra pas souvent d'opéras comiques entre le Sénégal et le lac Tchad ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdqSM7t20I/AAAAAAAAAlw/Qd8THS3bjvI/s1600-h/tremisort23.jpeg" title="A Trouville, sur les planches, les têtes se retournaient pour la regarder."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdqSM7t20I/AAAAAAAAAlw/Qd8THS3bjvI/s400/tremisort23.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122679962099112770" /&gt;&lt;/a&gt;Les désirs de Pâquerette étaient dés ordres ; un quart d'heure après, on était en route pour Trouville. La jeune fille avait employé ce quart d'heure à sa toilette, et elle était bien jolie avec une légère robe de lainage blanc et un grand chapeau de paille où s'enroulait un long voile de gaze rose pâle. A Trouville, sur les planches qu'elle voulut suivre dans toute leur longueur les têtes se retournaient pour la regarder encore quand elle avait passé. Elle avait pris le bras de Jean, et à eux deux ils avaient si bien l'air d'une idylle, que les gens d'âge les saluaient d'un sourire discret et bienveillant. Pâquerette était ravie ; elle trouvait tout charmant, le ciel, la mer, les programmes des concerts et des représentations annoncées, les enfants qui jouaient dans le sable et les toilettes des dames assises sous de grands parasols, leur tapisserie ou leur éventail à la main. Elle prit une chaise elle aussi et vint se placer près de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier qui se reposait en compagnie de Varnelle. Jean se mit à son côté, et ils commencèrent à échanger leurs remarques sur la procession de promeneurs qui défilait devant eux sur les planches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'était pas encore le plein de la saison d'été; la plupart des familles parisiennes, surtout de celles dont les enfants étaient dispersés dans des établissements d'éducation, attendaient le 1&lt;small&gt;&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; août pour envahir les plages. Le public de Trouville se composait surtout d'habitants des villes ou des châteaux normands, pressés de venir y chercher la fraîcheur de la mer et de la brise. Ils se réunissaient en groupes de la même ville ou de la même société, et causaient comme dans un salon, échangeant des réflexions critiques sur les allants et venants: il n'en était guère qui ne fussent connus par quelqu'un au moins de nom, et les biographies plus ou moins véridiques allaient leur train. Pâquerette fut remarquée bien vile, et dans tous les groupes voisins du sien on commença à chercher qui elle pouvait être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;  La jolie personne!&lt;/dialog&gt; disait un monsieur entre deux âges, qui promenait sa lorgnette sur les jeunes femmes, sous prétexte de regarder au loin les barques de pêche. &lt;dialog&gt;La connaissez-vous, Madame ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La femme à qui il s'adressait prit un air pincé, comme si elle eût trouvé mauvais qu'on regardât un autre visage que le sien.             &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Elle n'est pas encore venue ici,&lt;/dialog&gt; répondit-elle d'un ton sec. &lt;dialog&gt;Jolie.... oui, assez.... un peu maigrelette encore : c'est du fruit vert.... Elle ne sera pas mal par la suite, si elle ne prend pas trop de ressemblance avec la vénérable personne, mère ou tante, qui l'accompagne....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tenez, voilà M. Lantourny qui les salue,&lt;/dialog&gt; dit une dame qui tricotait une dentelle interminable en regardant tout autre chose que son ouvrage. &lt;dialog&gt;Il vous dira qui c'est : vous connaissez, je crois, M. Lantourny ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— De nom seulement ; mais je crois que M. Delaloy le connaît.... S'il regardait seulement par ici ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Delaloy, notaire à Caen, honnête homme très malheureux, car il était continuellement combattu entre son penchant naturel à bavarder et son respect pour le secret professionnel, racontait en ce moment une histoire, avec beaucoup d'animation, à un groupe très attentif, et son récit l'occupait trop pour qu'il s'aperçût des signes que lui faisait la dame. Ce fut un de ses auditeurs qui les remarqua, lorsque l'histoire fut finie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« N'est-ce pas vous que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Navaud appelle de la main, de la tête et de l'éventail?&lt;/dialog&gt; dit-il au notaire ; &lt;/dialog&gt;jamais aucun télégraphe ne s'est donné tant de mouvement ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Delaloy tourna vivement la tête et le sourire qui éclaira la figure de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Navaud lui fit comprendre que c'était bien à lui qu'elle en voulait. Il accourut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Vous voilà donc enfin !&lt;/dialog&gt; lui dit-elle. &lt;dialog&gt;Vous qui savez tout, savez-vous qui est cette jeune fille en robe blanche, avec un voile rose... là, près de ce parasol rayé bleu et blanc... avec une vieille dame et deux messieurs ? M. Charicy la mange des yeux, et il demande son nom à tous les échos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je sais tout, je sais tout... justement je ne sais pas.. Elle n'est pas de Caen, ni des environs... Attendons un peu, nous verrons par qui elle sera saluée, cela nous guidera dans nos recherches....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Le baron Lantourny vient de la saluer il n'y a qu'un instant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Le baron Lantourny ? Alors rien n'est plus facile.... Tenez, je vois son fils là-bas, je vais aller le questionner. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le notaire partit vivement, et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Navaud et M. Charicy, qui le suivaient des yeux, le virent bientôt aborder le jeune Lantourny. Il leur sembla que celui-ci lui faisait une réponse brève, et se séparait ensuite de lui avec la hâte d'un homme qui n'a pas envie d'en dire davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Il me semble que M. Delaloy n'en a pas tiré grand'chose,&lt;/dialog&gt; dit en riant M. Charicy : &lt;dialog&gt;il a l'air tout désappointé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Attendez : il regarde autour de lui..... Le voilà parti, mais il nous tourne le dos... Connaissez-vous ce groupe qu'il aborde ? »&lt;/dialog&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Charicy dirigea sa lorgnette vers le groupe désigné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pas personnellement, mais je connais de vue ce grand monsieur avec qui il cause : c'est un riche filateur de Rouen..... Ah ! la conversation devient générale ; voilà deux dames, trois dames qui s'y mêlent... et puis un jeune homme..... Là ! Delaloy sait ce qu'il voulait savoir ; il salue et s'en va..... Le voilà qui revient vers nous..... Eh bien ? que vous a dit le petit Lantourny ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il m'a dit ; C'est M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel, la fille d'un médecin de Rouen. Et il est parti comme s'il était poursuivi, avec la figure d'un homme vexé ! je me suis dit qu'il y avait quelque chose là-dessous ; et comme j'ai avisé un groupe de Rouennais de ma connaissance, je suis allé leur demander des renseignements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous êtes un homme précieux. Et ces renseignements ? C'est pour M. Charicy, car moi je n'y tiens guère ; mais la jeune personne a fait sa conquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— M. Charicy en sera pour ses frais : la place est prise. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel, qui répond au joli nom de Pâquerette, est fiancée, à ce qu'il parait, avec un des deux officiers de marine qui accompagnent elle et sa tante ou cousine, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, qui l'a élevée depuis la mort de sa mère. Il paraît aussi que Charles Lantourny l'avaît demandée, et qu'il a été refusé : Cela explique pourquoi il ne tenait pas à parler d'elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, le beau Lantourny, c'est contrariant pour lui d'en voir un autre réussir là où il a échoué. Mais duquel des deux marins s'agit-il ! Le petit est un officier, le grand un médecin de la marine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je parie pour le grand, il se promenait tout à l'heure avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je parie pour le petit, il fait sa cour à la vénérable tante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je vous dirai cela ce soir au concert, si j'ai pu compléter mon enquête..... Ah ! les voilà qui s'en vont ! »&lt;/dialog&gt;                                   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, ayant consulté sa montre, avait déclaré qu'il était temps de partir, si l'on voulait dîner de bonne heure et se procurer une voiture pour revenir le soir. Il y avait au Casino une jolie représentation ; on jouait le &lt;i&gt;Luthier de Crémone&lt;/i&gt; et plusieurs musiciens, chanteurs et instrumentistes, devaient se faire entendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chacun sait qu'il y a en ce monde beaucoup de gens qui n'ont apparemment rien à faire, et qui passent leur temps à s'occuper des faits et gestes d'autrui. Quel puits de science ils seraient devenus, s'ils avaient consacré à s'instruire les heures nombreuses qu'ils ont perdues à s'enquérir de choses qui ne les regardaient point ! M. Delaloy employa bien son temps, depuis quatre heures jusqu'à huit, et il arriva au Casino tout prêt à vider sa botte de renseignements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faisait très chaud, et on étouffait dans la salle ; aussi, ni la musique ni la pièce n'avaient le pouvoir d'y retenir les spectateurs, qui venaient à chaque instant respirer l'air du soir et jouir du clair de lune sur la mer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des groupes se formaient sur la terrasse, qui ne songeaient plus à rentrer; selon eux, la chanteuse chantait faux et le violon grinçait par suite de la chaleur, ils ne valaient pas qu'on s'exposât à fondre en eau pour les entendre. Pâquerette avait chaud elle aussi; elle était encore à l'âge où l'on ne veut rien perdre d'une représentation, mais elle profila d'un entr'acte pour prier son père, arrivé le jour même pour le dîner, de lui faire faire un tour de terrasse. Varnelle et Jean les suivirent : M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique déclara que la fuite de tant de déserteurs allait nécessairement rafraîchir la salle, et que cela suffirait à son bien-être : elle resta à sa place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques-uns de ces déserteurs, n'ayant nulle envie de retourner au concert, étaient descendus sur les planches et s'y étaient installés sur des chaises, juste le long du mur de la terrasse. Ils formaient un groupe assez nombreux, où l'on causait bruyamment, et leur conversation n'avait rien de mystérieux pour les promeneurs qui Iongeaient la balustrade au-dessus d'eux. Pâquerette, en y passant au bras de son père, entendit son nom : elle s'arréta, et fit signe à ses compagnons de demeurer silencieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui, Mesdames,&lt;/dialog&gt; disait M. Delaloy, &lt;dialog&gt;cette jeune personne romanesque a refusé la main et le cœur de Charles Lantourny, le fils du baron Lantourny, le marquis de Carabas de la Normandie. Le père et le fils en sont étonnés et furieux, on ne sait pas si c'est plus étonnés que furieux ou plus furieux qu'étonnés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il y a de quoi !&lt;/dialog&gt; répliqua une autre voix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Lequel des deux ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! l'un ou l'autre ! Ils ne pouvaient pas s'attendre à cela, vous comprenez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— La jeune fille est charmante,&lt;/dialog&gt; dit une voix masculine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oh ! la beauté du diable,&lt;/dialog&gt; répondit une dame, &lt;dialog&gt;Est-elle riche ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Assez : sa mère lui a laissé une jolie fortune, et le docteur est fort à son aise. La cousine Ollivier lui laissera certainement aussi ce qu'elle a ; mais tout cela n'équivaut pas à la fortune des Lantourny.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ce que c'est que l'amour !&lt;/dialog&gt; dit sentencieusement un monsieur. &lt;dialog&gt;Et qui épouse-t-elle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah ! oui,&lt;/dialog&gt; interrompit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Navaud, &lt;dialog&gt;qui est-ce qui a gagné le pari ? Moi, j'ai parié pour l'officier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous avez perdu, Madame, mais pour vous consoler, je vous dirai le nom de cet officier. C'est le lieutenant de vaisseau Varnelle, le célèbre explorateur, qui vient de publier la relation de son dernier voyage dans l'intérieur de l'Afrique, et qui a fait il y a quinze jours, à la Société de géographie, cette conférence dont tous les journaux ont parlé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bah ! Mais c'est un homme illustre ! J'étais à sa conférence, et j'ai fait acheter son livre le jour même où il a paru. Je l'ai lu le soir, et il m'a empêchée de dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je l'ai lu aussi,&lt;/dialog&gt; s'empressa de dire une autre dame. &lt;dialog&gt;C'est un héros ! Quel courage ! Quel sang-froid, quelle présence d'esprit dans les plus grands dangers ! Il a été vingt fois à deux doigts de la mort..... On dit qu'il va entreprendre un nouveau voyage. C'est un grand homme ! Et ce n'est pas lui qu'elle épouse, cette petite sotte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non : c'est le médecin, le grand blond : un garçon de mérite aussi dans son genre, arrivé à la force du poignet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! nous connaissons cela, les hommes qui se sont faits eux-mêmes.... Très savants, soit ; mais il leur manque toujours quelque chose du côté de la distinction. Le vieux proverbe n'a pas tort : la caque sent toujours le hareng.... D'où sort-il ce beau jeune homme ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— D'un village de la côte, où feu son père était pêcheur. Le docteur l'y a ramassé petit gamin, nu-tête et nu-pieds, il l'a trouvé intelligent et l'a emmené comme petit domestique.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah !&lt;/dialog&gt; interrompit une vieille dame avec l'accent de satisfaction profonde familier aux gens qui peuvent ajouter à un récit quelque circonstance inédite, &lt;dialog&gt;je me rappelle en effet que ma fille est revenue indignée, il y a une douzaine d'années, d'une matinée d'enfants donnée par le docteur Auribel au jour de naissance de sa fille. C'était sans doute une petite fille bien mal élevée : croiriez-vous qu'elle a voulu danser avec ce garçon, au milieu de ses invités, et que son père et sa cousine ne s'y sont pas opposés ? C'était inouï !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Cela ne m'étonne pas : le docteur est un humanitaire. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdm6c7t2zI/AAAAAAAAAlo/B5PQDe93Aus/s1600-h/tremisort24.jpeg" title="Le docteur voulut emmener sa fille."&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdm6c7t2zI/AAAAAAAAAlo/B5PQDe93Aus/s320/tremisort24.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122676255542336306" /&gt;&lt;/a&gt;Un chœur de rires arriva jusqu'à la terrasse. M. Auribel voulut emmener sa fille, mais elle se cramponna à la balustrade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« II faut dire,&lt;/dialog&gt; reprit quelqu'un en bas, &lt;dialog&gt;que ce jeune garçon était d'une intelligence exceptionnelle, qu'il a fait d'excellentes études, et qu'il a devant lui un très bel avenir, mon cousin le capitaine de frégate, qui l'a eu à son bord, m'a fait de lui le plus grand éloge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— En fait d'avenir,&lt;/dialog&gt; répliqua le notaire, &lt;dialog&gt;il n'aura que celui d'exercer la médecine à Rouen ; le docteur ne lui donne pas sa fille sans sa clientèle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah !..... eh bien, ce doit être un sacrifice... la jeune fille le vaut bien d'ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh! un sacrifice, je ne suis pas de votre avis,&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Navaud : &lt;dialog&gt;le sacrifice est tout de son côté, à elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pourtant, Madame, à notre époque, on ne demande plus à un homme d'où il vient, mais ce qu'il vaut. Nous avons des généraux qui sont partis de la charrue : cela ne les a pas empêchés de faire de beaux mariages, et personne ne s'inquiète du métier de leur père. Et les grands artistes, donc !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah ! sans doute, quand un homme est célèbre..... par exemple, elle épouserait M. Varnelle, quelle que soit son origine, qu'on le trouverait tout simple..... Mais un petit médecin de marine, qui n'avait que de l'avenir ! La position ne sera pas facile, allez, dans une grande ville comme Rouen ! A la place du docteur Auribel, moi, j'aurais enfermé ma fille dans un couvent pour lui faire passer ses folles idées. »&lt;/dialog&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II y eut dans le groupe un murmure approbatif. Le défenseur de Jean y mit fin en rappelant que le moment approchait où le baryton devait chanter la sérénade de la damnation de Faust, qu'il chantait divinement. On entendit un bruit de chaises remuées, puis des pas montèrent l'escalier de la terrasse. Alors seulement Pâquerette quitta la balustrade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Donnez-moi le bras, mon cher Jean, »&lt;/dialog&gt; dit-elle très haut à son fiancé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'attacha à son bras et l'entraîna en haut de l'escalier, de façon que ceux qui le montaient fussent obligés de passer devant eux. Elle resta là jusqu'à ce que le dernier eût défilé, se tenant droite, dans une pose fière, très pâle sous la clarté de la lune, et les regardant en face l'un après l'autre avec des yeux étincelants d'indignation et d'orgueil. Tous détournaient la tête d'un air embarrassé ; un seul répondit à son regard par un salut respectueux. Elle lui adressa un sourire reconnaissant ;&lt;br /&gt;elle avait deviné celui qui avait pris la défense de son amour.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1103816922684403515?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1103816922684403515/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1103816922684403515' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1103816922684403515'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1103816922684403515'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xxii-o-pquerette-eut-envie-daller.html' title='XXII.- Où Pâquerette eut envie d&apos;aller à Trouville, et ce qu&apos;elle y trouva.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxdqSM7t20I/AAAAAAAAAlw/Qd8THS3bjvI/s72-c/tremisort23.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8510884801498350384</id><published>2007-11-18T10:00:00.000+01:00</published><updated>2007-11-18T11:20:06.021+01:00</updated><title type='text'>XXI.- Propos d'amour et rêves d'avenir. — Quand nous aurons des cheveux blancs ! — où Varnelle rentre en scène. — Désir de plaire.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;e docteur Auribel laissa les fiancés savourer leur bonheur sans contrainte, dans ce beau pays qui avait vu naître et grandir leur amour. Jean avait un congé de six mois ; il n'était pas besoin qu'il se hâtât de donner sa démission. Le climat du Sénégal, sans avoir altéré profondément sa santé, l'avait un peu éprouvé ; il fallait qu'il se rétablît complètement avant son mariage et son installation à Rouen comme successeur de son beau-père. Le docteur se fiait au repos, au bonheur et à l'air de la campagne, pour parfaire bien vite la cure. Il s'en retourna donc à Rouen et y occupa ses loisirs à conférer avec son architecte pour préparer au jeune ménage un nid indépendant et pourtant placé sous son aile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique resta à Saint-Roch pour servir de chaperon à Pâquerette. Elle n'était pas la moins heureuse de la tournure qu'avaient prise les événements ; Jean était un peu son œuvre, à elle aussi, et tel qu'elle le connaissait, elle ne voyait personne qui pût mieux que lui faire le bonheur de Pâquerette. Or, le bonheur de Pâquerette, c'était le bonheur de Monique Ollivier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce divin printemps où le soleil ne ménagea pas ses rayons, apporta donc aux deux fiancés une longue suite de jours aussi heureux que celui que Pâquerette avait proclamé « le plus beau jour de sa vie ». Quelle joie de passer de nouveau partout où avaient passé leurs petits pieds d'enfant, et de sourire aux mille souvenirs qui se levaient devant eux à chaque pas! A propos d'un rien, d'une fleur, d'un buisson, d'un oiseau, de tel ou tel rocher, de tel ou tel arbre, d'une vieille masure ou d'un berger drapé dans sa limousine rayée et appuyé sur son bâton, ils retrouvaient dans leur mémoire, à tous deux en même temps, quelque aventure d'autrefois, et cette phrase : &lt;dialog&gt;« Vous rappelez-vous ? »&lt;/dialog&gt; revenait sans cesse dans leurs discours. Ils s'en redisaient tous les détails; et la conclusion était invariablement : &lt;dialog&gt;« Nous nous aimions déjà dans ce temps-là. »&lt;/dialog&gt; A quoi l'un et l'autre ne manquaient pas d'ajouter : &lt;dialog&gt;« Et nous nous aimerons toujours »&lt;/dialog&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers le mois de juin, le docteur, qui arrivait toujours le samedi soir, commença à apporter les plans de son architecte; on les examinait et on les discutait en famille, car il fallait mettre l'ouvrage en train pendant la belle saison. Pâquerette s'amusait comme une enfant qui joue au ménage ; elle voulait que tout fût joli chez elle, et surtout elle mettait tous ses soins à la chambre de « maman Agathe », pour qu'elle s'y trouvât bien. Elle avait pour sa future belle-mère mille coquetteries charmantes ; et elle aurait voulu se marier dans la vieille petite église de Saint-Roch ; &lt;dialog&gt;parce que,&lt;/dialog&gt; disait-elle, &lt;dialog&gt;c'est notre patrie, Saint-Roch, la patrie de notre bonheur !&lt;/dialog&gt; Mais le docteur ne voulut pas y consentir : il tenait à ce que le mariage eût lieu dans la grande cathédrale de Rouen, au chant des orgues, devant l'autel illuminé et entouré de fleurs. II avait ses raisons pour cela, qui n'étaient pas seulement des raisons de vanité! Peu lui importait de faire dire qu'on n'avait jamais vu un plus riche mariage que celui de M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Auribel. Mais il savait que les langues allaient prendre de l'exercice à propos de ce mariage : l'origine du fiancé était connue de beaucoup de gens, qui ne manqueraient pas de la révéler à ceux qui l'ignoraient. Alors, que d'exclamations étouffées ou à découvert! que de mines effarouchées ! Les uns s'étonneraient, les autres blâmeraient, d'autres excuseraient; quelques-uns daigneraient approuver....... Le docteur se trouvait fort au-dessus de la louange ou du blâme : ce qu'il faisait, il le voulait, et il jugeait que c'était bien ; il ne voulait pas avoir l'air de s'en cacher, comme s'il en rougissait. Ce ne serait pas dans la solitude d'une petite église de village, ce serait à la face de tout Rouen que Jean et Pâquerette recevraient la bénédiction nuptiale. Puisqu'on s'alliait à Jean Trémisort, il fallait se montrer fier de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces raisons-là, M. Auribel ne les donna ni aux fiancés ni à la mère Agathe. Pâquerette n'eût jamais imaginé que Jean pût être&lt;br /&gt;humilié par qui que ce fût, et il ne fallait pas lui en faire venir l'idée ; et la plus simple délicatesse interdisait de toucher à ces questions-là avec la veuve et son fils. Le docteur dit seulement qu'il avait à Rouen beaucoup d'amis, qu'il désirait voir au mariage de sa fille ; et qui ne pourraient pas se transporter à Saint-Roch ; ce serait d'ailleurs la meilleure occasion possible pour lui de présenter son gendre à une foule de gens qui lui seraient utiles par la suite. Pâquerette adopta sans difficulté cette idée-là; et elle proposa que Jean ne donnât sa démission qu'après leur mariage , afin de pouvoir se marier en uniforme : elle trouvait que l'uniforme lui allait très bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes les conventions et tous les calculs étant faits et bien arrêtés, tant avec l'architecte et tous les corps de métiers qu'il employait, qu'avec les couturières, lingères et autres ouvrières occupées à la confection du trousseau de la mariée, il se trouva que tout pouvait être prêt à la fin de septembre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ce sera alors au commencement d'octobre que nous nous marierons,&lt;/dialog&gt; dit Pâquerette. &lt;dialog&gt;C'est un bon moment, n'est-ce pas ? tous nos amis seront revenus des bains de mer, et nous aurons encore beau temps pour voir un petit bout d'Italie. Quel garçon d'honneur aurez-vous, Jean ? Si vous demandiez votre Africain, M. Varnelle, dont vous m'avez tant parlé ? je serais enchanté de le connaître. Sera-t-il encore en France à cette époque-là ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il sera bien près de son départ, mais j'espère qu'il pourra encore disposer de quelques jours pour nous. Quel cher et excellent garçon ! Il ne m'a jamais plaisanté sur ma tristesse, lui ! Il ne m'a jamais questionné non plus ; mais je sentais dans sa voix, dans son regard, dans toute sa manière d'ètre envers moi une sympathie compatissante qui me faisait du bien. Et quelle charmante lettre il m'a écrite en réponse à celle où je lui disais que j'étais heureux ! Vous voudrez bien qu'il soit notre ami à tous deux ? Il ne se mariera jamais, lui, il est trop passionné pour les voyages et les découvertes ; mais il a le cœur très tendre, et il aura beau devenir un homme célèbre, membre de toutes les sociétés savantes et bariolé de décorations, il aura besoin d'un foyer ami où il viendra se reposer entre deux expéditions aventureuses. Ce foyer, il le trouvera chez nous, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je l'aimerai, puisque vous l'aimez ! »&lt;/dialog&gt; répondit Pâquerette gravement. Puis tout à coup elle se mit à rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Nous ne courrons pas risque de nous ennuyer sur nos vieux jours,&lt;/dialog&gt; reprit-elle ; &lt;dialog&gt;les voyageurs aiment à raconter ce qu'ils ont vu, et les récits de M. Varnelle nous feront passer de bonnes soirées au coin du feu. Voyez-vous d'ici, les trois bons vieux que nous serons ? Recommandez-lui bien de ne pas se laisser manger par les sauvages !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne craignez rien : Varnelle se tire toujours d'affaire, »&lt;/dialog&gt; répondit Jean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se leva pour aller écrire a son ami, et Pâquerette jeta un regard furtif à Monique qui cousait près d'une fenêtre, pour se faire une idée de ce qu'elle-même pourrait bien être dans le temps lointain dont elle venait de parler à Jean. Les cheveux gris... le teint sans couleurs... oui, ce serait à peu près cela... mais elle ferait tout de même, elle l'espérait, une plus jolie&lt;br /&gt;vieille que tante Monique : elle ne perdrait pas ses dents, elle les avait si bonnes ! et puis ses cheveux noirs, très fins, deviendraient de beaux cheveux blancs, et elle porterait de jolies petites coiffures en dentelle, ornées de nœuds mauve ou bleu pâle, ou de toute autre nuance qui lui irait bien dans ce temps-là. Et Jean ferait un très beau vieillard ; il ressemblait à sa mère... Pauvre mère Agathe! dans ce temps-là, elle n'y serait plus... ni tante Monique, ni.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour la première fois, la pensée de la mort jeta une ombre sur la joie rayonnante de Pâquerette. Son père ! la première tendresse de son cœur ! lui aussi serait parti, dans ce temps-là... Quelle chose mouvante et fugitive que la vie, qui détruit en si peu de temps jusqu'à la trace de nos bonheurs, comme le vent soulève et égalise le sable où était restée l'empreinte de nos pas ! Détourne ton regard de l'avenir, Pâquerette, contente-toi du présent. Ces êtres chers qui t'entourent, aime-les de toutes les forces de ton âme ; enferme-les dans tes bras caressants, tâche de les garder, tâche de les défendre contre l'impitoyable mort... Un à un, ils t'échapperont, tu le sais, tu n'en peux douter : quand ton cœur insatiable, à qui ne suffit pas le bonheur d'aujourd'hui, veut prévoir le bonheur à venir pour en jouir par avance, tu t'arrêtes épouvantée en songeant que plusieurs manqueront à l'appel. Puisses-tu au moins, quand tes cheveux seront blancs et ton visage ridé, pouvoir t'appuyer encore sur le bras du compagnon fidèle de tes jeunes années !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pensées mélancoliques ne font qu'effleurer les âmes de dix-huit ans. Pâquerette reprit bientôt sa sérénité. Il était loin, le temps où elle serait vieille ! ce qui arriverait dans cinquante ans lui paraissait presque aussi éloigné que ce qui se passerait dans deux siècles. Son cher père, sa chère tante Monique, et Agathe, et Dangrune n'étaient pas bien vieux, après tout ; ils devaient vivre encore longtemps. Comme l'hiver prochain serait gai, et quelles bonnes causeries en famille au coin du feu, le dimanche soir, quand on aurait dîné ensemble chez son père ou chez elle. Car elle comptait bien avoir son dimanche, et&lt;br /&gt;combiner des dîners qui seraient au goût de tout le monde, et qu'elle servirait dans de jolie vaisselle neuve, sur de beau linge brillant comme du satin. Elle écrirait ses menus de sa plus belle écriture, et elle les ferait orner par Jean d'un joli dessin, une branche de fleurs pour chacun : il les faisait si bien ! Pâquerette sourit à cet avenir prochain—celui-là, elle le touchait presque du bout du doigt — et alla s'asséoir à côté de Monique qui ourlait des serviettes; elle s'était chargée d'y broder son chiffre enlacé à celui de Jean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La lettre du jeune homme partit le jour même. Trois jours après, il recevait la réponse de Varnelle, qu'il apporta triomphant à sa fiancée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mon cher ami,&lt;/dialog&gt; disait Varnelle, &lt;dialog&gt;j'accepte avec reconnaissance l'honneur que veut bien me faire mademoiselle Auribel, ainsi que le titre d'ami que vous me promettez de sa part. Mais comme, à la date désignée, je serai sur le point de partir et ne pourrai disposer absolument que d'un jour, et encore d'un jour où je ne vous verrai tous deux qu'en cérémonie, j'ai pensé que si vous le permettez, il me serait bien doux d'emporter de votre charmant ménage un souvenir plus intime et plus calme que celui-là. Je vais avoir une quinzaine de liberté en juillet : m'autorisez-vous à aller la passer à Saint-Roch ? Je ne serai pas gênant, je ne vous suivrai pas dans les petits sentiers où vous promenez vos confidences : une petite place le soir au cercle de famille, c'est tout ce que j'ambitionne, et je serai bien heureux de l'obtenir. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette était radieuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Quel bonheur ! quel bonheur !&lt;/dialog&gt; s'écria-t-elle en battant des mains. &lt;dialog&gt;Quelle bonne idée j'ai eue ! et lui, il en a une encore meilleure. Vous êtes content, n'est-ce pas ? Au moins, quand il sera loin, nous pourrons parler de lui autrement que comme d'un chef sauvage ou d'un personnage historique quelconque, qu'on ne connaît que de réputation. Ecrivez-lui de venir le plus tôt possible, »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean écrivit à Varnelle pour lui offrir l'hospitalité, mettant à sa disposition la chambre de Germain ; et il fut convenu que Varnelle arriverait aussitôt après la publication du récit de ses derniers voyages, qu'on achevait d'imprimer et qu'il voulait recommander lui-même aux journaux pour en obtenir des articles favorables. De plus, il devait faire une conférence à la Société de Géographie ; tout cela poussait son voyage jusqu'à la mi-juillet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il arriva, et sa présence mit fin au tête-à-tête prolongé des deux fiancés. On peut dire tête-à-tête, car Agathe et Monique ne comptaient pas, non plus que le docteur Auribel, qui d'ailleurs ne venait qu'une fois par semaine : avec l'égoïsme inconscient des amoureux, Jean et Pâquerette causaient devant eux comme s'ils n'eussent été personne. Avec Varnelle, c'était autre chose ; si amical, si bienveillant qu'il fût, c'était un étranger, un hôte ; il fallait s'occuper de lui et l'empêcher de trouver le temps long. On le promena par monts et par vaux ; on lui fit admirer les frais paysages et les vastes plages de Normandie, et les comparaisons toutes naturelles entre les sites de France et ceux d'Afrique amenaient des récits et des descriptions dont Pâquerette ne se lassait jamais. Elle faisait pourtant un choix parmi ces récits ; Jean, en qualité de médecin, ou simplement pour son plaisir, s'était trouvé mêlé à quelques-unes des expéditions de Varnelle, et c'étaient ces expéditions-là que la jeune fille se faisait raconter lo plus volontiers ; d'autant plus volontiers que l'éloge de Jean y figurait à haute dose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Vous n'avez pas idée, Mademoiselle,&lt;/dialog&gt; lui disait Varnelle, &lt;dialog&gt;des services qu'il m'a rendus quand j'ai eu la bonne fortune de pouvoir l'emmener avec moi ; par malheur, son service le retenait le plus souvent à Saint-Louis ou à Dakar. Il se montrait courageux, adroit, ingénieux, remontant le moral des hommes, nègres comme blancs, ingénieux pour diminuer leurs fatigues, très habile médecin, et bon pour tous; et généreux ! supportant sa part de peine sans jamais se plaindre, et uniquement occupé d'alléger celle des autres. Et puis il est instruit! Je ne sais pas où il a appris tout ce qu'il sait : il devine au besoin, et il tombe toujours juste..... S'il était venu avec moi cette fois-ci, je suis sûr qu'il aurait fait des découvertes capables de le rendre célèbre..... Sa démission va soulever des clameurs : tous ceux qui l'ont connu s'entendent pour lui prédire le plus bel avenir, et on s'étonnera de le trouver si peu ambitieux..... Mais ce sera à tort : il a choisi la meilleure part. La plus haute ambition, n'est-ce pas d'aspirer au bonheur ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette souriait, le cœur délicieusement remué par des paroles qui la flattaient à la fois dans sa tendresse et dans son orgueil. Elle n'était plus assez enfant pour dire à Varnelle : « Encore ! encore ! » Mais elle s'arrangeait, tout en changeant de conversation, de manière à y ramener bientôt les louanges de Jean. Et puis, quand elle se retrouvait seule, elle méditait sur ce que lui avait dit Varnelle. C'était vrai, pourtant ! Jean lui faisait des sacrifices ; il renonçait pour l'épouser à un avenir brillant, à la gloire peut-être... S'il allait avoir des regrets ? Mais non : il l'aimait ! il ne pouvait rien estimer au-dessus d'elle.... C'était à&lt;br /&gt;elle, maintenant, de lui donner assez de bonheur pour que son ambition fût satisfaite : en serait-elle capable ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette n'avait aucune vanité; elle se savait jolie, sur la foi de son miroir, mais elle ne se croyait pas plus jolie que tant d'autres; et elle n'avait jamais été coquette, parce que, uniquement occupée de Jean, elle ne s'était jamais souciée de faire d'autres conquêtes. Elle n'avait jamais non plus songé à comparer Jean avec personne, ni à se demander ce qu'on pensait de lui dans le monde : elle l'aimait tel qu'il était ; et l'opinion des indifférents ne lui importait guère. Mais à présent que son bonheur était assuré, que Jean était son bien, sa chose, elle commençait à n'étre pas fâchée que ce bien eût une grande valeur aux yeux d'autrui. En même temps, elle se prit a souhaiter qu'il se trouvât des gens pour dire à son fiancé que M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Auribel était jolie, spirituelle, charmante ; cela lui ferait plaisir certainement, tout comme l'éloge de Jean lui faisait plaisir à elle. Ce fut ainsi que l'amour d'un seul lui inspira le désir de plaire à tous.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8510884801498350384?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8510884801498350384/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8510884801498350384' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8510884801498350384'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8510884801498350384'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xxi-propos-damour-et-rves-davenir-quand.html' title='XXI.- Propos d&apos;amour et rêves d&apos;avenir. — Quand nous aurons des cheveux blancs ! — où Varnelle rentre en scène. — Désir de plaire.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8400805553306226759</id><published>2007-11-16T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:52.197+01:00</updated><title type='text'>XX.- Au clair de la lune. — Bonne nuit !</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxd8qs7t23I/AAAAAAAAAmI/b77F4J3JP0M/s1600-h/tremisort22.jpeg" title="On avait bu à la santé des fiancés."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxd8qs7t23I/AAAAAAAAAmI/b77F4J3JP0M/s400/tremisort22.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122700174215207794" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;e dîner venait de finir ; avec le fin cidre mousseux, champagne de la Normandie, on avait bu à la santé des fiancés, rayonnants de beauté, de jeunesse et d'amour, que les parents contemplaient d'un œil attendri. On avait rappelé mille souvenirs, mille petites circonstances dont le sens se révélait maintenant ; on s'était réjoui du présent et plus encore de l'avenir ; et comme le vrai bonheur n'est pas un hôte bruyant et qu'il en a vite assez de la gaîté expansive, la conversation commençait à languir. Par la fenêtre ouverte, la brise apportait la bonne odeur des pommiers fleuris ; et dans le ciel encore rose des derniers reflets du soleil couchant, le léger croissant de la lune nouvelle brillait blanc et pur comme s'il eût été taillé dans le diamant. Pâquerette remplit le silence rêveur qui régnait depuis un instant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Sortons un peu,&lt;/dialog&gt; dit-elle : &lt;dialog&gt;il fait si beau! Voulez-vous ? »&lt;/dialog&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un désir de Pâquerette, c'était un ordre pour tous les convives : ils se levèrent. La jeune fille se laissa entortiller dans une grande écharpe de laine blanche, précaution contre la fraîcheur du soir, qu'elle sut disposer de la façon qui siérait le mieux à son charmant visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Prends le bras de Jean, et marchez devant nous ! »&lt;/dialog&gt; dit M. Auribel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdtps7t21I/AAAAAAAAAl4/YnAPcFZ0mK8/s1600-h/tremisort21.jpeg" title="La jeune fille s'appuyait sur le bras de son fiancé."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdtps7t21I/AAAAAAAAAl4/YnAPcFZ0mK8/s400/tremisort21.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122683664360921938" /&gt;&lt;/a&gt;Pâquerette obéit, joyeuse et émue. Cela lui était arrivé d'autres fois, de donner le bras à Jean : mais ce n'était pas la même chose... Ils s'en allèrent sur la route bordée de talus verdoyants et fleuris. Dans l'ombre du soir, les grands pommiers paraissaient tout blancs comme d'énormes bouquets de mariée; par moments un chemin, une petite vallée qui se creusait vers la gauche laissait voir la mer sombre, où la lune traçait son mince sillon lumineux tremblotant sur les flots, et au-dessus d'elle dans le ciel clair, quelques petites étoiles qui s'efforçaient d'apparaitre ; tandis qu'à droite, les coteaux couronnés d'arbres touffus se détachaient sur un azur presque noir, tout étincelant de constellations. Le silence de la nuit s'étendait déjà sur toutes choses, ce silence plein de vie ou l'esprit, autant que l'oreille, perçoit une harmonie indéfinissable, faite du mouvement incessant des êtres animés, oiseaux qui se remuent dans leurs nids, insectes qui se glissent entre les herbes, gouttes d'eau qui se frayent un chemin parmi les pierres, feuilles sèches qui tombent, poussées par les feuilles naissantes. Jean et Pâquerette marchaient légèrement, comme soulevés par leur joie intime et profonde : cette belle nuit, cette nature sérieuse et douce, n'étaient-elles pas faites exprès pour bercer leur jeune amour ? Parfois la jeune fille s'appuyait sur le bras de son fiancé, elle se faisait lourde, pour qu'il sentit bien qu'elle était là : lui, alors, serrait doucement la petite main qu'il avait prise dans la sienne, et, songeant à ses chagrins passés, il les trouvait trop payés par cette soirée bienheureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean.....&lt;/dialog&gt; murmura Pâquerette, &lt;dialog&gt;je voudrais savoir....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Savoir quoi, ma bien-aimée ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa bien-aimée ! quelle douce parole ! c'était à elle qu'il l'adressait... et il en avait le droit, puisqu'elle allait être sa femme ! Sa bien-aimée !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je voudrais savoir,&lt;/dialog&gt; reprit-elle, &lt;dialog&gt;depuis quand vous m'aimez ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Depuis le premier jour, depuis la première minute où je vous ai vue. Je m'étais sauvé de la maison, maussade et peureux, pour ne pas vous voir... Comprenez-vous cela ? pour ne pas vous voir ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II souriait de sa folie d'autrefois ; et Pâquerette répondit à son sourire par un éclat de rire argentin. Il reprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je suis rentré en cachette, par le petit chemin qui donne dans la cour ; et tout à coup je vous ai vue, toute blanche, debout contre la haie d'aubépine.... Jamais je n'avais rien vu d'aussi beau que vous ; on m'aurait dit, à ce moment-là, que vous étiez Notre-Dame ou une sainte du paradis, ou une fée, que je l'aurais cru de toute ma ferveur d'enfant. Je n'ai jamais plus cherché à vous fuir...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Si vraiment, Monsieur ! Et toutes ces dernières années, que vous oubliez ? Ne cherchiez-vous pas à me fuir ? Que de fois j'en ai pleuré toute seule !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ce sont les seules larmes que je vous coûterai jamais. J'ai bien souffert moi aussi, ma Pâquerette ! Mais c'était le devoir... Pouvais-je espérer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Que je vous aimais ? Vous deviez bien le savoir... Voyons, osez me dire que vous ne vous en doutiez pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Hélas ! si, je m'en doutais... et cela doublait ma peine, de penser que je vous faisais souffrir. Mais, mon amie, nous n'étions pas seuls au monde : votre père, à qui je devais tout.... pouvais-je croire qu'il aurait cette générosité sublime, de donner son plus cher trésor à l'enfant élevé par sa charité... Car ne vous y trompez pas, Pâquerette ; si pour mes camarades d'Ecole de médecine, pour mes chefs, pour les officiers de marine avec qui j'ai navigué, je suis maintenant le docteur Trémisort, un homme qu'on estime et qu'on ne considère pas comme le premier venu, ici, dans mon pays, pour ceux qui m'ont connu enfant, je ne serai jamais que le petit Jean qui courait pieds nus sur la plage de Saint-Roch... Et votre père a dû braver tous les préjugés régnants, qui sait, il s'est peut-être livré un rude combat à lui-même, avant de m'appeler son fils... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette releva fièrement la tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je ne sais pas ce que mon père a pensé ; je sais seulement que quand je lui ai dit que je vous aimais, il a parlé tout de suite d'aller vous retrouver à Saint-Roch. Vous faites tort à mon père, Jean ; vous le connaissez pourtant depuis assez longtemps, et vous devriez savoir qu'il ne partage pas les préjugés dont vous parlez. C'est lui qui m'a élevée, c'est lui qui m'a appris à estimer les gens selon ce qu'ils valent ; aussi c'est lui qui est cause que je vous aime ! Soyez tranquille : il sera fier d'avoir un fils comme vous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh oui ! un vrai fils ! si vous saviez combien je suis heureux d'avoir le droit de l'aimer comme un père !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et moi, je suis heureuse d'être la fille de ma chère mère Agathe. Elle ne me repoussera plus, à présent, elle ne m'appellera plus mademoiselle, elle se laissera aimer tant que je voudrai... Oh ! comme nous serons tous heureux ! Quand je pense que c'est si facile d'être heureux, et que nous nous sommes fait tant de chagrin! en voilà, des larmes perdues ! Ce que c'est que de ne pas s'expliquer ! il ne fallait qu'un mot, et personne n'osait le dire... Si vous saviez comme j'ai embrassé le père Dangrune !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Dangrune ? pourquoi Dangrune ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Parce que je disais : Jean n'a pas voulu me comprendre! Jean ne m'aime pas ! et qu'il a expliqué, oh ! très clairement, que vous m'aimiez au contraire beaucoup, et que vous vous taisiez par délicatesse. Il a beaucoup d'esprit, le père Dangrune !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et beaucoup de cœur aussi. Il aura sa place chez nous, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— &lt;i&gt;Chez nous !&lt;/i&gt; redites encore : &lt;i&gt;chez nous !&lt;/i&gt; ces deux mots-là vont si bien ensemble ! Comment l'arrangerons-nous, notre chez nous ? Il y a déjà toutes les jolies choses que vous avez rapportées de vos voyages, qui orneront notre salon : ce sera très original. Et le cabinet du docteur, comment sera-t-il ? Que préférez-vous, le bois noir ou le vieux chêne ? on trouve facilement dans le pays de vieux bahuts et de vieilles tables qu'on peut faire arranger... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle continua à lui dérouler de gracieux plans d'aménagement intérieur, se plaisant à entrer dans le détail de leur vie à deux, sans oublier les vieux parents qui ne seraient jamais loin, qu'on reverrait dix fois par jour et davantage, qu'on aimerait, qu'on soignerait, qu'on rendrait heureux. &lt;dialog&gt;« Ce ne sera pas difficile,&lt;/dialog&gt; disait Pâquerette : &lt;dialog&gt;nous n'aurons qu'à être heureux nous-mêmes ! »&lt;/dialog&gt; Jean l'écoutait en souriant. &lt;dialog&gt;« II ne fallait qu'un mot ! »&lt;/dialog&gt; redisait-il après elle ; et son cœur pénétré de reconnaissance s'élançait vers ceux qui l'avaient dit, ce mot ! Où étaient les orages de son cœur ? Loin, bien loin, évanouis, dissipés à jamais par le radieux soleil de l'amour ! Son bonheur était si grand que par moments il s'en trouvait comme écrasé et que son cœur cessait de battre. Il aurait voulu fixer à jamais cette heure bénie. Oh ! la coupe de joie et d'extase était pleine, pleine à déborder : que pourrait y ajouter l'avenir ? Cette pensée mélancolique des Anciens, que lorsqu'on meurt jeune, on est aimé des dieux, traversa l'esprit de Jean : ne serait-il pas doux de disparaître en plein bonheur, et de n'avoir plus rien à redouter de la vie ? Mais le jeune homme n'était point un rêveur, et il repoussa loin de lui ce fantôme importun. La vie lui gardait bien d'autres joies, ennoblies et sanctifiées par le devoir ; et il se vit, après ses journées laborieuses, jouissant d'un doux repos auprès de sa Pâquerette bien-aimée ; il vit son foyer réjoui par des voix mélodieuses et des visages roses de petits enfants qu'Agathe berçait sur ses genoux ; il se vit, bien loin dans l'avenir, vieillard à cheveux blancs, honoré et respecte de tous, pendant que Pâquerette, vieillie et blanchie elle aussi, mais toujours aimante et aimée, faisait un paradis de leur maison à un petit peuple de charmants lutins qui l'appelaient grand'mère, et à qui elle racontait en souriant la fraîche histoire de leurs amours.... Et, rapprochant cette longue perspective de joie qui se déroulait devant lui avec les tristes années écoulées, il redisait après Pâquerette: &lt;dialog&gt;« C'était si facile d'être heureux ! et nous nous sommes fait tant de chagrin ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les fiancés étaient devenus silencieux, mais leurs âmes n'avaient pas besoin de paroles pour se comprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La lune avait disparu, et les dernières lueurs du couchanti n'éclairaient plus le ciel assombri, où des millions d'étoiles brillaient maintenant de leur éclat le plus pur ; on entendait au loin le murmure de la mer qui montait. Un merle, niché dans un peuplier, lança aux échos ses notes flûtées. Pâquerette s'arrêta pour l'écouter : ce chant clair et gai répondait bien à l'allégresse de son cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'aime la voix du merle!&lt;/dialog&gt; dit-elle à Jean. &lt;dialog&gt;Mais pourquoi chante-t-il quelquefois la nuit, à propos de rien, une petite phrase toute courte ? Les autres oiseaux, excepté le rossignol, se taisent et dorment, à cette heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne suis pas dans les secrets du merle,&lt;/dialog&gt; répondit Jean en riant. &lt;dialog&gt;Peut-être que, quand il est perché sur une branche, par une belle nuit comme celle-ci, à côté de sa merlette, il lui arrive de se trouver si heureux qu'il ne peut pas s'en taire : il faut absolument qu'il chante son bonheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette explication vous plaît-elle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est cela ! Il lui dit dans sa langue : je vous aime ! C'est joli dans toutes les lanques, ces trois mots-là : n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je vous aime, Pâquerette !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je vous aime, Jean. »&lt;/dialog&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le groupe des parents, les voyant arrêtés, avait pressé le pas pour les rejoindre. Par habitude, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier tâta le châle qui couvrait la tête et les épaules de Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Te voilà toute mouillée, ma chérie,&lt;/dialog&gt; dit-elle avec inquiétude ; &lt;dialog&gt;pourvu que tu n'aies pas pris un rhume à cette humidité : Ne voudrais-tu pas rentrer ? »&lt;/dialog&gt; ajouta-t-elle timidement comme si elle sentait du remords de faire le personnage de trouble-fête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Rentrons ! »&lt;/dialog&gt; répondit Pâquerette en soupirant, et on reprit le chemin du village. Toutes les lumières étaient éteintes, le silence régnait partout; à peine un chien de garde aboyait-il au bruit des pas. On arriva à la porte de la Mignonnette. Le docteur tendit la main à Agathe et à son fils, et Pâquerette présenta son front à la veuve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Bonsoir, mère Agathe ! bonsoir, Jean ! A demain !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A demain, ma fille ! bonne nuit, et dormez bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! j'aimerais mieux ne pas dormir, pour faire durer ce beau jour plus longtemps : le plus beau jour de ma vie ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean ne dit rien, mais il pressa la petite main qu'elle avait glissée dans la sienne, de façon à lui faire comprendre que pour lui aussi, c'était le plus beau jour de sa vie.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8400805553306226759?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8400805553306226759/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8400805553306226759' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8400805553306226759'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8400805553306226759'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xx-au-clair-de-la-lune-bonne-nuit.html' title='XX.- Au clair de la lune. — Bonne nuit !'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxd8qs7t23I/AAAAAAAAAmI/b77F4J3JP0M/s72-c/tremisort22.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-699990614896208478</id><published>2007-11-14T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:52.341+01:00</updated><title type='text'>XIX.- Sous les pommiers en fleur. — Où l'on sort tout à fait des usages habituels. — Pauvre mère ! — Plans d'avenir, élaborés par le docteur Auribel.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;I&lt;/span&gt;l y avait juste vingt-quatre heures que la voiture, omnibus, patache ou diligence, comme on voudra la nommer, qui a déjà figuré plusieurs fois dans cette histoire, avait déposé Jean Trémisort sur la route de Trouville à Honfleur, derrière le chevet de l'église de Saint-Roch, Jean était assis près de sa mère sous les pommiers en fleur, dans la cour de leur maison, et il lui racontait en détail tous les événements de sa vie pendant les deux dernières années. Agathe tenait son tricot, mais pour mieux écouter son fils elle laissait reposer sur ses genoux, avec ses mains, sa laine et ses aiguilles ; le peloton avait roulé à terre sans qu'elle s'en aperçût, elle la ménagère si soigneuse, tant elle semblait attentive aux récits du jeune homme. Elle aurait pourtant été en peine de les répéter ; car elle le regardait encore plus qu'elle ne l'écoutait, et elle se disait en elle-même : &lt;dialog&gt;« L'aime-t-il toujours ? Je n'ose pas lui parler d'elle ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un vent léger, passant sur la haie d'aubépine, en apporta jusqu'à eux le doux parfum d'amande amère. Ce parfum éveilla dans l'âme de Jean un souvenir à la fois joyeux et triste : il revit Pâquerette, telle qu'elle était apparue pour la première fois dans sa vie, et Pâquerette telle qu'il l'avait quittée la veille. Il se tut et soupira.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean ? »&lt;/dialog&gt; murmura Agathe avec un accent de tendresse inquiète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui, mère, je te comprends... Je ne t'ai pas encore parlé d'eux. Je les ai revus hier, pour la dernière fois d'ici longtemps... C'est toujours la même chose, ces entrevues-là : une joie qui m'ôte mon courage, et que je m'interdirais si je n'avais pas peur de passer pour un ingrat... Mais quand je te quitterai pour une destination quelconque, je serai trop pressé pour retourner à Rouen, et je me contenterai d'écrire... Heureusement que nous ne sommes pas dans la saison où elle vient à Saint-Roch...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mère Agathe ! mère Agathe ! où êtes-vous ? »&lt;/dialog&gt; cria dans la maison une voix enfantine ; et une fillette essoufflée parut à la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ah ! vous voilà ! Maman m'envoie vous dire que les dames viennent d'arriver à la Mignonnette ; elles ont pris les clefs en passant devant chez nous. Vous ne le saviez pas ? Maman est très fâchée qu'on ne l'ait pas prévenue ; la maison est tenue propre toute l'année, bien sûr, mais il faut toujours rafraîchir et balayer au dernier moment. Ces dames disent que ça ne fait rien, et la demoiselle ne fait que rire. Maman a pensé que vous seriez bien aise de savoir...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui,oui, Mariette, merci bien, à toi et a ta mère. Retourne lui aider : j'irai tout à l'heure. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite fille s'enfuit en courant, et Agathe se retourna vers son fils. &lt;dialog&gt;« Mon pauvre garçon ! »&lt;/dialog&gt; dit-elle en lui posant la main sur l'épaule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean n'eut pas le temps de lui répondre. Un pas d'homme fit résonner le pavé de la ruelle et le carrelage de la maison, et le docteur Auribel parut à la même porte où s'était montrée la petite Mariette. Il s'avança jusqu'à la mère Agathe, qui quittait son fils pour venir vers lui, et au lieu de la poignée de main sans façon qu'il lui donnait d'habitude, il mit chapeau bas et la salua avec respect.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Madame Trémisort,&lt;/dialog&gt; dit-il, &lt;dialog&gt;je suis venu tout exprès pour vous faire une prière : voulez-vous consentir au mariage de votre fils Jean avec ma fille, Pâquerette ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdv8c7t22I/AAAAAAAAAmA/kl6o4VCKy7c/s1600-h/tremisort20.jpeg" title="Agathe, étonnée, presque effrayée, ouvrait de grands yeux."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdv8c7t22I/AAAAAAAAAmA/kl6o4VCKy7c/s400/tremisort20.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122686185506724706" /&gt;&lt;/a&gt;Agathe, étonnée, presque effrayée, ouvrait de grands yeux et le regardait sans lui répondre. Etait-ce possible ? entendait-elle bien ? le docteur devenait-il fou ? ou bien voulait-il se moquer d'elle ? Elle ne put trouver que trois mots, qui ne répondaient à rien : &lt;dialog&gt;« Oh! monsieur Auribel ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur se tourna vers Jean, qui semblait changé en statue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean,&lt;/dialog&gt; mon ami, lui dit-il, &lt;dialog&gt;Dangrune prétend que tu aimes Pâquerette et que tu n'oses pas le dire. Alors, comme elle t'aime et qu'elle n'ose pas te le dire non plus, ce qui d'ailleurs ne serait pas convenable, il a été décidé que je ferais les premiers pas..... Est-ce que Dangrune s'est trompé ? Allons, ne va pas te trouver mal, à présent !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! Monsieur !&lt;/dialog&gt; s'écria Jean, retrouvant enfin la voix, &lt;dialog&gt;voilà si longtemps que cela m'étouffe !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Longtemps ? et elle aussi ! Je vois que vous vous entendrez parfaitement. C'est hier, après ton départ, que nous avons su à quoi nous en tenir, Monique et moi ; et nous avons décidé qu'un séjour à Saint-Roch était tout indiqué pour vos fiançailles. Monique, en ce moment-ci, fait mettre en ordre la Mignonnette où l'on ne nous attendait point ; mais elle n'a pas besoin de Pâquerette pour cela, de sorte que si tu veux venir causer un peu avec elle..... Allons, mère Agathe, venez, vous aussi, embrasser votre fille ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur avait pris Jean par un bras, et il tendait vers Agathe la main qu'il avait de libre. Mais la vieille femme se déroba.                      &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pardon, Monsieur... tout à l'heure... laissez-moi me remettre un peu... Je ne pouvais pas m'attendre à cela, vous comprenez... et je né sais pas comment vous dire... Vous êtes bon comme le bon Dieu, voilà ! Mon Jean sera heureux !... Va, mon enfant, va... j'irai te retrouver... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur la regarda, et il comprit qu'elle avait réellement besoin de solitude, car il emmena Jean éperdu de bonheur et à peine revenu de sa surprise, en répétant à la vieille femme : &lt;dialog&gt;« A tout à l'heure, mère Agathe, à tout à l'heure ! nous vous attendons ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Restée seule, Agathe rentra lentement dans sa maison et alla s'asseoir près du foyer, à l'endroit où elle avait reçu jadis les douloureuses confidences du son fils, et ce souvenir lui revint ; net et précis, avec les larmes de Jean et l'angoisse qui étreignait son cœur de mère impuissante à le consoler. Quelle différence maintenant ! Ce bonheur qu'il n'aurait jamais osé espérer, dont il s'était interdit même la pensée, ce bonheur était à lui !... Pourquoi donc Agathe, qui ne vivait que pour Jean, se sentait-elle mortellement triste ? pourquoi ne l'avait-elle pas suivi ? pourquoi ne montraitelle pas plus d'empressement à aller embrasser Pâquerette... Sa fille ! oui sa fille, c'était le docteur lui-même qui l'avait dit. Sa fille !.... Agathe revoyait par la pensée la belle et gracieuse enfant, parée pour le bal, comme elle l'avait souvent aperçue dans les salons du Casino, par les fenêtres laissées ouvertes à cause de la chaleur ; et elle pensait à elle-même, à son costume de villageoise, à ses mains rugueuses et à son bonnet de coton... Un monde les séparait : un abîme ! Sa tendresse, son humble adoration pour la jeune fille pourraient-ils le combler ? Pâquerette aimait Jean : c'était tout simple. Jean était un docteur, un officier de marine, un &lt;i&gt;monsieur&lt;/i&gt; comme ceux qu'elle rencontrait dans les salons où elle allait, et plus savant, plus beau, meilleur qu'eux tous. Il ne lui attirerait pas d'affronts ; elle pouvait aller partout avec lui, elle le verrait honoré et recherché, et elle porterait fièrement son nom. Mais ce monde où ils brilleraient tous les deux était fermé pour la pauvre mère Agathe ; et même, pour ne pas leur faire de tort, pour ne pas attirer sur eux des sourires railleurs, il fallait qu'elle se fit oublier, qu'elle disparût, que personne ne soupçonnât son existence... Autrement, peut-être un jour serait-elle exposée à les voir rougir d'elle.... Non. cela n'arriverait pas : elle ne se montrerait jamais, n'irait pas encombrer leur existence; elle vivrait seule à Saint-Roch, sans faire de bruit, comme elle avait vécu depuis tant d'années.... Hélas! pendant ces longues années, une espérance l'avait soutenue, une espérance qui allait l'abandonner et la laisser seule s'acheminer vers la vieillesse. Cette vieillesse solitaire, apparut à Agathe si morne et si désolée, qu'un regret la saisit. Elle se demanda si elle avait eu raison de faire ce qu'elle avait fait, s'il n'eût pas mieux valu pour elle — pour Jean aussi peut-être, car n'est-ce pas toujours une chose mauvaise, de séparer un fils de sa mère — qu'il restât pêcheur et n'étendît pas son ambition au-delà de Saint-Roch. Mais elle se reprocha bien vite cette pensée égoïste. Non, elle ne devait rien regretter. Tout était bien. Jean était heureux, plus heureux qu'il n'aurait jamais pu être au village ; et elle.... Eh bien, elle, qu'est-ce que cela faisait ? Agathe soupira profondément et murmura :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Seigneur mon Dieu ! je vous remercie... je vous avais tant prié de lui ôter son chagrin et de me le donner à moi ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un léger bruit lui fit lever la tête. En face d'elle la porte venait de s'ouvrir, et Jean et Pâquerette, les mains enlacées, y apparaissaient dans un cadre de lumière. La jeune fille courut à Agatlie et l'entoura de ses bras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Que parlez-vous de chagrin, mère Agathe ? Je ne veux pas entendre ce vilain mot-là. Plus de chagrin ! ni pour Jean, ni pour vous, ni pour moi, ni pour personne ! Que faites-vous donc ici toute seule, pendant que nous vous attendons ? est-ce que vous ne m'aimez plus ? est-ce que vous ne voulez pas m'appeler votre fille ? chère maman ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lui souriait, elle baisait ses joues ridées, elle lissait de ses doigts délicats les cheveux gris qui entouraient son front ; et Agathe sentait s'alléger peu à peu le poids qui lui écrasait le cœur. Jean s'était approché ; à genoux devant elle, il lui caressait les mains en disant : &lt;dialog&gt;« Chère mère aimée ! regarde tes enfants ! entends-tu ? tes deux enfants !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Nous venons de causer ensemble, Jean et moi, reprenait Pâquerette, et nous avons parlé de vous. J'ai tout compris, je sais pourquoi vous m'avez si souvent fait de la peine... oui, de la peine, quand vous ne vouliez plus me parler de Jean et me raconter des histoires de lui quand il était petit.... et puis aussi quand vous m'appeliez mademoiselle, avec des airs de cérémonie... Cela m'a fait pleurer, un jour : vous rappelez-vous ? Et vous disiez que quand je serais mariée, mon mari ne serait pas content de vous voir prendre des libertés avec moi... Je savais bien, moi, qu'il en serait très content, au contraire ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était si tendre, et si charmante dans l'épanouissement de sa joie, qu'Agathe finit par lui rendre ses caresses et sourire aux souvenirs qu'elle évoquait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ma petite chérie !&lt;/dialog&gt; dit-elle, &lt;dialog&gt;que Dieu vous bénisse pour le bonheur que vous m'apportez. Mon Jean.... il y a si longtemps qu'il vous aime ! il ne l'aurait jamais dit, et vous êtes venue à lui, mon cher petit ange... Il a toujours été un si bon fils ! je ne pouvais rien faire pour le récompenser, mais c'est vous qui êtes sa récompense...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Je suis heureuse, bienheureuse... Comme je serai contente de vous recevoir tous tes deux ensemble dans ma maison ! car vous viendrez me voir quelquefois, n'est-ce pas ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa voix avait tremblé en prononçant cette dernière phrase. Pâquerette comprit, et elle se hâta de répondre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Certainement que nous viendrons ici ! c'est notre paradis, Saint-Roch, c'est là que nous nous sommes connus ! Nous y viendrons avec vous, quand Jean pourra prendre un peu de liberté ; et quand il sera obligé de retourner à son travail, nous le suivrons toutes les deux, n'est-ce pas ? Vous parliez toujours d'aller vivre avec lui ; mais cela ne vous gênera pas de me trouver entre vous deux, puisque je serai votre fille...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! voulez-vous dire que vous me prendriez chez vous, moi la mère Agathe ? Ce n'est pas possible... je ne suis pas faite pour vivre avec vous.... Aimez-moi seulement un peu de loin, et venez quelquefois me voir : je serai trop heureuse !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais nous ne serions pas heureux du tout, nous ! Voyons, chère maman, vous n'allez pas me faire encore pleurer ? Si Jean avait à choisir entre vous et moi, je serais bien vite une pauvre petite abandonnée... Tenez, voilà papa et ma tante qui viennent nous chercher ; ils trouvent sans douté que nous avons fait le corbeau de l'arche. Vous les croirez, eux qui sont des gens sérieux. Papa a fait son plan, et je le trouve très bon ; Jean aussi. Vous allez voir ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur arrivait en effet avec Monique, et Dangrune les suivait pour les aider de ses arguments au besoin. Le docteur avait bien prévu qu'Agathe refuserait de venir vivre avec son fils quand il serait marié ; et au fond, il n'aurait vu aucun mal à ce qu'elle restât à Saint-Roch. Mais'il ne comptait pas, lui, se séparer de sa fille ; et pourtant il avait, outre la société de Monique, une vie active, des amis, sa profession, des occupations de tous genres : de quel droit ajouterait-il à tous les sacrifices qu'Agathe avait faits au bonheur de son fils ce dernier sacrifice, de renoncer à l'espérance qui l'avait soutenue jusque-là ? de quel droit la condamnerait-il à une vieillesse solitaire et désolée ? Si Jean y consentait, d'ailleurs, il ne serait plus Jean ; il ne serait plus digne de Pâquerette. Le docteur ne pouvait pas lui demander cela. Il avait le sentiment de la justice ; et il s'avouait que la façon dont son égoïsme paternel venait d'arranger l'avenir de son futur gendre laisserait dans l'âme de celui-ci place pour bien des regrets. Il ne s'en inquiétait pas, trouvant le don de sa fille un dédommagement suffisant pour des sacrifices d'orgueil. Il n'admettait pas que Pâquerette s'en allât vivre loin de lui, tantôt dans un port, tantôt dans un autre, et qu'elle lui revint, triste et inquiète, pendant les longs voyages de son mari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si Jean voulait l'épouser, il fallait qu'il quittât la marine. Il n'y était pas depuis assez longtemps pour perdre grand'chose en renonçant à sa future retraite ; il se serait vite créé dans la médecine civile une situation supérieure comme argent a celle qu'il aurait jamais au service de l'État. Donc, il donnerait sa démission, et s'installerait à Rouen où M. Auribel lui céderait peu à peu sa clientèle. C'était un avenir assuré, et un bel avenir.... mais qui pouvait savoir s'il ne regretterait jamais les voyages lointains, l'attraction du nouveau, de l'inconnu, les recherches, les découvertes qui peut-être auraient rendu son nom célèbre ? Il fallait, pour qu'il renonçât à tout cela d'un cœur résolu, que ce fût pour sa mère autant que pour Pâquerette. Et puis le docteur connaissait Agathe assez pour la savoir capable de se tenir à sa place et de passer inaperçue. Il avait donc tout de suite expliqué ses plans à Jean et il les exposa de nouveau à la mère Agathe. Il allait faire arranger pour le jeune ménage la moitié de sa maison de Rouen ; Agathe y aurait sa chambre, et son fils aurait la joie de vivre avec elle bien plus tôt qu'il n'avait compté, puisqu'en restant dans la marine il lui'fallait encore des années pour arriver au professorat et ne plus changer de place. De cette façon-là tout le monde serait content, y compris M. Auribel qui ne perdrait pas sa fille, puisqu'ils habiteraient la même maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe finit par céder, tout en se promettant bien de revenir à Saint-Roch si jamais elle s'apercevait qu'on la trouvât gênante. Et Monique et le docteur la quittèrent pour aller improviser le dîner de fiançailles. Dangrune fut envoyé faire des commissions à Trouville, et Pâquerette se fit cueillir par Jean, pour en orner la table, tout ce que la haie contenait d'aubépine fleurie, en souvenir du premier jour où ils avaient fait connaissance. Agathe n'alla point les aider ; elle avait à sortir du coffre où elle les conservait dans la lavande ses vêtements de cérémonie. Quand elle fit on entrée dans le salon de la Mignonnette, en robe de drap noir ornée d'une large bande de velours à la jupe et aux entournures, avec l'ancien bonnet normand finement repassé, blanc comme neige sur un bandeau de velours noir, et surmonté de ses barbes de veuve, le docteur dut rendre justice à son air de simplicité et de dignité, et convenir que cette belle-mère-là n'avait rien dont sa fille pût rougir.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-699990614896208478?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/699990614896208478/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=699990614896208478' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/699990614896208478'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/699990614896208478'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xix-sous-les-pommiers-en-fleur-o-lon.html' title='XIX.- Sous les pommiers en fleur. — Où l&apos;on sort tout à fait des usages habituels. — Pauvre mère ! — Plans d&apos;avenir, élaborés par le docteur Auribel.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxdv8c7t22I/AAAAAAAAAmA/kl6o4VCKy7c/s72-c/tremisort20.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1891066212826648315</id><published>2007-11-12T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:52.702+01:00</updated><title type='text'>XVIII. Un convive inattendu. — Graines d'Afrique. — Il ne comprend pas ! — La fin du courage de Pâquerette. — Où Dangrune intervient.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;« M&lt;/span&gt;&lt;dialog&gt;ademoiselle,&lt;/dialog&gt; dit Reine Greffard, la fille du jardinier, élevée depuis peu aux fonctions de femme de chambre, &lt;dialog&gt;Catherine demande si Monsieur a prévenu qu'il rentrerait plus tard qu'à l'ordinaire pour déjeuner. Il est midi, et elle n'ose pas mettre ses côtelettes sur le gril.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Monsieur n'a rien dit du tout, Reine, et nous ne savons pas pourquoi il est en retard. Que Catherine attende ; je sonnerai quand je verrai la voiture en haut de la côte, et ses côtelettes auront encore le temps de cuire... Tenez, la voilà qui paraît : allez vite ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reine détala prestement, et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique posa sur la table le livre qu'elle lisait et remit ses lunettes dans leur étui. Puis elle appela Pâquerette, et toutes deux descendirent dans la salle à manger. Tous les dimanches, le docteur en revenant de sa tournée en ville, prenait dans sa voiture son vieil ami Dangrune et l'amenait passer la journée et la nuit à Bois-Guillaume ; il le reconduisait à Rouen le lundi matin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique donnait un coup d'œil au couvert, et Pâquerette redressait quelques fleurs des jardinières, quand le docteur mit pied à terre devant la maison et entra dans le vestibule. On entendit un bruit de pas, un ordre : &lt;dialog&gt;« Reine, mettez un couvert de plus ! »&lt;/dialog&gt; et la porte de la salle à manger s'ouvrit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxef1s7t25I/AAAAAAAAAmY/hopSC_SoNfo/s1600-h/tremisort19.jpeg" title="« Je vous amène un convive inattendu. »"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxef1s7t25I/AAAAAAAAAmY/hopSC_SoNfo/s400/tremisort19.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122738846100741010" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« Je vous amène un convive inattendu, dit M. Auribel d'un ton joyeux : Monsieur le docteur Trémisort ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique faillit laisser tomber une carafe qu'elle changeait de place, et Pâquerette devint presque aussi pâle que le lilas blanc de sa jardinière. Il lui semblait que son cœur ne battait plus du tout, et elle resta un instant immobile, les yeux baissés vers les fleurs qu'elle ne voyait pas. Puis elle fit un effort, releva la tête et regarda Jean. C'était bien lui, très basané, excepté le front resté blanc sous la visière de la casquette ; il était un peu amaigri, et ses yeux bleus brillaient d'un vif éclat dans ce teint brun. Il répondait aux paroles de bienvenue de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, qui tenait ses deux mains serrées dans les siennes, il avait l'air attendri, et son regard errait ça et là : cherchait-il celui de Pâquerette, ou voulait-il l'éviter ? Il le rencontra, et, qu'il désirât ou non le taire, le secret de son cœur s'y laissa lire sans voile. Elle n'avait plus besoin qu'il parlât ; elle l'avait compris maîntenant ! Et elle serait plus brave qu'autrefois, elle ne le laisserait pas repartir ; elle avait deux ans de plus, et eIle n'était plus un enfant, puisqu'on la demandait en mariage !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant Jean avait bien vite détourné les yeux. Pendant une seconde, il s'était laissé aller à la joie de la revoir : il s'en repentait déjà, et ce fut avec une politesse irréprochable, mais qui ne parlait nullement d'amour, qu'il salua Pâquerette et lui adressa quelques phrases banales. La pauvre enfant tombait du haut de son rêve ; elle avait peine à ne pas pleurer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Figurez-vous,&lt;/dialog&gt; dit M. Auribel, &lt;dialog&gt;que j'ai trouvé ce gaillard-là chez Dangrune, et qu'il ne voulait pas se laisser emmener. Il craignait d'être indiscret, de déplaire à ces dames, il comptait venir dans la journée nous faire une visite !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes ses tergiversations nous ont mis en retard ; mais enfin le voilà ! Tu vas nous rester un peu, Jean ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pardon, Monsieur, il faut que j'aille voir ma mère ; je l'ai à peine embrassée. Je passerai chez elle une partie de mon congé, et puis j'irai m'informer de ce qu'on fera de moi. Il faut que je navigue pendant que je suis jeune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A peine arrivé, tu penses à repartir ! Ce ne sera pas sans donner quelques jours à tes plus vieux amis nous avons tant de choses à nous dire! Allons, à table. Je te permets le silence jusqu'au dessert : après, tu auras la parole, et tu nous raconteras le Sénégal. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On déjeuna longuement, car en dépit de son progamme, le docteur posait sans cesse des questions à Jean, qui s'anima peu à peu et perdit sa raideur d'emprunt. Quand on eut un peu épuisé le Sénégal, on mit Jean au courant des nouvelles de Rouen. Il s'y trouvait des jeunes gens qu'il avait connus autrefois, au lycée de Caen, ou à Brest, et ses hôtes pensaient narellement qu'il ne serait pas fâché d'apprendre ce qu'ils étaient devenus. Quelqu'un prononça le nom de Charles Lantourny.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce nom jeta comme une douche sur la gaîté renaissante de Jean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ah ! Lantourny !&lt;/dialog&gt; dit-il avec effort. &lt;dialog&gt;Un charmant garçon... j'aurai certainement bien du plaisir à le revoir... Il est à Rouen ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, il n'y est pas,&lt;/dialog&gt; répliqua vivement Pâquerette, &lt;dialog&gt;et vous n'aurez pas le plairir de le revoir. Il est parti depuis huit jours pour visiter l'Italie, l'Autriche, je ne sais quoi encore. « On n' sait quand il viendra, » comme dit la chanson !&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean respira. Pâquerette avait mis à parler de Lantourny une désinvolture qui signifiait clairement qu'elle ne se souciait pas de lui, et qu'il pouvait bien ne jamais revenir ; elle ne prendrait pas son deuil ! Elle n'était donc pas sa fiancée, comme il J'avait entendu dire ? Presque aussitôt, Jean se reprocha ce mouvement de joie : qu'est-ce que cela lui faisait, le mariage de Pâquerette ? Charles Lantourny ou un autre, il faudrait bien qu'elle finit par épouser quelqu'un... N'importe, il se trouvait débarrassé de l'angoisse qui lui avait étreint le cœur, lorsque à son débarquement une des premières nouvelles qu'on lui eût contées avait été « le prochain mariage du fils du baron Lantourny avec la charmante M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On quitta la table, et comme à son premier retour, Jean présenta à ses amis les souvenirs qu'il leur rapportait. Il s'excusa de leur rusticité : les nègres, Peuls, Ouolofs ou Toucouleurs ne sont pas aussi habiles que les Chinois. Mais l'album destiné à Pâquerette fit pousser des cris d'admiration. Non seulement Jean avait joint à chaque fleur desséchée l'image à l'aquarelle de cette fleur dans toute sa beauté, mais encore il l'avait souvent accompagnée du paysage où il l'avait rencontrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'ai apporté des graines des plantes qui me semblent les plus robustes,&lt;/dialog&gt; dit-il ; &lt;dialog&gt;je vais donner mes instructions à Greffard, et je crois qu'en serre il parviendra à les faire pousser et même fleurir. Vous chauffez la serre en hiver, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— On la chauffera tout exprès,&lt;/dialog&gt; s'écria Pâquerette rayonnante. &lt;dialog&gt;Je serai si contente d'avoir des fleurs du Sénégal ! Allons tout de suite porter les graines à Greffard, voulez-vous ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean s'inclina et la suivit. Elle s'éloigna d'abord très vite, mais bientôt elle ralentit le pas et marcha doucement près de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je ne sais comment vous remercier,&lt;/dialog&gt; lui dit-elle — et son regard timide et chargé de tendresse était bien plus éloquent que ses paroles. — &lt;dialog&gt;Ce n'est pas comme un bibelot qu'on achète au dernier moment et qui ne prouve qu'un instant de souvenir... il faut que vous ayez pensé à moi tout le temps de votre absence... C'est cela qui me touche, monsieur Jean, encore bien plus que la beauté du cadeau... Vous ne m'avez donc jamais oubliée ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle parlait d'une voix caressante qui appelait un aveu. Mais Jean se fit de glace pour lui répondre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jamais, Mademoiselle. Il ne faut pas me demander cela : vous devez en être sûre !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pas trop ! »&lt;/dialog&gt; répondit-elle impétueusement ; et elle prit sa course vers la serre où se trouvait Greffard, pour que Jean ne vît pas les larmes qui avaient jailli de ses yeux. Elle faisait tout son possible pour l'encourager, et il lui répondait comme s'il ne voulait pas comprendre. Sans doute, elle était sûre de ne pas être oubliée ! mais il y a manière de se souvenir... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était calme en apparence lorsqu'il la rejoignit, et elle assista silencieusement à sa conférence avec Greffard. Puis elle revint à petits pas, toujours silencieuse, retrouver le groupe des parents. Elle espérait que Jean engagerait de nouveau la conversation ; mais il semblait muet tout comme elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce temps-là, on s'occupait d'eux autour du guéridon qui supportait les tasses à café. On les avait d'abord regardés s'éloigner, et tout naturellement l'idée était venue à ceux qui les regardaient qu'ils faisaient un bien joli couple. Jean, grand, et élancé, maigre, de la maigreur robuste de la jeunesse, mais brillant de santé et de vigueur en dépit du Sénégal ; Pâquerette, petite et délicate, avec ses contours arrondis et sa démarche légère, et le gracieux mouvement d'oiseau de sa fine tête qu'elle levait vers lui d'un air interrogateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Eh bien,&lt;/dialog&gt; dit Dangrune au docteur, &lt;dialog&gt;commencez-vous à comprendre ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Comprendre quoi ? Savez-vous ce qu'il veut dire, Monique ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier ne répondra pas, parce que sa conviction n'est encore qu'à l'état d'ébauche ; mais je vois dans ses yeux que la vérité vient de lui apparaître, et qu'elle sait pourquoi Pâquerette déteste Charles Lantourny.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quoi ! Dangrune, voulez-vous dire que ma fille...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je veux dire que votre fille a un grand cœur et un esprit généreux, qu'elle est capable de distinguer le vrai mérite d'un homme de la valeur de convention d'un autre, et qu'elle a donné son cœur au plus digne. Observez-la bien, et vous me direz si je me trompe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais c'est impossible ! Voilà deux ans et demi qu'elle ne l'a vu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais, il y a deux ans et demi, elle l'a vu tous les jours pendant deux mois. Et puis les souvenirs d'enfance et puis l'éloge de ce garçon, que vous ne vous priviez pas de faire devant elle et puis, et puis... Cherchez donc un peu, parmi tous les jeunes gens qu'elle a eu l'occasion de connaître, s'il y en a un qui lui aille à la cheville !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est vrai !&lt;/dialog&gt; murmura le père, tout rêveur. &lt;dialog&gt;Mais ce n'est pas toujours une raison... Monique, ma chère amie, qu'en pensez-vous ? est-ce que vous n'avez rien remarqué ? Pourquoi cet air désolé ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est de la confusion, mon pauvre cousin...Vous m'avez confié votre fille à élever, et je n'ai pas su deviner ce qui se passait dans sa tête... Je me rappelle à présent une foule de petites choses auxquelles je n'avais attaché aucun sens... Mais vous, monsieur Dangrune, puisque vous vous vantez d'y avoir vu plus clair que nous, pourquoi ne pas nous avoir avertis » ?&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dangrune rougit comme un écolier pris en faute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'ai peut-être bien eu tort, mais... je supposais que vous deviez en savoir aussi long que moi ; et puis !... J'aime beaucoup la fillette, mais j'aime aussi le garçon, voyez-vous ! Si cela dépendait de moi, la situation serait vite tranchée. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur ne répondit pas : il fronçait les sourcils comme un homme très mécontent. Certes, il était le premier à reconnaître le mérite de Jean Trémisort, et il avait pleine confiance en lui comme caractère et comme cœur ; mais son origine, sa mère... Pauvre Agathe ! elle était pourtant digne de son fils, et le docteur se reprochait ce mouvement d'orgueil, si peu d'accord avec les principes de toute sa vie... Et puis, serait-ce si gênant, cette belle-mère qui vivait dans un village de Normandie ? Beaucoup de familles riches et haut placées passeraient là-dessus, et donneraient sans hésiter leur fille au docteur Jean Trémisort..... Était-ce bien sûr que Pâquerette l'aimait ? A cette question, ses souvenirs répondaient d'une façon trop claire. La gaîté de sa fille, l'épanouissement de sa beauté, qu'il attribuait au bon air de Saint-Roch, et qui coïncidaient avec le séjour de Jean ; sa tristesse et la langueur qui l'avait inquiété ensuite; son émotion visible, tout à l'heure, à son arrivée... Serait-ce donc lui, le père, qui pour des considérations mondaines briserait le cœur de cette enfant idolâtrée et mettrait dans sa destinée la richesse et l'orgueil à la place du bonheur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur songeait encore, lorsque les deux jeunes gens revinrent de leur conférence avec Greffard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxehus7t27I/AAAAAAAAAmo/faVxdPLNvOU/s1600-h/tremisort18.jpeg" title="Greffard"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxehus7t27I/AAAAAAAAAmo/faVxdPLNvOU/s320/tremisort18.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122740924864912306" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« Cela ira très bien,&lt;/dialog&gt; dit Jean ; &lt;/dialof&gt;Greffard a compris le terrain et l'exposition qu'il faut à mes plantes. J'espère que vous aurez bientôt le plaisir de les voir pousser. Il faut maintenant que je prenne congé de vous, si je veux arriver à Rouen pour l'heure du train. Ma mère m'attend ce soir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah ?... c'est trop juste... Adieu donc, mon ami... mes meilleurs souvenirs à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Trémisort. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean serra la main qu'il lui tendait, puis celle de Monique et celle de Dangrune, et s'inclina en passant devant Pâquerette, qui se tenait debout, pâle, les mains pendantes à ses côtés et les yeux agrandis par l'angoisse. Il y avait du vague dans sa pauvre tête endolorie ; elle ne se rendait pas bien compte de ce qui se passait, elle sentait seulement qu'elle souffrait, et elle se demandait si vraiment Jean allait partir sans rien lui dire. Quand il eut disparu, et qu'elle eut entendu la grille se refermer sur lui, la tête lui tourna; sentant qu'elle allait tomber, elle étendit les bras pour chercher un appui, et saisit un dossier de fauteuil où ses doigts se crispèrent comme un ressort d'acier. Dangrune, effrayé de sa pâleur, l'enleva comme une plume sans qu'elle fit de résistance, et alla la déposer sur le canapé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« La voilà à moitié pâmée,&lt;/dialog&gt; dit-il au docteur et à Monique qui se précipitaient vers elle ; &lt;dialog&gt;êtes-vous convaincus maintenant ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette rouvrit bientôt lès yeux ; elle regarda les visages anxieux penchés au-dessus du sien, et sembla en chercher un autre... il n'y était plus, et la pauvre enfant, lasse de lutter et de dissimuler, s'abandonna à son chagrin et pleura comme une Madeleine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Qu'as-tu, méchante enfant ? tu vois bien que tu me désoles ! »&lt;/dialog&gt; disait son père à genoux devant elle, pendant que Monique, l'entourant de ses bras, couvrait ses clieveux de baisers en répétant : &lt;dialog&gt;« Qu'as-tu, ma chérie ? qu'as-tu ? que t'avons-nous fait, pour que tu veuilles garder ton chagrin pour toi toute seule !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Allons, miss Pâquerette, dites tout ! le moment est bon ! »&lt;/dialog&gt; ajouta Dangrune en lui souriant ; et Pâquerette, vaincue, murmura en cachant son visage dans le sein de la vieille demoiselle : &lt;dialog&gt;« Jean ne m'aime pas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Comment, Jean ne t'aime pas ! »&lt;/dialog&gt; s'écria le docteur indigné. Il ne se souvenait plus des objections qu'il avait lui-même, tout à l'heure, élevées contre un mariage entre Jean et sa fille : qu'il y eût un obstacle du côté du jeune homme, cela lui semblait un peu fort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comment, il ne t'aime pas ! En es-tu bien sûre ? »&lt;/dialog&gt;Et il ajouta en radoucissant sa voix : &lt;dialog&gt;« Tu l'aimes donc, toi ? Et depuis quand ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Depuis... depuis toujours... c'est surtout depuis qu'il m'a empêchée de me noyer... mais non, je l'aimais déjà... seulement je ne le savais pas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pauvre chérie ! »&lt;/dialog&gt; et le docteur prit sa fille par les deux mains pour l'attirer vers lui. &lt;dialog&gt;« Pourquoi ne l'as-tu pas dit à ta tante, ou bien à moi ? c'est mal, cela !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne me gronde pas... je suis si malheureuse ! Je n'osais pas le dire, parce que je ne savais pas ce qu'il pensait, lui !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et à présent ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A présent je le vois... mais j'ai pleuré et je n'ai pas pu me taire, parce que j'étais à bout de courage... Il ne m'aime pas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Voyons, voyons,&lt;/dialog&gt; dit Dangrune d'un ton conciliant, &lt;dialog&gt;soyez raisonnable et ne vous remettez pas à pleurer. Jean ne vous aime pas ? est-ce qu'il vous l'a dit ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette rougit et baissa la tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Dis-nous tout, ma chérie,&lt;/dialog&gt; reprit tante Monique entremêlant ses paroles de caresses. &lt;dialog&gt;Est-ce que tu le lui as demandé ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! non ! je n'osais pas... mais j'ai pensé que peut-être il n'osait pas non plus, et j'ai tâché de l'aider un peu... S'il m'aimait, il aurait compris, bien sûr !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A moins qu'il n'ait été trop délicat pour vouloir comprendre. Savez-vous, ma petite belle, qu'un garçon dans sa situation s'expose à passer pour un ingrat, s'il se permet d'aimer la fille de son bienfaiteur ? Dans ce cas-là, un honnête homme cache son secret quoiqu'il lui en coûte... et si je m'y connais en physionomies, celle de Jean m'a souvent appris qu'il lui en coûtait beaucoup... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'un bond, Pâquerette s'élança du canapé et sauta au cou de Dangrune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! mon vieil ami ! mon bon ami ! que je vous aime ! »&lt;/dialog&gt; lui dit-elle, riant et pleurant à la fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voilà ce que c'est que d'avoir de la perspicacité,&lt;/dialog&gt; dit le professeur : &lt;dialog&gt;elle ne m'a jamais embrassé avec autant d'enthousiasme que cela, même au jour de l'an, quand elle était petite et que je lui apportais des étrennes. A votre tour à présent : car vous pensez comme moi là-dessus, n'est-ce pas ? Le reste, mes bons amis, c'est votre affaire. »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1891066212826648315?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1891066212826648315/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1891066212826648315' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1891066212826648315'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1891066212826648315'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xviii-un-convive-inattendu-graines.html' title='XVIII. Un convive inattendu. — Graines d&apos;Afrique. — Il ne comprend pas ! — La fin du courage de Pâquerette. — Où Dangrune intervient.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rxef1s7t25I/AAAAAAAAAmY/hopSC_SoNfo/s72-c/tremisort19.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-4333609758715559740</id><published>2007-11-10T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:52.840+01:00</updated><title type='text'>XVII.- Une héritière à marier. — Demande à moitié accueillie. — Je le déteste. — Idées de Pâquerette sur le mariage.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;'automne avait passé, puis l'hiver, et Pâquerette, maintenant dans tout l'épanouissement de sa délicate beauté, avait été sans conteste la reine de la saison. Reine sans coquetterie d'ailleurs ; elle ne semblait plus prendre aux hommages le même naïf plaisir qu'à son premier hiver mondain, et elle ne faisait rien pour les attirer. Cela ne l'empêchait pas d'ètre très entourée ; et les jeunes gens les plus convoités par les mères de famille imploraient une place sur son carnet de bal. On assurait que le beau Brujac, le fils du plus riche filateur de Rouen, aurait sollicité sa main, si le docteur n'avait pas dit devant lui avec un accent très significatif qu'il ne donnerait jamais sa fille à un homme dont la jeunesse eût été orageuse : cela le mettait hors de cause tout de suite. Parmi les prétendants que l'on considérait comme ayant des chances, on citait le capitaine de Blanville, officier de grand avenir, neveu et héritier du général et jouissant déjà d'une jolie fortune. Le docteur, à la vérité, ne se souciait pas d'un gendre militaire; mais si la jeune fille voulait! il craignait par-dessus tout de lui faire de la peine. On citait encore l'ingénieur des travaux de la Seine, un jeune avocat qui venait d'acheter une charge d'avoué, un architecte pourvu d'une belle clientèle, un jeune professeur du lycée, un peu parent et très ami de M. Dangrune, et le brillant Lantourny, danseur, chasseur, pêcheur, canotier, jouant de tous les instruments et n'ayant pas son pareil pour les charades et la comédie de société. Il savait faire rire Pâquerette, et son père, le baron Lantourny, avait fait bâtir sur toutes les hauteurs qui dominent les côtes de Normandie des villas dont quelques-unes devaient lui revenir. C'était un ancien camarade de Jean Trémisort au lycée de Caen, et il racontait à la jeune fille quantité de scènes de lycée où le nom de Jean se trouvait nécessairement mêlé ; mais personne ne pouvait se douter que ce fût là le motif de la préférence qu'elle semblait lui accorder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avril renaissait, et le printemps vidait ses corbeilles de verdure et de fleurs sur la terre hier encore froide et nue ; la famille Auribel venait de se réinstaller à Bois-Guillaume, et le père Dangrune, profitant du jeudi, était venu y passer la journée pour présider à l'arrangement du jardin. Greffard acceptait ses conseils, reconnaissant qu'il savait plus de mots latins que lui. On déjeunait sous la verandah chauffée par le soleil, et l'esprit des quatre convives semblait s'épanouir comme les fleurs de pêcher qui étendaient un glacis rose sur le mur. Le docteur avait plusieurs raisons d'être joyeux ; la principale, c'est que Pâquerette, qui renaissait à la gaîté depuis quelque temps, riait et chantait ce jour-là, que ses yeux brillaient et qu'elle paraissait avoir tout à fait rompu avec la mélancolie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Savez-vous, mon cousin,&lt;/dialog&gt; dit tout à coup M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, &lt;dialog&gt;la bonne nouvelle que M. Dangrune nous a apportée ? Il a reçu ce matin une lettre de Jean Trémisort !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Une lettre de Jean ? Tant mieux! Ce brave Jean ! Il doit être tout près de son retour ; j'aurai grand plaisir à le revoir : une vraie joie d'auteur. Je n'ai pas perdu mon temps avec lui : c'est de l'or pur, ce garçon-là ! Et que vous dit-il, Dangrune ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il me dit qu'il vient de débarquer à Cherbourg, qu'il va aller embrasser sa mère, puis courir à Paris d'où il espère bien ne revenir que docteur. Ensuite il restera quelque temps en congé : il ne se dit pas malade, mais le climat a dû réprouver un peu, et quelques mois de France lui seront utiles, avant qu'il retourne courir le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il ne va pas venir ici ? c'est mal de sa part !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Si, il viendra un peu plus tard ; du reste, il vous écrivait en même temps qu'à moi, à ce qu'il me dit. Vous trouverez sa lettre chez vous dans la journée ; vous aurez quitté Rouen ce matin avant le passage du facteur. Moi, je suis le premier servi, la distribution commence par ma rue. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce colloque, Pâquerette ne disait rien, mais ses yeux brillaient comme deux saphirs. Elle les dirigea par hasard du côté de Dangrune, et rencontra le regard de celui-ci attaché sur elle avec une persistance qui la gêna ; elle rougit et regarda dans son assiette. On continua à parler de Jean, de sa carrière, de son avenir, de son amour pour sa mère, de la joie qu'aurait Agathe en le revoyant. Dangrune, lui, continuait à regarder Pâquerette, et il souriait de temps en temps en mordant sa moustache,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On sortit de table, et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique fit servir le café dans un bosquet de lilas qui commençaient à fleurir. Pâquerette prit son chapeau de paille et sortit ; elle avait promis à une jeune voisine d'aller à cette heure-là lui enseigner un point de broderie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Profitons de l'absence de la petite,&lt;/dialog&gt; dit le docteur d'un ton mystérieux, quand il eut vu la porte du jardin se refermer sur elle. &lt;dialog&gt;J'ai reçu ce matin une quasi-demande en mariage... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Encore une ! »&lt;/dialog&gt; s'écria M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, qui n'était pas pressée de se séparer de sa chérie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! celle-ci mérite d'être prise en considération : belle fortune, nom honorable, réputation intacte, un bon caractère, de la gaîté, de la jeunesse... il ne fait rien, c'est un défaut ; mais quand on n'a rien à faire et qu'on est riche, on peut faire du bien, et il pourrait en faire d'une façon intelligente : il a fait de bonnes études, il raisonne bien, il a du jugement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et quel est donc cet oiseau rare ?&lt;/dialog&gt; interrompit Dangrune d'un ton bourru.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Charles Lantourny, le fils aîné du baron Lantourny.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Baron de l'Empire !&lt;/dialog&gt; reprit Dangrune avec une petite grimace dédaigneuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— La famille n'en croira pas moins me faire beaucoup d'honneur, à moi qui ne suis pas baron du tout. Mais il ne s'agit pas de cela : baron ou non, que pensez-vous du jeune homme?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il est très bien élevé,&lt;/dialog&gt; dit Monique ; &lt;dialog&gt;très empressé auprès de Pâquerette, mais d'une façon délicate, sans jamais dépasser la mesure. Je n'ai entendu dire que du bien de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et vous, Dangrune ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Moi? Jé n'en ai pas entendu dire de mal. Pour ma part, je le trouve quelconque, et il ne m'inspire rien du tout ; mais ce n'est pas moi qui suis à marier. Consultez Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Naturellement, je n'ai pas envie de la marier de force, ni même de peser sur sa décision. C'est M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Cessol qui m'a écrit; le baron Lantourny est parent de son mari, et l'a chargée de la démarche ; si nous l'y autorisons, il viendra lui-même faire la demande officielle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il habite Rouen une partie de l'année ; nous ne la perdrions pas tout à fait,&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier d'un ton résigné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oui ; j'avoue que cela compte beaucoup pour moi... et j'espère que cela comptera aussi pour elle, la chère fille,..&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tenez, la voilà qui rentre, vous pouvez savoir tout de suite à quoi vous en tenir. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette, en effet, arrivait du bout du jardin avec la démarche souple et légère d'une jeune nymphe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Approchez, Mademoiselle !&lt;/dialog&gt; lui cria Dangrune, &lt;dialog&gt;et venez entendre les choses graves que votre famille a à vous communiquer. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette s'arrêta, et son cœur cessa de battre. Une idée folle lui traversa le cerveau. Les regards de Dangrune... l'éloge de Jean.... sa lettre reçue le matin même.... celle que le docteur attendait, et qui venait peut-être d'arriver pendant qu'elle était sortie... Très troublée, elle s'approcha à petits pas, et se tint debout, s'appuyant d'une main sur le guéridon qui supportait les tasses à café ! Elle était très pâle.&lt;br /&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxeTrM7t24I/AAAAAAAAAmQ/I4PjAsK0c_o/s1600-h/tremisort17.jpeg" title="« II s'agirait de te marier, fillette. »"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxeTrM7t24I/AAAAAAAAAmQ/I4PjAsK0c_o/s400/tremisort17.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122725471572581250" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« II s'agirait de te marier, fillette... oh! si tu veux ! »&lt;/dialog&gt; s'empressa d'ajouter le docteur, qui la vit tout à coup passer de la rose blanche à la rose de Bengale. Elle regarda son père et sa tante, très émus tous deux, et Dangrune qui riait. Ce rire la confirma dans son erreur, et la joie de son âme fit rayonner son visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« L'aurais-tu deviné ?&lt;/dialog&gt; reprit M. Auribel. &lt;dialog&gt;On me jure qu'il ne t'a rien dit, mais il y a des choses qui se laissent entendre... Tu es libre, absolument libre, entends-tu; mais, si cela ne te déplaît pas, je te verrai avec plaisir devenir M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Charles Lantourny...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ah ! c'est lui ! »&lt;/dialog&gt; s'écria Pâquerette avec un tel accent de détresse, qu'il ne put rester à personne le moindre doute sur le sort de la demande en mariage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oui, c'est lui,&lt;/dialog&gt; répondit le père un peu interdit. &lt;dialog&gt;Tu ne t'y attendais pas ? J'aurais cru pourtant... Ma chère petite fille, je t'ai dit et je te répète que tu es libre : mais je te prierai de réfléchir avant de répondre. C'est un parti comme on n'en trouve pas deux fois : il n'y a rien à dire contre Charles Lantourny, et tu peux être bien sûre qu'il t'aime, car il est bien plus riche que toi. Vous avez les mêmes goûts, vous paraissiez vous convenir, tu causais et tu dansais volontiers avec lui : que s'est-il donc passé, et qu'a-t-il fait pour te déplaire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Je... je... je le déteste ! »&lt;/dialog&gt; Et Pâquerette enfouit sa figure dans ses deux mains et éclata en sanglots.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur et Monique se regardaient, consternés. Dangrune souriait toujours. Pâquerette tout à coup se retourna vivement, prit sa course et s'enfuit vers la maison où on l'entendit ouvrir et fermer plusieurs portes avec la vivacité d'un coup de vent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Elle s'est sauvée dans sa chambre,&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier. &lt;dialog&gt;Il faut la laisser se calmer toute seule avant de reparler de cette affaire-là. Mais que peut-elle avoir contre ce garçon ? L'autre jour encore, il lui racontait des tours d'écoliers ; elle riait de bon cœur et lui en redemandait d'autres : ils avaient l'air très bien ensemble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Avez-vous remarqué, Monique,&lt;/dialog&gt; reprit le docteur, &lt;dialog&gt;la mine qu'elle a faite quand j'ai commencé à parler de mariage ? Elle ne paraissait pas mécontente : cela a changé du tout au tout lorsque j'ai nommé le jeune homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Hum ! hum !&lt;/dialog&gt; interrompit Dangrune, &lt;dialog&gt;cela semblerait simplement prouver qu'elle n'aime pas celui-là !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Que voulez-vous dire ? Croyez-vous qu'elle en aime un autre ? C'était Lantourny qu'elle paraissait préfèrer. Qui cela pourrait-il être ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne le lui demandez pas, ce serait le moyen de ne jamais le savoir ; patientez un peu, et cherchons. En attendant que nous l'ayons découvert, mon cher ami, puisque vous m'avez appelé à ce conseil de famille, voici mon avis : répondez que votre fille ne dit ni oui ni non, qu'elle n'a pas encore l'idée de se marier, et qu'il ne faut pas la presser, mais l'influencer tout doucement. Cela vous donnera le temps de trouver le mot de l'énigme. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là-dessus, Dangrune se leva pour aller conférer avec Greffard, et Monique pour aller essuyer les larmes de sa chérie et lui jurer qu'on ne la marierait pas malgré elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette assurance put seule rendre un peu de calme à l'enfant qui sanglotait la tête dans ses oreillers et ne répondait pas un mot aux tendres paroles de sa cousine. Tante Monique ne mentait jamais : on pouvait la croire. Pâquerette cessa donc de pleurer, releva la tête et montra à la vieille demoiselle son joli visage tout marbré de rouge et encore inondé de larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Méchante enfant !&lt;/dialog&gt; s'écria tante Monique tout près de pleurer elle aussi. &lt;dialog&gt;Si cela a du bon sens de se mettre dans un pareil état ! Mais tu nous prends donc pour des monstres ? des tyrans ? des parents dénaturés qui veulent te faire mourir de chagrin ? Comme si ton père et moi nous avions une autre idée, tous les jours de notre vie, que de te rendre heureuse ! Là, voyons, c'est fini... faut-il qu'on te fasse des excuses ? Tu ris : à la bonne heure ! Mais tu comprendras bien notre étonnement : tu n'avais pas l'air de le détester, ce jeune homme dont je ne veux pas répéter le nom. Personne ne savait te faire rire comme lui : pourquoi donc ? tu aurais dû le fuir, puisque tu le détestes !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne le détestais pas dans ce temps-là... il m'amusait... mais quelle idée de vouloir m'épouser !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il n'y a pas de quoi lui en vouloir, ma chérie. Tu ne veux pas être sa femme, soit, mais ce n'est pas une raison pour le détester. Il n'est pas détestable du tout, ce jeune homme, c'est même un très bon garçon, et un beau garçon...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—Oh ! beau !... joli, tout au plus. Mais ça m'est bien égal, la beauté..... Il est très amusant, il raconte de drôles d'histoires..... tout ça ne suffit pas pour un mari..... Vois-tu, tante, je ne pourrais jamais respecter Charles Lantourny, je ne serais pas fière de me promener à son bras, et je n'aurais pas peur de le fâcher, parce que je suis sûre qu'il prendrait en riant toutes les sottises que je pourrais faire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu comptes donc faire des sottises ?&lt;/dialog&gt; dit Monique, très amusée des propos de l'enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Mais oui,&lt;/dialog&gt; répondit naïvement Pâquerette. &lt;dialog&gt;Est-ce qu'on n'en fait pas toujours ? J'en ai fait toute ma vie, au moins depuis que je me connais, et vous me grondiez, papa et toi; cela me faisait beaucoup de peine ; et la crainte de vous fâcher m'ôtait l'envie de recommencer. Eh bien, si Charles Lantourny me grondait, parce que je me serais laissé voler par les domestiques, ou que j'aurais dit des choses qui lui auraient déplu, ou que je me serais mise en retard, ou n'importe quoi, enfin ! je ne pourrais pas m'empêcher de lui rire au nez ; et cela ne doit pas être, n'est-ce pas, tante ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette avait repris sa physionomie souriante, et elle y ajoutait un petit air de malice qui la rendait plus jolie que jamais. Ce fut du moins l'avis de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, et elle s'apitoya dans son cœur sur le sort de Charles Lantourny : elle était naturellement tendre et compatissante. Mais Pâquerette l'intéressait beaucoup plus que son soupirant évincé, et elle cessa bientôt de penser à lui pour appliquer tout ce qu'elle pouvait avoir de perspicacité à sonder l'esprit de la jeune fille. Il venait de s'y révéler des profondeurs bien inattendues. Où avait-elle pris ses idées sur « ce que doit être un mari ? » Cet être idéal, selon Pâquerette, pouvait se passer de beauté ; surtout il ne devait pas être joli... Il n'avait pas besoin d'être amusant... il fallait que sa femme pût le respecter... qu'elle fût fière de lui donner le bras... qu'elle eût un peu peur de lui... enfin Pâquerette voulait du sérieux dans son ménage, tant de son côté que du côté de celui qu'elle reconnaissait d'avance pour son maître.... car elle avait l'air de comprendre que Charles Lantourny se laisserait mener par elle, et cela ne la tentait pas du tout. Ce portrait un peu austère de son futur seigneur avait-il donc un original, et Dangrune était-il dans le vrai en insinuant qu'elle aimait quelqu'un ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Nous allons répondre que tu es trop jeune,&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, &lt;dialog&gt;et que tu ne songes pas encore à te marier : n'est-ce pas ? Moi, je suis très contente de te garder encore, ma petite bien-aimée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tante,&lt;/dialog&gt; répondit Pâquerette en passant son bras avec câlinerie autour du cou de Monique, &lt;dialog&gt;dis-moi une chose... Tu n'as jamais voulu te marier : pourquoi donc ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! c'est difficile à dire, ma chérie. Je n'en sais rien moi-même ; cela tient sans doute à ce que j'ai toujours été si occupée que je n'ai jamais trouvé le temps d'aimer quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il faut donc du temps pour cela ? Je n'aurais pas cru que cela prenait du temps ; il me semble que c'est une pensée qui dure toujours, toujours, qui se mêle à toute votre vie et qui vous remplit le cœur sans vous empêcher d'agir... Je t'aime beaucoup, tante Monique, et papa aussi ; et tu vois bien que cela ne m'empêche pas de faire tout ce que j'ai à faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! ce n'est pas du tout la même chose ! Mais je ne te croyais pas si forte en métaphysique, ma chérie : tu me fais l'effet d'avoir profondément réfléchi sur ces questions-là, depuis quelque temps...&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette rougit, s'éloigna vivement de sa tante et prit un grand chapeau de paille qu'elle se mit sur la tête sans se regarder dans la glace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Où vas-tu donc, petite ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Au jardin, voir si Greffard plante les massifs de myosotis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Dis-lui que Jean va venir bientôt, cela lui fera plaisir. Il apportera peut-être des graines du Sénégal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, oui, tante, je n'y manquerai pas ! »&lt;/dialog&gt; et la jeune fille s'esquiva. Monique i'écouta descendre l'escalier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Elle ne voulait pas continuer la conversation, c'est clair,&lt;/dialog&gt; se dit-elle. &lt;dialog&gt;Dangrune a raison, elle aime quelqu'un : mais qui ? En tout cas, il n'y a qu'à refuser nettement Lantourny. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle descendit raconter aux deux hommes restés dans le bosquet de lilas les propos étranges de Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Elle n'a nommé ni désigné personne ?&lt;/dialog&gt; demanda le docteur. &lt;dialog&gt;Il faudrait chercher à qui ressemble ce portrait de son idéal : je ne vois personne autour de nous...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne vous cassez pas la tête à chercher,&lt;/dialog&gt; interrompit Dangrune ; &lt;dialog&gt;je parie bien que vous le saurez avant quinze jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pourvu que ce soit un parti sortable !&lt;/dialog&gt; murmura M. Auribel, rêveur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Ah ! voilà : cela dépend de ce qu'on entend par un parti sortable. Si on commençait par bien définir les termes, les discussions seraient moins longues et plus rares. Préparez votre définition, mon cher ami, vous aurez bientôt besoin de vous en servir. »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-4333609758715559740?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/4333609758715559740/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=4333609758715559740' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/4333609758715559740'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/4333609758715559740'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xvii-une-hritire-marier-demande-moiti.html' title='XVII.- Une héritière à marier. — Demande à moitié accueillie. — Je le déteste. — Idées de Pâquerette sur le mariage.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxeTrM7t24I/AAAAAAAAAmQ/I4PjAsK0c_o/s72-c/tremisort17.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-2555110102942448360</id><published>2007-11-08T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:52.886+01:00</updated><title type='text'>XVI.- Au Sénégal. — Où nous faisons connaissance avec le lieutenant Varnelle. — A quoi pensait Pâquerette. — Est-elle malade ?</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;D&lt;/span&gt;ans une chambre aux murs blancs, dont le mobilier très succinct est totalement étranger au confortable européen, Jean Trémisort est assis devant une grande table de bois brut, occupé à copier sur un album la branche de liane aux fleurs éclatantes plantée devant lui dans une grossière calebasse indigène. Entre deux feuilles de papier brouillard, la liane semblable est écrasée et desséchée, et « l'œil qui l'a vue dans sa gloire ne la reconnaîtra plus ». Mais l'aquarelle qui va lui faire face la reproduira avec ses courbes gracieuses et ses vives couleurs, pour que Pâquerette puisse se faire une idée de sa beauté primitive. Car cet album est destiné à Pâquerette : ne le lui avait-il pas promis ? Un homme doit tenir ses promesses ; et Jean met tous ses soins, tout son talent à cet album qui ira dans les mains de la jeune fille et qui restera dans sa maison, sous ses yeux, quand son auteur sera reparti pour de lointains voyages. Ce travail lui est une occasion de plus de penser à elle ; il s'en défend parfois, et puis il se laisse aller à son penchant, et se donne pour excuse à lui-même qu'il doit regarder son malheur en face pour s'y habituer, que ce n'est pas en fuyant la tentation qu'on se fortifie contre elle, et qu'il vaut mieux qu'il se prépare à la revoir avec calme : car enfin il faudra bien qu'il la revoie ! Que quiconque est plus courageux que lui vienne lui reprocher ses sophismes !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On frappe à la porte. &lt;dialog&gt;« Entrez ! »&lt;/dialog&gt; dit Jean. C'est Lefur, son brosseur, un soldat de l'infanterie de marine, pourvu d'une bonne figure ronde et placide, toute basanée, avec ces tons de cuivre que l'ardeur du soleil donne aux teints blonds. Pour le moment, sa figure s'est animée d'une expression étonnée, joyeuse, impatiente, la physionomie d'un homme qui voudrait bien dire quelque chose, mais que le respect et la discipline empêchent de parler sans qu'on l'interroge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Qu'y a-t-il, Lefur ? »&lt;/dialog&gt; demande Jean sans lever la tête. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Major..... il est là !..... les sauvages ne l'ont pas mangé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Qui donc ?&lt;/dialog&gt; dit Jean en se levant vivement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Le lieutenant Varnelle, Major !&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYWO87t2uI/AAAAAAAAAlA/sjHPWG1nFRs/s1600-h/tremisort16.jpeg" title="Jean s'élança vers lui avec un cri de joie."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYWO87t2uI/AAAAAAAAAlA/sjHPWG1nFRs/s400/tremisort16.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122306072311093986" /&gt;&lt;/a&gt;Et il livra passage à un homme qui avait dû être grand, avant que la fatigue l'eût tassé et courbé comme un vieillard, qui avait dû avoir autrefois la peau blanche quoiqu'il fût-encore plus basané que Lefur, et qui devait être jeune, puisqu'on rappelait lieutenant, mais dont l'âge était pour le moment impossible à deviner. Jean s'élança vers lui avec un cri de joie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mon cher ami! quel bonheur ! Si vous saviez comme nous vous avons pleuré ! Le bruit de votre mort a couru dix fois, et la dernière avec tant de détails..... il n'y avait pas moyen de douter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et comme vous voyez, petit bonhomme vit encore. Une fois pour toutes, mon cher, ne croyez jamais les gens qui vous diront que je suis mort : je me tire toujours d'affaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— On assurait que vous aviez été mangé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Deux de mes compagnons ont été mangés, mais non pas pour moi. C'étaient des nègres : ces gens-là font mentir le proverbe qui prétend que les loups ne se mangent pas entre eux. Ah ! quel beau voyage, mon ami ! je vous conterai tout cela en détail. Aujourd'hui je n'ai pas le temps ; je viens seulement d'arriver à Saint-Louis et j'ai voulu vous serrer la main avant de me chercher un logement. Mon ancien est occupé, je n'y ai plus trouvé que ma malle, qu'on m'a fidèlement gardée. Cela me permettra de me faire beau pour aller saluer le gouverneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne cherchez pas de logement ; j'ai de la place ici. Lefur va vous préparer une chambre, et aller chercher votre malle, après quoi il vous servira à déjeuner. Vous devez avoir faim, je pense ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Faim de cuisine civilisée, oui certes. Si vous saviez ce que j'ai mangé dépuis six mois ! N'importe, je suis content ! Je rapporte quelques échantillons de toutes sortes de choses, et des notes en quantité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et de la santé ? Je vous regarde avec des yeux de médecin, et je ne vous trouve pas brillante mine, mon pauvre ami !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! ce n'est rien ! Je suis un peu fatigué, c'est vrai : que voulez-vous, après les accès de fièvre, les piqûres d'insectes, les insolations, etc., etc. Mais quand je me serai un peu reposé et que je me serai refait l'estomac avec une nourriture chrétienne, vous verrez !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ce que je vois, c'est que tout n'est pas rose dans le métier d'explorateur, et que vous avez terriblement souffert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bah !&lt;/dialog&gt; répliqua philosophiquement Varnelle, avec un haussement d'épaules qui marquait un détachement complet de ces détails, &lt;dialog&gt;on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. Ce qui est passé est passé, et j'ai oublié les mauvais moments. Reste l'expérience que j'ai acquise, et qui me servira beaucoup dans ma prochaine expédition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Déjà ? Vous arrivez, vous pouvez à peine vous tenir debout, et vous songez à repartir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Que voulez-vous ! c'est chez moi une manie. Cette fois, je saurai mieux m'y prendre, et je réponds du succès : j'irai planter le drapeau tricolore sur le bord du lac Tchad. Je vais me reposer d'abord, et puis m'occuper de réunir les éléments nécessaires, hommes, provisions, etc. Un titre officiel me serait fort utile, un crédit aussi, car ma fortune personnelle n'est pas inépuisable..... Je ne vous gêne pas, bien sûr, en acceptant votre hospitalité ? Un coin me suffit ; je n'ai pas coutume d'habiter des palais, depuis six mois !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Si vous vous y trouvez bien, vous pourrez garder la maison entière pour vous quand je serai parti.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous quittez le Sénégal ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui ; mon temps de séjour est écoulé, et je retourne en France dans un mois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais j'espère bien n'avoir pas besoin de plus de temps que cela pour me remettre ! Nous prendrons peut-être passage sur le môme bateau : il faut que j'aille à Paris, que je voie le ministre, que j'obtienne une mission, une escorte, l'autorisation d'emmener des compagnons et de les choisir ; je les veux bons, et peu nombreux. Il me faudra un médecin ; j'ai dû plusieurs fois mon salut à quelques petites connaissances médicales qui m'ont fait passer pour un grand sorcier. Un vrai médecin, qui ferait des guérisons un peu éclatantes, serait pris pour le Grand-Esprit en personne et, on ne risquerait pas de mourir de faim avec lui : les sauvages nourrissent très bien leurs divinités.... Une idée, Trémisort : venez avec moi, voulez-vous ?&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean sourit tristement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Cela me plairait assez, pour bien des raisons ; mais ma mère ? Elle n'a que moi au monde. Je vous ai conté mon histoire, Varnelle ; vous savez qu'après avoir travaillé des années pour me procurer un état qui ne m'éloignât pas d'elle, elle s'est décidée, dans mon intérêt, à se séparer de moi, et qu'elle vit seule, sans autre consolation que mes rares visites et l'espoir que nous serons un jour réunis pour ne plus nous quitter. Il faut donc que j'arrive au professorat le plus tôt possible, pour ne plus naviguer et la prendre avec moi : mon devoir est là, il n'y a ni curiosité ni ambition qui puissent m'en détourner. Ce n'est pas un devoir pénible, d'ailleurs ; si vous saviez comme elle est bonne et tendre, intelligente et pleine de tact, malgré son ignorance des choses qui s'apprennent dans les livres ! On peut causer avec elle, mieux qu'avec telles et telles belles dames sans cervelle, instruites à la façon des perroquets, qui ne comprennent rien à ce qu'on leur dit, et vous interrompent par quelque réflexion démontante à force d'ineptie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, j'en ai connu de pareilles,&lt;/dialog&gt; dit Varnelle en riant ; &lt;/dialog&gt;elles s'imaginent tout connaître et répètent sans cesse : « Je sais bien ! je sais bien ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ma mère, elle, avoue franchement qu'elle ne sait pas, et demande qu'on lui explique les choses. Elle vous écoute, ses grands yeux attentifs attachés sur les vôtres ; toutes ses remarques prouvent qu'elle a compris, tous ses jugements témoignent d'un esprit juste, généreux et sincère. Ce n'est pas elle qui se paierait de mots et se laisserait détourner du droit chemin. Oh ! la chère sainte, ma mère !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous êtes un brave graçon, Trémisort... Restez donc en France : si j'avais une mère, je ne voudrais l'affliger pour rien au monde. Mais je suis orphelin, cela me rend tristement libre de risquer ma peau : personne n'y tient..... Donc, vous partez le mois prochain ; d'ici là vous me droguez à outrance, pour que je sois en état de voyager avec vous et de jouir de votre société, de Saint-Louis à Cherbourg. Et après ? Moi, je file sur Paris pour préparer mon expédition. Et vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Moi, je cours à Saint-Roch embrasser ma mère, et puis je vais vous retrouver à Paris, où je tâche de décrocher mon diplôme de docteur : mes titres et mes campagnes me tiennent lieu d'inscriptions à la Faculté. Après cela ; je verrai ce qu'on voudra faire de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bonne chance, savantissime docteur ! J'aperçois Lefur qui revient avec ma malle ; veuillez m'indiquer ma cellule, que j'aille procéder à mon installation et à ma toilette, et rendre ensuite mes devoirs au gouverneur de la colonie. Il faut que je le mette dans mes intérêts en lui promettant d'étendre son empire... Avez-vous de l'influence sur lui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Autant que peut en avoir un médecin de deuxième classe ; elle est à votre service, mais je pense que vous en auriez plus que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Réunissons-les, mon. ami, réunissons-les ! les petits ruisseaux font les grandes rivières ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Varnelle se leva en fredonnant un vieux refrain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;center&gt;&lt;dialog&gt;« Le travail est le bonheur,&lt;br /&gt;« L'union fait la force ! »&lt;/dialog&gt;&lt;/center&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean Trémisort le suivit en soupirant. &lt;dialog&gt;« Quelle belle gaîté !&lt;/dialog&gt; se disait-il ; &lt;dialog&gt;j'ai honte de ne pas pouvoir l'imiter. Faire son devoir gaîment, en dépit de ce qu'il vous coûte, c'est le summum de la perfection : j'en suis loin ! Peu importe qu'ici on me plaisante sur ma mélancolie et qu'on m'ait baptisé le chevalier de la Triste-Figure ; mais je ne voudrais pas apporter cette triste figure à ma mère. Pauvre femme ! pour son bonheur, il faut qu'elle me croie guéri..... Je suis bien aise que Varnelle songe à revenir en France avec moi ; la gaîté est contagieuse, et en m'attachant à ses pas je réussirai peut-être à en acquérir un peu... Que se passe-t-il là-bas ? Les lettres que ma mère dicte à l'un ou à l'autre ne peuvent que me renseigner sur sa santé ; la dernière que M. Auribel m'a écrite parlait de l'inquiétude que lui donnait sa fille, qui devenait languissante et triste... Pourvu que je n'y sois pour rien ! Mais non... deux ans passés... elle m'a sûrement oublié..... je dois l'espérer. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sincère ou non, l'espérance de Jean faisait fausse route : Pâquerette ne l'avait point oublié. Lorsque le jeune homme avait quitté Saint-Roch pour aller s'embarquer sur la Proserpine, elle n'avait témoigné aucun chagrin, aucun regret : se croyant sûre d'être aimée, elle planait en plein ciel et riait à ses rêves d'avenir, qu'il lui semblait toucher de la main. Elle n'avait réellement pas souffert de l'absence de Jean : Elle n'avait pas besoin de le voir, il lui suffisait de penser à lui et de croire qu'il pensait à elle. On aurait pu la croire insensible au départ de son sauveur, si elle ne se fût appliqué à entourer la mère Agathe de soins et de tendresse. &lt;dialog&gt;« Quel bon petit cœur,&lt;/dialog&gt; disaient M. Auribel et M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Monique, &lt;dialog&gt;elle veut la consoler. »&lt;/dialog&gt; M. Dangrune ne disait rien, et prenait parfois l'air narquois de quelqu'un qui a pitié de la cécité de ses contemporains. Il avait vu plus clair que ses vieux amis, étant moins intéressé dans la question. Dans ce qu'il avait deviné, il ne voyait aucun mal, au contraire ; mais il se gardait bien de porter la lumière dans la situation par une intervention prématurée. D'abord, il trouvait, en quoi il n'avait pas tort, Jean et Pâquerette un peu jeunes pour entrer en ménage. &lt;dialog&gt;« Si c'est solide,&lt;/dialog&gt; pensait-il, &lt;dialog&gt;cela durera, et on verra plus tard ; si c'est une fantaisie de jeunesse, cela passera, et il vaudra mieux alors qu'on n'en ait jamais parlé. »&lt;/dialog&gt; Et puis, un brin de scepticisme de vieux garçon l'empéchait d'être bien sûr des sentiments de son vieil ami le docteur. Peut-être, si on lui disait que son protégé osait lever les yeux sur sa fille, applaudirait-il des deux mains ; mais peut-être aussi jetterait-il les hauts cris : cela s'est vu, ces choses-là. On ne risquait donc rien à se taire, à attendre et à laisser la situation se dessiner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se dessina peu à peu, d'une façon inquiétante pour Pâquerette et pour ceux qui l'aimaient. Jean écrivait régulièrement au docteur, c'était un devoir auquel il n'eût pas manqué ; ses lettres étaient pleines de faits intéressants surtout pour un savant et un médecin, et se terminaient invariablement par l'hommage de son profond respect à M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Ollivier et à M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Auribel, Toujours ce profond respect ! il la mettait sur la même ligne que tante Monique, comme si..... S'était-elle donc trompée ? Mais non, ces larmes, elle ne les avait pas rêvées ; elle les sentait encore, toutes chaudes, sur ses mains..... Et puis l'expression de ses yeux, et mille petites choses... Non, elle ne s'était pas trompée ; à ce moment-là, Jean l'aimait... A ce moment-là ! Oui ; mais à présent ? Elle avait souvent entendu dire, sans le croire, tant cela lui paraissait impossible, qu'il existait en ce monde des cœurs sans mémoire, qui aimaient pendant un certain temps, et qui se laissaient ensuite distraire par l'absence, l'éloignement, la distance, et finissaient par oublier leur amour. Jean n'aurait-il qu'un de ces cœurs-là ? et la Pâquerette dont il avait couvert les mains tremblantes de larmes et de baisers passionnés ne serait-elle déjà plus pour lui que « Mademoiselle Auribel. » L'ingrat ! le méchant ! si c'était vrai... La pauvre petite ne le maudissait pas longtemps ; son cœur n'était pas capable de le condamner, et elle lui trouvait bien vite des excuses. Ingrat, pourquoi ? que lui devait-il ? De l'amitié peut-être, de la reconnaissance sûrement, et il n'avait jamais manqué à ces devoirs-là : mais de l'amour ! c'était autre chose. Elle sentait bien par elle-même, la pauvre Pâquerette, qu'il lui serait impossible d'aimer qui que ce fût, le prince Charmant lui-même, par reconnaissance, de quelques bienfaits qu'il l'eût comblée : on aime si on peut, et la place était prise... Oh ! peut-être qu'elle était prise aussi chez Jean..... Il n'y a pas que des négresses au Sénégal ; le gouverneur, d'autres chefs de la colonie, des fabricants, des commerçants pouvaient avoir des filles... Qui sait si Jean n'était pas en train de se marier ? Elle n'aurait pas le droit de s'en plaindre ; car enfin, il ne lui avait jamais dit nettement qu'il l'aimait..... Oh ! qu'elle avait été sotte de ne pas oser davantage !..... mais non, elle n'aurait pas pu : quelle idée cela aurait donnée d'elle à Jean !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce fut vers la fin d'avril, environ six mois après le départ du jeune homme, qu'elle commença à s'inquiéter ; et à force de tourner et de retourner ces pensées dans son esprit, elle s'attrista peu à peu : plus de ces rires joyeux, plus de ces légères vocalises qui décelaient sa présence d'un bout à l'autre de la maison et dont l'écho la suivait comme une traînée de parfums. Son allure était plus alanguie, sa physionomie moins vive ; M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Monique s'alarma, le docteur la crut malade et lui fit subir un examen anxieux. Il se rassura : sa santé n'était point atteinte. Elle s'ennuyait peut-être ? la vie n'est pas bien gaie pour la jeunesse entre deux personnes sérieuses, et Pâquerette avait sans doute besoin de distractions autres que celles qu'elle trouvait à Bois-Guillaume avec ses pauvres et son jardin. On décida de ne pas aller à Saint-Roch cette année-là, et de passer les vacances à Trouville. Pâquerette n'osa pas dire que cela ne lui plaisait point ; elle se laissa emmener à Trouville avec une provision de jolies toilettes, se promena sur les planches, alla au Casino, dansa, entendit de la musique, fit des parties de pêche et de promenade avec des jeunes filles de son âge ; mais elle ne retrouva son ancienne gaîté qu'un seul jour, celui qu'on alla passer à Saint-Roch chez la mère Agathe. Ce jour-là, elle s'habilla et se coiffa de son mieux, voulant être jolie pour la mère de Jean, et elle emporta toute une provision de menus cadeaux qu'elle lui portait, et qu'elle avait confectionnés avec amour. C'était, entre autres, un bel abat-jour rose pour sa lampe, un coussin pour sa chaise, afin qu'elle y fût assise plus mollement, une pelote pour ses épingles, une ménagère pour son fil et ses aiguilles, un châle tricoté pour la préserver du froid quand l'hiver viendrait, et même un petit tapis pour le vieux Pelote, qui ne quittait plus guère la pierre du foyer. Parmi ces objets, il en était plusieurs, et Pâquerette s'en doutait bien, qu'Agathe jugerait trop beaux pour son usage, et qui s'en iraient orner la chambre de Germain, devenue la chambre de Jean : il s'en servirait quand il reviendrait.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette heureuse journée fut bientôt passée, et Pâquerette retourna s'amuser à Trouville, puis reprendre ses quartiers d'hiver à Rouen. Cet hiver-là, on la conduisit dans le monde, quoiqu'elle n'eût que dix-sept ans et demi ; sa mélancolie croissante inquiétait le docteur, et quand il la voyait à l'église, le front penché, absorbée dans sa prière, il lui passait des frissons dans le dos à l'idée que peut-être elle songeait à entrer au couvent. Pâquerette n'y pensait guère : elle priait pour Jean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle alla au bal, et elle y eut du succès ; on la trouva jolie, et on le lui dit ou du moins on le lui fit entendre : hormis dans les romans et au théâtre, ces choses-là ne se disent pas brutalement entre gens bien élevés. Les compliments ne lui déplurent point, non plus que le murmure flatteur qui accompagnait son entrée dans un salon : si d'autres la trouvaient jolie, pourquoi Jean la trouverait-il laide ? L'espoir lui revint un peu, et avec l'espoir la gaîté ; elle s'amusa, le printemps revenu, à donner des fêtes à Bois-Guillaume. où elle se laissait courtiser comme une petite reine : son père et Monique faisaient tout ce qu'elle voulait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quand le mois d'août fut proche, elle déclara nettement qu'elle était lasse de danse et dé plaisirs, qu'elle avait besoin de se reposer et qu'elle aimait bien mieux aller à Saint-Roch que de retourner à Trouville. Sa volonté fut faite : ce n'était pas pour son agrément personnel que M&lt;sup&gt;&lt;small&gt;lle&lt;/small&gt;&lt;/sup&gt; Ollivier changeait de toilette quatre fois par jour et passait la moitié des nuits dans les salons du Casino. On alla donc à Saint-Roch, où l'on retrouva le père Dangrune : il n'avait jamais voulu se laisser entraîner à Trouville, tenant à passer ses vacances en vareuse de laine, coiffé d'un chapeau de paille ou d'un béret de marin, selon le temps qu'il faisait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les vacances de cette année-là apportèrent une déception à Pâquerette. Agathe, qui aimait tant autrefois à parler de Jean, de l'enfance de Jean, des traits d'esprit ou de courage de Jean, était devenue muette sur tout cela. La jeune fille avait beau amener la conversation sur son fils, lui poser même des questions directes, Agathe se dérobait, répondait brièvement et parlait bientôt d'autre chose. On aurait dit que la société de Pâquerette lui pesait. Autrefois, c'était un des jeux favoris de l'enfant de l'aider dans son ménage, et de confectionner des mets de son invention dans ses ustensiles si brillants. Elle s'attachait au cou un grand tablier, &lt;dialog&gt;« Mère Agathe, je voudrais faire de la galette ! mère Agathe, donnez-moi de vos belles prunes, que j'en fasse une compote ! mère Agathe, apprenez-moi à faire les fromages à la crème ! »&lt;/dialog&gt; Et Agathe, souriant à ces fantaisies de ménagère, lui donnait du lait, du beurre, des œufs, de la farine, la conseillait, la dirigeait, lui prenait le rouleau des mains pour donner un tour à la pâte, quand elle la voyait rouge et essoufflée après tant d'efforts. Et à la fin Pâquerette triomphante applaudissait de ses mains toutes blanches de farine le gâteau ou la tarte aux prunes qu'on portait cuire au four du boulanger. Mais cette année, Agathe ne se prêtait plus à rien. Elle ne refusait pas son aide aux essais culinaires de Pâquerette ; elle l'aidait même trop, sous prétexte de l'empêcher de se salir : ce n'était plus amusant du tout, dans ces conditions là !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La veille de son départ, comme Agathe répondait cérémonieusement à ses câlineries et l'appelait mademoiselle d'un ton respectueux, l'enfant n'y put plus tenir et fondit en larmes en balbutiant : &lt;dialog&gt;« Oh ! mère Agathe, mère Agathe, comme vous me parlez ! Vous ne m'aimez donc plus ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vieille femme, le cœur gros, la prit dans ses bras, lui essuya les yeux, et, tout près de s'attendrir elle aussi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mon cher petit cœur ! cher ange du bon Dieu ! ne plus vous aimer ! comment ferais-je donc ? Mais, voyez-vous, maintenant vous êtes une grande demoiselle, on ne peut plus vous parler comme à une petite fille... je ne vous en aime pas moins, bien sûr..... On est obligé comme cela, dans la vie, de changer ses habitudes : quand vous serez une dame. croyez-vous que votre mari serait content de voir la mère Agathe prendre des libertés avec vous ? Il faut que chacun se tienne à son rang ; mais cela ne m'empêchera jamais de vous aimer. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette secoua la tête et s'en alla tristement : ce n'était pas là-dessus qu'elle avait compté, en venant cette année-là à Saint-Roch.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-2555110102942448360?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/2555110102942448360/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=2555110102942448360' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/2555110102942448360'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/2555110102942448360'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xvi-au-sngal-o-nous-faisons.html' title='XVI.- Au Sénégal. — Où nous faisons connaissance avec le lieutenant Varnelle. — A quoi pensait Pâquerette. — Est-elle malade ?'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYWO87t2uI/AAAAAAAAAlA/sjHPWG1nFRs/s72-c/tremisort16.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1952044441290126304</id><published>2007-11-06T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:53.128+01:00</updated><title type='text'>XV.- Jours pénibles, combats intérieurs. — Les adieux. — En route pour la Proserpine.</title><content type='html'>&lt;span class = "dropcap"&gt;C&lt;/span&gt;e fut Agathe Trémisort qui vint annoncer cette nouvelle aux habitants de la Mignonnette. Elle trouva M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, Pâquerette et Dangrune à table : le docteur était retourné à Rouen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean va au Sénégal sur la &lt;i&gt;Proserpine&lt;/i&gt;,&lt;/dialog&gt; dit-elle. &lt;dialog&gt;Il m'a envoyé vous en prévenir tout de suite, parce qu'il est obligé d'écrire des lettres pour le départ de la poste ; il viendra vous voir dans la journée. Est-ce loin, le Sénégal ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pas très loin : c'est en Afrique, et il y a des courriers réguliers ; vous ne serez jamais longtemps sans nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et... est-ce que c'est bon ? Il parait content, mais... j'ai connu des marins qui y étaient allés, au Sénégal... ils disaient qu'on y prend de très mauvaises maladies...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! c'était vrai autrefois,&lt;/dialog&gt; répliqua Dangrune, qui craignait une réponse trop sincère de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier. &lt;dialog&gt;A présent on a assaini le pays. Et puis, les matelots sont plus sujets à gagner les maladies que les officiers, mieux vêtus, mieux loges, mieux nourris ; surtout quand ils sont sobres comme votre fils. Soyez tranquille, il vous reviendra en bonne santé, et ce voyage-là sera très bon pour son avancement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est ce qu'il me dit, et que cela rapprochera le moment où il ne naviguera plus. Que Dieu et Notre-Dame de Grâce le protègent ! mais j'ai toujours le cœur serré quand il s'en va... C'est bientôt ; il faut que je me dépêche de blanchir son linge et de visiter tout son trousseau, pour qu'il n'emporte que des affaires en bon état. Il écrit à M. Auribel, il restera jusqu'à dimanche pour le voir un peu avant de partir. Cela ne fait pas huit jours. Huit jours ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYXvM7t2vI/AAAAAAAAAlI/h16zNJKv4RM/s1600-h/tremisort15.jpeg" title="Dans le vestibule la jeune fille l'arrêta."&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYXvM7t2vI/AAAAAAAAAlI/h16zNJKv4RM/s320/tremisort15.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5122307725873502962" /&gt;&lt;/a&gt;Agathe sortit, reconduite par Pâquerette, qui saisissait ce prétexte pour fuir les regards de Monique et de Dangrune. Dans le vestibule, la jeune fille l'arrêta et lui prit la main en disant : &lt;dialog&gt;« Chère mère Agathe ! consolez-vous, il reviendra !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! mon cher petit cœur, merci de votre bonté ! »&lt;/dialog&gt; et Agatlie fondit en larmes. Elle reprit presque aussitôt : &lt;dialog&gt;« Pardon, Mademoiselle, je m'oubliais... c'est que je vous aime tant ! voyez-vous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Moi aussi, mère Agathe, je vous aime bien... Embrassez-moi : voulez-vous ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elles s'embrassèrent, et Pâquerette trouva quelque douceur à mêler ses larmes à celles de la mère de Jean. Elle aussi, ce départ la frappait au cœur ; elle en savait plus long que Dangrune n'en avait dit à Agathe sur le Sénégal et les dangers qu'y pouvait courir un médecin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Merci encore, lui dit Agathe ; je vous souhaite de tout mon cœur de ne jamais pleurer sur vos propres chagrins, vous qui avez tant de pitié pour les chagrins des autres. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les chagrins des autres ! Agathe se trompait, c'était bien sur son propre chagrin que Pâquerette pleurait ce jour-là. Elle monta vite dans sa chambre pour baigner d'eau fraîche ses yeux rougis ; mais ses larmes ne voulaient pas s'arrêter, et elle murmurait en sanglotant : &lt;dialog&gt;« Il s'en va au Sénégal ! mon Dieu ! mon Dieu ! Si seulement il m'avait dit qu'il m'aime ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours suivants furent lourds à porter pour Jean, pour Pâquerette et pour Agathe. La mère s'agitait, travaillait, lavait, repassait, reprisait avec ardeur, pour que son fils ne manquât de rien loin d'ell e; elle tâchait de se distraire à force d'activité, et de lui montrer un visage serein pendant le peu de jours qu'elle le posséderait encore; mais à chaque instant cette pensée lui revenait comme un glas : il s'en va ! il s'en va ! et lui mettait la mort dans le cœur. Jean sortait peu de sa chambre ; il avait, disait-il, beaucoup de notes à rédiger, de lettres à écrire, et ne pouvait guère se promener ; il allait seulement le soir à la&lt;br /&gt;Mignonnette, où la conversation roulait surtout sur le Sénégal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Dangrune était allé à la ville la plus proche faire une provision de livres de voyages sur la côte ouest de l'Afrique, et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier passait son temps à y chercher les passages qui pouvaient se rapporter à la situation de Jean. Le docteur lui avait écrit une longue lettre sur les précautions à prendre pour conserver la santé dans ces parages dangereux ; et Pâquerette les appuyait en disant avec un accent timide et suppliant : &lt;dialog&gt;« Soignez-vous bien, monsieur Jean ! prenez bien garde ! pensez à votre mère, à ... à vos amis... »&lt;/dialog&gt; Le regard dont elle accompagnait cette prière était bien éloquent : Jean détournait les yeux pour ne point le voir. Chaque jour accroissait en lui la conviction qu'il était aimé de Pâquerette, et lui rendait sa résolution plus pénible. Il aurait voulu être parti, en avoir fini avec ce supplice de dissimulation;  puis tout à coup, se rappelant que bientôt il serait loin d'elle, et que ce serait bien pis, il se traitait de fou et se raccrochait aux instants rapides où il pouvait encore la voir.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette les comptait, ces instants : comme ils s'enfuyaient vite ! Tant que Jean demeurait encore à Saint-Roch, peu importait qu'elle ne le vit point ; elle regardait le toit de sa maison, qu'elle savait distinguer de tous les autres, et elle était tranquille ; plus même que quand elle le voyait, moins troublée, moins timide, moins préoccupée de chercher pour lui parler des mots qui lui feraient comprendre ce qu'elle ne pouvait pas lui dire. Mais il allait partir ! il allait partir ! cette maison serait vide ! et il s'en irait comme un indifférent qui se sépare poliment d'une étrangère... Plus que trois jours... plus que deux jours... plus qu'un jour !... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le dernier soir, Jean, en costume de voyage, vint faire ses adieux aux habitants de la Mignonnette. Le docteur était là : on parla colonisation, médecine, histoire naturelle, hygiène, guerre et marine ; Pâquerette entendait vaguement comme dans un rêve, il lui restait tout juste assez de réflexion pour admirer Jean qui était capable, à son âge, de parler de tant de choses. Jean promit de rapporter des échantillons de minéralogie pour le professeur, et de préparer un herbier selon sa méthode pour M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel. La conversaiton tomba bientôt : quand on pense trop à la fois, on ne trouve rien à dire. La vieille horloge, sonna douze heures : Jean se leva.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Il faut que je parte au soleil levant demain matin,&lt;/dialog&gt; dit-il ; &lt;dialog&gt;j'ai envoyé mes malles en avant ce soir, et j'irai à pied prendre le premier train. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette étouffa un grand soupir, et s'avança vers le vestibule. Il n'y avait pas besoin de lanterne ce soir-là : au ciel pur et profond la lune brillait d'un doux éclat. La jeune fille resta immobile, sans pensée bien nette, regardant sans le voir un rayon qui traçait une raie lumineuse sur le dallage noir et blanc. Derrière elle, on échangeait les derniers adieux, les derniers serrements de mains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Où est donc Pâquerette ?&lt;/dialog&gt; dit tout à coup le docteur. &lt;dialog&gt;Pâquerette ! est-ce que tu ne veux pas souhaiter un bon voyage à Jean ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! si, papa ! »&lt;/dialog&gt; répondit-elle d'une voix brisée. Jean décrochait son manteau et sa casquette ; elle lui ouvrit la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! comme la lune est belle ! »&lt;/dialog&gt; s'écria-t-elle en faisant quelques pas au dehors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ne va pas t'enrhumer, l'air est vif cette nuit, »&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique qui ne dépassait pas la porte, non plus que Dangrune et le docteur. Jean arriva près de Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Adieu, Mademoiselle !        .         .&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Adieu... à revoir..... Vous ne m'oubli... vous ne nous oublierez pas ? »&lt;/dialog&gt; Et elle levait vers lui ses doux yeux pleins de larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean n'y tenait plus. Elle ne voulait pas qu'il l'oubliât, elle, personnellement ! car elle s'était reprise, mais c'était bien là sa pensée. Il lui saisit les mains, les serra, les couvrit rapidement de baisers et s'enfuit sans dire un mot. Pâquerette ne songea pas à se plaindre de son silence : quelles paroles auraient valu les larmes dont elle sentait ses mains toutes mouillées ! Elle rentra, le visage rayonnant, et se hâta de monter dans sa chambre, où elle se mit à contempler ces traces encore humides, avec le désir fou que cette divine rosée d'amour ne séchât jamais. Et elle ouvrit sa fenêtre, en dépit de la fraîche nuit, pour conter son bonheur au ciel, à la lune, aux étoiles, à la mer qui murmurait au loin, à la campagne jaunissante qui lui envoyait des parfums de thym et de baume, de serpolet et de pommes mûres. Jean partait, elle serait des mois, des années peut-être sans le revoir : elle n'y songeait pas. Ce qui dominait tout pour elle, c'était cette bienheureuse assurance d'être aimée : à ce moment-là, elle en était sûre, aussi sûre que de son amour à elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant qu'elle riait à sa joie, Jean regagnait son logis, troublé et mécontent de lui-même. Il n'avait pas su se contenir ; il avait perdu en un instant le fruit de plusieurs semaines d'efforts et de souffrances. Il n'osait pas être heureux : il aurait voulu être parti. Il fut presque fâché de trouver sa mère encore debout; c'était pourtant assez simple, qu'elle voulût lui dire bonsoir, pour la dernière nuit qu'ils passaient sous le même toit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'assit auprès d'elle, un peu en arrière pour ne pas lui laisser voir son visage. Mais elle recula vivement sa chaise, et ils se regardèrent en face. Agathe avait l'air soucieux, presque mécontent ; mais dès qu'elle eut levé les yeux sur lui, sa figure n'exprima plus qu'une douloureuse compassion. Elle appuya tendrement ses deux mains sur les épaules de son fils. &lt;dialog&gt;« Mon pauvre enfant ! tu l'aimes donc ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean baissa la tête, et ses larmes coulèrent de nouveau ; cela lui faisait du bien, de ne plus avoir à dissimuler.                         &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe le laissa pleurer, caressant son front incliné comme elle eût fait à un petit enfant. Puis elle lui dit avec une douceur infinie, presque timidement, commne si elle lui demandait pardon de ses paroles:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu comprends bien que c'est impossible, n'est-ce pas ? que se serait honteux, que ce serait indigne de les récompenser un bien qu'ils font fait en leur volant leur fille ? tu n'as pas pu avoir cette pensée-là ? Elle est si jeune ! elle se consolera, elle oubliera, surtout si elle n'a pas deviné que tu l'aimes ; ils seront heureux, et tu n'auras pas été un ingrat ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, dans la droiture de son honnête cœur, la simple femme ignorante avait jugé comme la conscience de Jean ! Ce jugement-là était sans appel ; il le comprit, et la pauvre petite espérance qui essayait de se glisser dans son âme s'évanouit comme la veilleuse qu'éteint un courant d'air.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comment sais-tu ? depuis quand ? »&lt;/dialog&gt; balbutia-t-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comment, je ne pourrais pas te le dire ; je l'ai deviné, je l'ai senti... enfin je ne me suis pas trompée... C'est cette année, depuis qu'elle est ici ; surtout depuis que tu as reçu ton ordre de départ..... je m'étonne que les autres ne s'en soient pas aperçus. Mais voilà : c'était si loin de leur idée, ils ne pouvaient même pas y penser. Songe donc, si on venait à présent leur dire une pareille chose !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Personne n'ira le leur dire, mère, puisque personne n'en sait rien..... et moi, je pars... d'ici, longtemps je ne la reverrai plus... Quand je reviendrai, je la reverrai le moins possible... elle aura déjà oublié dans ce temps-là... Toi, tu me resteras toujours ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II ne vint pas à Agathe l'idée de trouver ce discours décousu ; il lui était facile de compléter les phrases. Elle garda longtemps son fils près d'elle, le consolant, cherchant à le distraire, le questionnant sur son voyage, lui faisant promettre de lui écrire longuement et souvent. &lt;dialog&gt;« A présent,&lt;/dialog&gt; disait-elle, &lt;dialog&gt;que je sais bien lire ton écriture, même fine, tu pourras me dire tout ce que tu voudras dans tes lettres. »&lt;/dialog&gt; Il lui serra la main sans répondre ; il comprenait que c'était un encouragement à lui parler de son chagrin, les jours où il en aurait le cœur trop plein et n'aurait plus la force de le garder pour lui seul. Enfin elle le conduisit jusqu'à sa chambre ; et quand elle l'eut entendu se mettre au lit, elle y revint pour le border et lui donner le baiser du soir, comme elle l'avait fait tant d'années, quand il courait nu-pieds sur les grèves et n'avait jamais de chagrin. A présent il portait un bel uniforme... mais il s'en allait loin d'elle, le cœur triste, et elle ne pouvait pas le consoler. Un instant la mère se demanda si elle ne s'était pas trompée, et si ses sacrifices profiteraient au bonheur de son fils... mais cette pensée ne fit que traverser son esprit comme un éclair. Il allait voyager, il se distrairait, il oublierait lui aussi, et quand il reviendrait, elle le reverrait gai et sans souci comme autrefois: c'est si fugitif, les chagrins de la jeunesse ! Agathe raissonait déjà comme une vieille femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, le ciel était tout rose et une douce odeur de campagne s'exhalait des champs baignés de rosée, lorsque Jean sortit de sa maison, le bâton du voyageur à la main. Agathe, debout à l'extrémité de la cour, près de la haie d'aubépine maintenant chargée de petits fruits rouges, le regarda s'éloigner. Il se retournait à chaque instant pour la revoir et lui faisait de la tête un signe d'adieu : elle croyait même le voir lui sourire. Il allait atteindre le tournant de la route, lorsque dans le silence du matin le bruit d'une fenêtre qu'on ouvrait parvint à son oreille. Il se retourna vivement — il s'était pourtant bien promis de ne pas regarder par là — et à la seule fenêtre ouverte d'une certaine maison, un peu à l'écart sur le haut du village, il aperçut un mouchoir blanc qui s'agitait. Il s'arrêta : la main qui tenait le mouchoir s'abaissa, et il vit Pâquerette, ses cheveux noirs épars et son doux visage empourpré par les teintes de l'aurore. Elle avait voulu guetter le départ de son ami ; mais le sommeil est supérieur à seize ans, et Pâquerette s'était couchée tard, ayant passé un temps fort long à faire ses confidences aux étoiles. Elle venait de s'éveiller avec l'intuition de l'heure avancée : le soleil ne paraissait pas encore, mais il faisait jour : pourvu que Jean ne fût pas déjà parti ! Sans prendre le temps de s'habiller, elle s'était entortillée dans un grand châle rouge, et s'était précipitée à la fenêtre, juste à temps pour attirer l'attention du voyageur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand elle comprit qu'il l'avait vue, elle le salua de la tête et de la main en souriant, et lui fit des signes d'adieu auxquels il ne put se dispenser de répondre, tout en se blâmant lui-même : ne fallait-il pas être poli ? Le seul auquel il ne répondit pas, ce fut un baiser qu'elle lui envoya au bout de ses doigts, furtivement, comme confuse et effrayée de son audace. Elle ne sut même pas s'il l'avait vu, tant il s'était vite retourné et mis en marche, comme un homme qui se sent en retard. Il disparut bientôt, au moment où le soleil radieux inondait de vive lumière la campagne et la plage ; Pâquerette ferma sa fenêtre, et la mère Agathe, traversant sa cour à pas lents, rentra tristement dans sa maison.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1952044441290126304?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1952044441290126304/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1952044441290126304' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1952044441290126304'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1952044441290126304'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/xv-jours-pnibles-combats-intrieurs-les.html' title='XV.- Jours pénibles, combats intérieurs. — Les adieux. — En route pour la &lt;i&gt;Proserpine&lt;/i&gt;.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RxYXvM7t2vI/AAAAAAAAAlI/h16zNJKv4RM/s72-c/tremisort15.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-7678899784995030223</id><published>2007-11-04T10:00:00.000+01:00</published><updated>2007-11-04T05:18:18.005+01:00</updated><title type='text'>XIV.- Examens de consciences, et études psychologiques à l'usage des amateurs de philosophie morale.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;A&lt;/span&gt;gathe était encore assise près du foyer, plongée dans ses réflexions, lorsque Jean revint ; et il s'étonna de ne pas la trouver couchée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu n'es pas malade ?&lt;/dialog&gt; lui demanda-t-il avec inquiétude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oh ! non,&lt;/dialog&gt; répondit-elle en affectant un air tranquille. &lt;dialog&gt;Je me suis assise là pour me chauffer, et je crois que je m'y suis endormie. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se leva et lui alluma sa bougie en le regardant à la dérobée. &lt;dialog&gt;« II a toujours l'air triste ! »&lt;/dialog&gt; pensa-t-elle ; mais elle ne le questionna plus, ne voulant pas le faire mentir de nouveau. Seulement, lorsqu'il s'inclina vers la table pour prendre son flambeau, elle lui saisit la tête à deux mains et l'embrassa passionnément. &lt;dialog&gt;« Chère maman ! »&lt;/dialog&gt; murmura-t-il, doucement ému par cette caresse qui le reportait aux jours de son enfance ; et l'entourant de ses bras, il la serra contre son cœur en répétant : &lt;dialog&gt;« Chère mère aimée ! je t'aime bien, va ! »&lt;/dialog&gt; Et tout à coup, sentant que les larmes lui montaient aux yeux, il se détacha d'elle, prit son flambeau, et monta dans sa chambre sans se retourner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe couvrit le feu, ferma les portes et suivit son fils. A peine rentrée chez elle, elle l'entendit qui ouvrait sa fenêtre. &lt;dialog&gt;« Bon,&lt;/dialog&gt; se dit-elle, &lt;dialog&gt;il va fumer avant de se coucher, cela le distraira. Quand mon Germain avait de l'ennui, une bonne pipe lui rendait, toujours sa gaîté. »&lt;/dialog&gt; Mais en dépit de sa confiance dans les effets bienfaisants de la bonne pipe, Agathe eut de la peine à s'endormir. Il fumait bien longtemps.... il ne faisait aucun bruit... peut-être avait-il fermé sa fenêtre très doucement, avec de grandes précautions, pour ne pas la réveiller... car il devait être couché, depuis le temps qu'il était monté ; et elle lui souhaita un bon sommeil qui emporterait sa tristesse. Elle finit par se rassurer, en se disant que les chagrins de la jeunesse tiennent souvent à peu de chose et se dissipent facilement. Et puis peut-être Jean n'avait-il pas de chagrin du tout : c'était le froid et la peur qu'il avait eue pour M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel qui l'avaient bouleversé, et le lendemain il n'y paraîtrait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean, cependant, ne fumait pas la pipe. Il avait ouvert la fenêtre pour rafraîchir sa tête qui brûlait, et il y restait parce que l'air piquant de la nuit d'automne lui taisait du. bien. Et puis il y a des pensées qui vous étouffent quand on les ressasse entre quatre murs et les pensées de Jean étaient de celles-là. Il retrouvait tous les sentiments qui l'avaient agité pendant qu'il portait Pâquerette parmi les rochers, fuyant avec elle le flot montant, et il les éprouvait avec d'autant plus d'intensité que l'effort physique et l'idée du danger ne venaient plus l'en distraire. Oh ! ce bonheur et cette fierté, de remporter comme une enfant, de sentir que son salut dépendait de sa force à lui ; cette angoisse mortelle d'une chute qui eût été leur perte à tous deux, car les vagues furieuses ne leur auraient pas laissé le temps de se relever.... et cette joie égoïste et cruelle qui lui avait traversé le cœur comme un éclair, à l'idée de mourir pour elle et avec elle ! Oui, un instant il en avait oublié sa mère : ingrat !... Mais il n'était plus question de mourir : il venait de la revoir, et avec quel doux sourire elle lui avait tendu la main en l'appelant son sauveur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A cette question : « si elle n'avait pas été bien effrayée » (une question bête, mais son esprit étail absent et il n'avait pas pu trouver autre chose à lui dire), avec quel air de confiance elle avait répondu lui donnant à entendre que du moment où il venait à son secours, elle ne croyait plus avoir rien à craindre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! oui,&lt;/dialog&gt; se disait le jeune homme, &lt;dialog&gt;elle a bien raison de compter sur moi ! »&lt;/dialog&gt; Et il croyait encore entendre le cri que Pâquerette avait jeté, vibrant et désespéré : &lt;dialog&gt;« Jean ! »&lt;/dialog&gt; Pourquoi était-ce Jean qu'elle appelait dans son épouvante, et non pas son père, ni sa tante, ni aucun de ceux qu'elle aimait ? Etait-ce parce qu'elle le jugeait le plus fort, le plus adroit, le plus capable de la retirer du péril ? Elle n'avait pas eu le temps d'en penser si long : c'était le cri de son cœur, c'était son instinct qui avait parlé. Elle savait donc, elle sentait du moins, qu'il y avait au monde un être qui lui était dévoué corps et âme, sur qui elle pouvait compter partout et toujours, et dans sa confiance naïve, elle ne doutait pas plus de son pouvoir que de sa volonté.... Et c'était lui, Jean ! en y pensant, l'orgueil et la joie dilataient sa poitrine. L'aimait-elle donc ? L'aimer ! non, elle ne savait pas ce que c'était, elle n'y songeait même pas... Mais lui ! oh ! certes, il l'aimait ! Depuis quand ? depuis qu'elle avait poussé ce cri d'appel qui lui avait si profondément remué l'âme ? Oui, c'était à ce moment-là que le voile s'était déchiré, qu'il avait vu clair dans son cœur ; mais sans se l'avouer, il y avait bien plus longtemps qu'il la trouvait au fond de toutes ses pensées. Depuis le matin où il l'avait revue, svelte et gracieuse dans sa longue robe blanche, les mains pleines de fleurs, brillante de fraîcheur comme la fée du Printemps ? Oui... peut-être... mais avant ce jour-là, que de fois il avait rêvé à l'adolescente dont le docteur lui avait montré le portrait.... et en remontant plus loin dans ses souvenirs, n'y retrouvait-il point Pâquerette enfant, déjà charmante et idolâtrée ? C'était Pâquerette arrivant à Saint-Roch, dressée sur la pointe de ses petits pieds, les yeux brillants de convoitise, allongeant le bras pour cueillir une branche d'aubépine dans la haie ; Pâquerette courant sur la grève, les cheveux au vent, tournant la tête vers lui et rappelant de loin : &lt;dialog&gt;« Jean ! attrape-moi ! »&lt;/dialog&gt; et son cri d'oiseau quand il était près de la saisir ; Pàquerette pleurant de pitié et pansant sa plaie avec son petit mouchoir, un jour qu'il  s'était blessé en voulant lui cueillir une branche d'ajonc hérissée d'épines ; Pâquerette s'étonnant de son ignorance, Pâquerette lui apprenant l'alphabet, Pâquerette disant d'un ton à la fois impérieux et câlin : &lt;dialog&gt;« Si nous emmenions Jean à Rouen ! »&lt;/dialog&gt; Pâquerette dans la vieille maison, Pâquerette à la distribulion des prix... oh ! quel souvenir ! Pâquerette enfin partout et toujours. Les années d'éclipse, il les avait oubliées. Rien ne comptait dans a vie, hors du règne de Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais à quoi bon ? que pouvait-il espérer ? que pourrait-elle jamais voir en lui sinon ce qu'elle y voyait depuis qu'elle le connaissait : un serviteur, un esclave dévoué... Un ami ? c'était trop demander. Un admirateur ? pas même. Qui sait quelle expression, sinon dédaigneuse, du moins étonnée, auraient prise ses beaux yeux, si elle avait su que Jean se permettait de l'admirer ? Ces mêmes souvenirs si doux et si chers au jeune homme lui interdisaient toute espérance. Elle avait de la mémoire, elle aussi ; et à présent qu'elle avait grandi, elle devait se faire une idée plus nette qu'autrefois des distributions sociales, et se rappeler le petit va-nu-pieds dont elle avait fait son domestique, avant que la générosité du docteur eût fait de lui un écolier et un étudiant... Certes, partout, avec son uniforme et son mérite personnel, était-il bien accueilli, et nul ne songeait à rechercher où à lui reprocher son origine : mais elle ! elle avait des droits que les autres n'avaient pas. Non, Jean n'avait rien à espérer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout cela lui était apparu à la fois, au moment même où il s'était aperçu qu'il aimait Pâquerette ; et c'est pourquoi il était resté la tête dans ses mains au coin de la cheminée au lieu d'aller le soir prendre des nouvelles de la jeune fille, ce qui eût été au moins poli : il ne se sentait pas le courage de la revoir sitôt. Il avait bien fallu qu'il la revît, puisque le docteur était venu le chercher ; et maintenant, repassant dans son esprit tous les incidents de la soirée, il se sentait plus perplexe que jamais. Pourquoi parlait-elle ainsi de Ruy-Blas ? était-ce de sa part une simple opinion littéraire, ou bien... Et son père ? Bah ! ils sont rares en ce monde, ceux qui tiennent à mettre leur conduite d'accord avec leurs théories... Pourquoi ce « merci, Jean ! » si ému, si timide, et cette fuite ? Elle ne l'appelait jamais Jean ; elle disait, en parlant de lui, « Monsieur Trémisort » devant les étrangers, et « Monsieur Jean » en famille ; et jamais elle ne le nommait quand elle lui adressait la parole. Pourquoi ce retour aux habitudes familières de son enfance ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean trouvait moyen d'être à la fois très orgueilleux et très modeste. Il avait conscience de sa valeur, et ne doutait pas d'arriver partout où un homme peut parvenir avec son intelligence et son énergie. Mais se faire aimer ! c'était une autre affaire. En y songeant, il se rappelait pourtant que plusieurs fois dans ses voyages il avait eu la preuve qu'il pouvait plaire ; s'il s'en fût soucié, ce qu'on appelle des conquêtes ne lui auraient pas manqué ! Il n'en tirait pas vanité: ces personnes là n'étaient probablement pas difficiles. Mais Pâquerette ! elle était tellement au-dessus de toutes ! Qui pouvait espérer être aimé de Pâquerette ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Qui sait ?&lt;/dialog&gt; murmurait une voix au fond de son cœur. &lt;dialog&gt;L'amour n'a pas besoin de raisons, bonnes ou mauvaises : il existe, il ne s'explique pas. Avec quel accent elle prononçait ton nom ! quelle émotion dans son regard! était-ce seulement de la reconnaissance ? ou plutôt... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean se retira brusquement de la fenêtre et se laissa tomber sur une chaise : il ne se soutenait plus, son cœur battait à l'étouffer. &lt;dialog&gt;« O mon Dieu ! mon Dieu !&lt;/dialog&gt; se disait-il, &lt;dialog&gt;un tel bonheur serait-il possible ! »&lt;/dialog&gt; Humble et tremblant, il interrogeait un à un tous les jours écoulés depuis deux mois, et sa conviction se faisait peu à peu. Mille petites circonstances, qu'il n'avait pas osé remarquer, sortaient tout à coup de l'ombre ; il en comprenait le sens, maintenant, et une joie infinie emplissait son âme. Il resta là longtemps, riant aux étoiles et répétant tout bas : &lt;dialog&gt;« Elle m'aime ! elle m'aime ! n'est-ce pas, qu'elle m'aime ? »&lt;/dialog&gt; Enfin, songeant à sa mère et craignant de la réveiller s'il faisait du bruit trop tard, il ferma doucement sa fenêtre et se mit au lit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un endroit très favorable qu'un lit pour penser à son aise : mais on n'y dirige pas toujours ses pensées. Dans ce silence, cette immobilité et ces ténèbres, de sérieuses personnes, telles que la raison et la conscience, arrivent souvent au Conseil sans qu'on les y ait appelées ! Jean sentit bientôt un certain malaise moral, comme s'il n'eût pas été content de lui : il n'avait rien à se reprocher, pourtant ! D'où venait donc ce brouillard qui s'étendait sur la joie ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conscience se chargea de lui répondre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Elle t'aime, crois-tu ! Et quand elle t'aimerait ? Elle n'est encore qu'une enfant : sait-elle bien lire dans son propre cœur ? est elle capable de discerner un sentiment profond et durable d'une impression fugitive que le spectacle changeant du monde aura bientôt effacée ? Dans son existence sérieuse entre son père, sa tante et un vieil ami, tu es sans doute le seul homme jeune qu'elle ait vu souvent et familièrement, et aujourd'hui elle est émue par le péril dont tu l'as retirée : elle peut bien croire qu'elle t'aime ! Mais est-ce à toi d'entretenir cette illusion ? Rappelle-toi ce que tu es : l'enfant d'un pêcheur, que la charité, la générosité du docteur Auribel a ramassé sur les grèves où il courait pieds nus, et qui devrait être aujourd'hui matelot sur quelqu'un de ces navires où tu portes les galons d'officier. Tu ne possèdes rien que ton travail, et encore en dois-tu compte à ta mère. Et Pâquerette est riche, belle, d'une famille honorée ; son père doit prétendre pour elle à un mariage brillant... N'aurait-il pas le droit d'être indigné, s'il apprenait que tu oses penser à elle ? Comment, tu profiterais de ses bienfaits, de l'éducation qu'il t'a donnée, de l'instruction que tu lui dois, de la confiance avec laquelle il te reçoit dans sa maison, pour détruire la paix qui y règne et éloigner de lui le cœur de sa fille! Ce serait indigne de toi : sois malheureux, mais ne sois jamais ingrat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais,&lt;/dialog&gt; répondait le pauvre garçon, &lt;dialog&gt;M. Auribel n'a pas les préjugés ordinaires ; il est généreux, il ne tient pas à l'argent, il ne croit pas qu'il faille être si riche pour être heureux. Peut-être ne faut-il pas prendre au sérieux ce que Pâquerette disait ce soir de Ruy-Blas ; mais il l'approuvait... M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier aussi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, ils l'approuvaient..... en principe..... Mais toi-même, ne te disais-tu pas, il n'y a pas longtemps, que les actions des hommes ne sont guère en rapport avec leurs théories ? Le docteur, si généreux qu'il soit, est un homme comme un autre. Ne mets pas ses sentiments à l'épreuve : tu ne réussirais qu'à l'affliger et à perdre son affection. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était la raison qui avait parlé la dernière, venant en aide à la conscience ; et Jean, accablé, ne trouvait plus rien à leur répondre. Ah ! son pauvre amour ! sitôt condamné ! Il devait le taire, le refouler au fond de son cœur. Pâquerette n'en saurait jamais rien..... elle s'étonnerait peut-être un peu d'abord, mais elle cesserait bien vite d'y penser. Jean allait partir, elle ne le reverrait plus..... elle ne manquerait pas de distractions, et quand il reviendrait, dans un an, deux ans ou davantage, elle ne rougirait même pas en le revoyant, son cœur n'aurait pas un battement de plus.:.. elle sourirait au souvenir de son caprice passager.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand les étoiles commencèrent à pâlir, la résolution de Jean était prise : il continuerait à mériter l'estime de ses bienfaiteurs. Mais il fallait qu'il partît, qu'il s'éloignât au plus vite et pour longtemps. Il avait pensé à se faire attacher à l'hôpital de Cherbourg, à ne reprendre la mer que plus tard ; mais il serait trop près d'elle, il valait mieux qu'il quittât la France. Sa mère ne pourrait pas s'en étonner, elle n'était pas au courant des places vacantes, et elle savait qu'il devait naviguer souvent pendant qu'il était jeune. Il se leva donc dès qu'il fit jour, et écrivit à son chef supérieur, qui l'avait remarqué dans les examens, pour le prier de lui procurer un embarquement favorable à ses études. Et puis il tâcha de faire provision de courage pour dissimuler : il n'en avait plus pour longtemps maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il put reparaître devant Pâquerette avec son air ordinaire, et même, comme il arrive quand on joue un rôle, il ne sut pas rester simplement indifférent, et fit pencher la balance du côté de la froideur. L'enfant s'en étonna, s'en attrista même un peu : après ce qu'il avait fait pour elle, cela devait les rapprocher, et il ne paraissait pas s'en douter ! Peut-être qu'elle ne l'avait pas assez remercié ? Oh ! non ; ce ne serait pas digne de lui. Ou bien... ne voulait-il pas la comprendre ? Alors, c'est qu'il ne l'aimait pas... Elle qui s'était toujours crue si sûre d'etre aimée de lui ! Quand elle était toute petite, comme elle aurait traité de menteur quiconque fût venu lui dire : &lt;dialog&gt;« Ton ami Jean ne t'aime pas ! »&lt;/dialog&gt; Et depuis, il ne lui semblait pas que cela fût changé......&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n'avait jamais changé, du moins. Elle était restée souvent des mois, parfois des années sans le revoir, et c'était toujours avec la même joie qu'elle avait accueilli l'annonce de son retour. Et depuis deux ans, comme à sa prière quotidienne elle ajoutait une prière fervente « pour ce pauvre Jean, qui est si loin sur la mer ! » II était revenu enfin, très différent d'autrefois, mais non à son désavantage ; et elle s'était mise à l'aimer plus que jamais, avec des idées nouvelles, qui n'étaient plus des idées de petite fille. Pâquerette avait lu quelques romans, et, n'en eût-elle jamais ouvert un seul, les romans en action se rencontrent assez souvent dans la vie. Elle avait vu, parmi les sœurs aînées de ses compagnes de jeu et d'étude, des fiancées rayonnantes de bonheur, montrant avec orgueil leur bague neuve, leurs cadeaux, leurs toilettes, l'argenterie et les meubles de leur futur ménage, de concert avec un jeune homme, ému et empressé, qui disait « nous » fondant déjà leurs deux êtres en un seul, et qui leur murmurait à l'oreille des paroles qui les faisaient sourire. Elle savait aussi que son père et sa mère s'étaient aimés avant de se marier, qu'ils avaient été heureux, et qu'après tant d'années, les yeux de M. Auribel s'emplissaient parfois encore de larmes au souvenir de l'absente. Pâquerette construisait, elle aussi, son roman, dont Jean était le héros. Cela irait tout seul; elle n'y voyait nul obstacle. Le docteur voudrait bien, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique aussi ; mère Agathe ne dirait sûrement pas non: il ne fallait qu'une occasion pour qu'on s'entendît... Hélas! l'occasion s'était présentée, aussi favorable que possible, une vraie occasion de roman ; et, au grand désappointement de Pâquerette, elle n'amenait rien du tout. Pourquoi donc ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A force de chercher, elle finit par se trouver entre deux alternatives : ou Jean n'osait pas, ou il ne l'aimait que comme une bonne petite fille, une ancienne petite amie, la Pâquerette d'autrefois, enfin ! Ceci, elle avait de la peine à l'admettre. Il y a des convictions mystérieuses qui naissent toutes seules au fond du cœur, et que nul raisonnement ne peut détruire. Pâquerette avait beau éplucher la conduite de Jean, jour par jour, heure par heure, depuis son retour de Chine, et n'y rien trouver qui décelât positivement de l'amour, sa croyance n'en était point ébranlée. Alors, c'est qu'il n'osait pas ? Oui, c'était cela, sans doute. Mais comment faire ? elle ne pouvait pas parier la première ; ces choses-là ne se font pas : que penserait-il d'elle ? C'était déjà bien hardi, ce « merci, Jean ! » qu'elle lui avait chuchoté en lui donnant sa lanterne : peut-être voulait-il, en se montrant si froid, lui faire comprendre que ce n'était pas convenable. A cette idée, elle faillit pleurer ; elle ne savait pas comment s'y prendre, vraiment, pour l'amener à se déclarer ; et la pauvre petite se demanda si elle ne ferait pas bien de confier son chagrin à sa tante, ou à son père, ou bien à la mère Agathe. &lt;dialog&gt;« Je suis sûre,&lt;/dialog&gt; pensait-elle, &lt;dialog&gt;que mère Agathe serait contente de m'avoir pour fille. »&lt;/dialog&gt; Ce qui l'arrêta, ce fut la crainte de se tromper sur les sentiments de Jean. Si pourtant il ne l'aimait point ? Le rouge de la honte lui montait au visage : non, elle ne dirait rien... Mais s'il l'aimait, ne pourrait-elle trouver moyen de le faire parler ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ces combats qui se livraient dans son âme aimante et timide, il résulta, dans les jours qui suivirent, des essais de coquetterie naïve et enfantine qui mettaient Jean au supplice. Ils lui révélaient le bonheur qui s'offrait à lui, au moment où il s'était interdit d'étendre la main pour le saisir. Il se renfermait dans une politesse irréprochable ; mais quand Pâquerette, dépitée de n'avoir pu l'émouvoir, se retirait à l'écart d'un air boudeur et revenait ensuite avec les yeux rouges, il avait besoin de tout son courage pour ne pas tomber à genoux devant elle. Il respira avec une sensation d'allégement — les malades croient se trouver mieux en changeant de place — lorsqu'il reçut sa commission pour s'embarquer sur la &lt;i&gt;Proserpine&lt;/i&gt;, à destination du Sénégal.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-7678899784995030223?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/7678899784995030223/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=7678899784995030223' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/7678899784995030223'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/7678899784995030223'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xiv-examens-de-consciences-et-tudes.html' title='XIV.- Examens de consciences, et études psychologiques à l&apos;usage des amateurs de philosophie morale.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-5962417601854213289</id><published>2007-11-02T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:53.546+01:00</updated><title type='text'>XIII.- Grande marée. — Où Jean s'attriste et où Agathe s'inquiète. — Opinion de Pâquerette sur Ruy-Blas.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;es beaux jours d'été s'enfuyaient, et septembre commençait à rougir les mûres des haies ; les jours devenaient courts, et les vagues soulevées par la brise du large venaient battre la grève avec un grand fracas et rejaillir en gigantesques panaches d'écume au-dessus des rochers noirs. Pâquerette ne se lassait pas de les regarder ; elle laissait reposer crayons et pinceaux et entraînait M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique au bord de la mer. Enveloppée dans une mante à capuchon qui la défendait contre le vent, elle s'aventurait sur les rochers, profitant de la marée basse pour aller aussi loin que possible, et elle prenait un plaisir d'enfant à fuir devant une vague et à sentir l'embrun lui fouetter la figure. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, qui n'avait pas le pied marin, n'osait la suivre sur ces récifs mouillés et couverts de varech où elle glissait à chaque pas; elle restait en arriére, inquiète comme une poule qui a couvé des canards, et rappelant en vain l'imprudente. &lt;dialog&gt;« Pâquerette ! reviens ! tu vas trop loin ! Si la mer montait ! » &lt;/dialog&gt;Pâquerette faisait de loin un signe de la main, qui signifiait qu'elle ne courait aucun risque ; et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, peu rassurée, envoyait Jean la retrouver pour veiller sur elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw-Jw87t2nI/AAAAAAAAAkI/h3vqXsk7Wc8/s1600-h/tremisort13.jpeg" title="Pâquerette se crut perdue, et, fermant les yeux..."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw-Jw87t2nI/AAAAAAAAAkI/h3vqXsk7Wc8/s400/tremisort13.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120462775426865778" /&gt;&lt;/a&gt;Il arriva un jour que la mer monta pour de bon. C'était pendant une grande marée, et le flot ayant beaucoup de chemin à faire en peu de temps doublait sa vitesse habituelle. Pâquerette s'étaît avancée très loin, enchantée de voir de près des roches que l'eau recouvrait en temps ordinaire, et elle se tenait debout sur la plus élevée, regardant vers la terre pour se rendre compte de l'effet que produisait le village vu du large. Tout à coup elle sentit une douche s'abattre sur ses épaules, et se vit entourée d'une gerbe d'écume. L'écume tomba, la vague se retira, mais elle s'était répandue tout autour du rocher où se tenait Pâquerette, et l'avait subitement transformé en un îlot. Et cet îlot lui-même serait dans un instant rendu à la mer qui le recouvrait tous les jours, car d'autres vagues arrivaient, et la brise qui fraîchissait les poussait vers le rivage. Déjà le chemin par où la jeune fille était venue n'existait plus : ça et là des rochers s'élevaient au-dessus de la nappe d'eau grandissante, mais entre eux, n'y avait-il pas des creux profonds où elle disparaîtrait dès ses premiers pas ? Elle se crut perdue, et, fermant les yeux pour ne pas se voir mourir, elle cria, comme un appel suprême : &lt;dialog&gt;« Jean ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jeune homme n'était pas avec elle ce jour-là. Il avait été retenu chez lui par une lettre pressée à écrire, qu'il avait dû porter à la poste, et il descendait le raidillon qui mène du village à la grève, lorsque le vent de mer lui apporta, aigu et désespéré, le cri de Pâquerette. En même temps il vit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, qui l'avait entendu aussi, courant aussi vite que ses jambes tremblantes pouvaient la porter pour aller au secours de sa petite bien-aimée. En deux bonds il l'eut rejointe. « Restez là ! » lui cria-t-il sans s'arrêter ; et sautant de rocher en rocher, encourageant Pâquerette de la voix et du geste, il parvint jusqu'à elle au moment où les vagues allaient envahir son refuge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'y avait pas de temps à perdre: revenir à la nage n'eût pas été facile au milieu de tant de rochers, contre lesquels ils auraient couru le risque d'être brisés par les vagues. Jean enleva la jeune fille dans ses bras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tenez-vous ferme, vos bras autour de mon cou ; et n'ayez pas peur, »&lt;/dialog&gt; lui dit-il ; et il se mit en marche, beaucoup moins vite qu'il n'était venu. Si légère que fût Pâquerette, elle pesait un peu plus qu'une plume ; et puis il avait peur de lui faire mal, de la froisser, il craignait qu'elle fût mouillée ; par moments il tremblait de rencontrer sous ses pas quelque trou profond, d'y tomber avec elle, et de ne plus pouvoir l'en retirer..... Un frisson lui traversa le cœur à l'idée qu'elle pourrait périr..... et il lui sembla que si Pâquerette disparaissait du monde, le monde ne serait plus que néant..... Heureusement que si elle devait périr là, c'est qu'il n'aurait pas pu la sauver, et alors il serait mort avec elle..... On ne se fait pas idée, dans le cours ordinaire de la vie, de toutes les pensées qui peuvent traverser un cerveau humain dans un court moment de grand danger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin Jean put déposer Pâquerette sur la grève, dans les bras de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, pâle comme une morte. Elle fondit en larmes en serrant les mains de Jean. Lui, il regardait Pâquerette qui lui souriait, et il balbutiait sans penser à ce qu'il disait : &lt;dialog&gt;« Mademoiselle... je vous demande bien pardon..... vous êtes toute mouillée... je n'ai pas pu l'empêcher..... »&lt;/dialog&gt; Cette préoccupation au moment où il venait de lui sauver la vie parut si drôle à Pâquerette, qu'elle partit d'un franc éclat de rire : Ce rire mit fin à l'attendrissement de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, et l'on décida d'un commun accord que ce qu'on avait de mieux à faire, c'était d'aller changer les vêtements mouillés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, le vent se tourna en tempête, et quelque fût le désir de Pâquerette d'aller voir les vagues bondir sur les falaises à la marée haute, une pluie torrentielle s'étant mise de la partie, la famille Auribel dut se contenter de se réunir dans le salon de la Mignonnette, autour d'un feu clair de menus branchages et de pommes de pin, allumé pour chasser l'humidité. Le docteur était arrivé pour dîner, et il frissonna au récit de l'événement du jour, qui lui fut narré dans tous ses détails, d'une façon un peu contradictoire, par M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier et par Pâquerette, l'une cherchant à amoindrir le danger qu'elle avait couru, l'autre au contraire présentant son salut comme une espèce de miracle. Toutes deux, d'ailleurs, s'accordaient à dire que si Jean ne fût pas arrivé, la jeune fille ne se serait point tirée d'affaire toute seule ; car le secours de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique ne pouvait pas compter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ce brave Jean !&lt;/dialog&gt; dit le docteur, &lt;dialog&gt;pourquoi tarde-t-il tant à venir ce soir ? J'ai hâte de le remercier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A votre place, mon cher ami,&lt;/dialog&gt; grommela Dangrune, qui tournait et retournait ses mains devant la flamme, &lt;dialog&gt;je commencerais par gronder ma fille. Si cela a du bon sens d'être aussi imprudente !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Allons, allons,&lt;/dialog&gt; dit le docteur en tapotant doucement dans ses mains la petite main de Pâquerette, elle ne savait pas... elle ne recommencera plus.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il faut bien l'espérer ! Elle pouvait y rester : méchante petite fille ! qu'est-ce que nous serions devenus ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous aussi ? vous m'aimez autant que cela ? »&lt;/dialog&gt; dit Pâquerette en se penchant vers son vieil ami avec une coquetterie gracieuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Qui est-ce qui ne vous aime pas, petite Sirène ?&lt;/dialog&gt; reprit-il d'au ton bourru qui ne s'accordait guère avec ses paroles. &lt;dialog&gt;Au moins, n'en abusez pas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne le ferai plus ! »&lt;/dialog&gt; dit elle en prenant le ton des enfants à qui l'on vient de reprocher quelque sottise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« A la bonne heure. Mais tout n'est pas dit : qui sait si vous n'avez pas gagné quelque fluxion de poitrine ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il n'y paraît pas encore,&lt;/dialog&gt; interrompit M. Auribel. &lt;dialog&gt;Mais décidément Jean ne vient pas ; comme il a été beaucoup plus mouillé qu'elle, il pourrait bien être malade. Je vais aller chez la mère Agathe : la pluie a cessé, je crois. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ouvrit la porte : le vent avait chassé les nuages, et les étoiles brillaient de cet éclat particulier qu'elles ont après une averse. Il prit son chapeau et sortit en disant : &lt;dialog&gt;« S'il est malade, je lui ferai une ordonnance : s'il se porte bien, je le ramènerai prendre une tasse de thé ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw-LVs7t2oI/AAAAAAAAAkQ/3Mgd60VR-ug/s1600-h/tremisort14.jpeg" title="Agathe lui posa la main sur l'épaule."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw-LVs7t2oI/AAAAAAAAAkQ/3Mgd60VR-ug/s400/tremisort14.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120464506298686082" /&gt;&lt;/a&gt;Jean n'était point malade ; mais s'il n'eût pas craint d'inquiéter sa mère, il se fût volontiers fait passer pour tel, afin de donner un prétexte au trouble qu'il s'efforçait en vain de dissimuler. Il s'était assis près de la grande cheminée, où Agathe jetait sans cesse des rameaux de bois mort qui crépitaient, se tordaient et s'enflammaient tout à coup, piquant de vives lueurs, dans la grande salle obscure, le balancier du vieux coucou, les assiettes du vaisselier et les ustensiles de cuivre et d'étain. Il avait la tête dans ses mains, et sa mère le contemplait d'un air soucieux. Elle lui posa la main sur l'épaule : &lt;dialog&gt;« Jean, mon enfant, es-tu réchauffé ? n'as-tu de mal nulle part ? A quoi penses-tu ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se redressa et ôta ses mains de son visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je n'ai rien, mère..... Pardon, je ne savais pas que tu avais fini ton ouvrage : je vais allumer la lampe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— N'iras-tu pas un peu à la Mignonnette ce soir ? C'est samedi, M. Auribel doit être arrivé : tu aimes bien à causer avec lui, et avec M. Dangrune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ce serait peut-être indiscret ce soir, chère mère. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette doit être fatiguée de l'aventure d'aujourd'hui, elle aura besoin de se coucher de bonne heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est toi qui devrais être fatigué, et non pas elle. Mon brave garçon! aussi fort que courageux ! Pourvu que cela ne t'ait pas rendu malade ! je te trouve tout drôle, depuis que tu es rentré trempé jusqu'aux os.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'avais l'air d'un homme mouillé, voilà tout, et ensuite d'un homme qui a froid. Mais ta bonne soupe aux choux et le joli feu flambant m'ont réchauffé, et depuis que j'ai dîné, je t'assure que je me trouve très bien. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe branla la tête d'un air de doute, et le regardant fixement : &lt;dialog&gt;« Tu n'aurais pas de chagrin, dis ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean se leva avec un rire forcé. &lt;dialog&gt;« Du chagrin, moi ! où l'aurais-je pris ? J'ai peut-être eu l'air un peu sérieux, parce que je pensais à l'avenir. Voilà que la fin de mon congé approche : que va-t-on faire de moi ? J'ai intérêt, pour mon avancement, à être embarqué le plus tôt possible ; mais cela va encore nous séparer. Je voudrais être plus vieux de dix ans, vois-tu, et ne plus te laisser seule ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un coup frappé à la porte empêcha Agathe de lui répondre ; et ce fut M. Auribel qui entra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je venais savoir pourquoi tu nous oublies ce soir, Jean. Tu dois bien penser que j'ai besoin de te voir..... Je dirais de te remercier, s'il pouvait y avoir un remerciement pour ce que tu as fait.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! Monsieur ! après tout ce que je vous dois ! C'est moi qui suis trop heureux..... vous n'en doutez pas..... Mademoiselle Auribel ne se ressent-elle pas de sa frayeur d'aujourd'hui ? Je pensais qu'elle devait être fatiguée, et je n'osais pas me présenter chez vous ce soir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Elle est si peu fatiguée, qu'elle s'occupe en ce moment à nous préparer du thé, et que je viens te chercher pour en prendre une tasse. Allons, suis-moi ! Bonsoir, madame Trémisort ; vous pouvez continuer à être fière de ce garçon-là. Si j'ai quelquefois aidé des gaillards qui se sont montrés ingrats, celui-là paye pour tous, et c'est moi qui lui dois du retour. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux hommes sortirent. Agathe, restée seule, s'assit à la place où était tout à l'heure son fils, et se mit à songer. Qu'avait-il ? car il avait quelque chose, elle le voyait bien ; il avait beau le nier, il ne pourrait pas la tromper, elle ! Malade, il ne l'était point ; ce n'était pas un fils de marin, élevé à la dure, qui pouvait prendre un rhume pour être resté un quart d'heure dans des vêtements mouillés. Il fallait qu'il eût quelque chagrin : mais lequel ? Son prochain embarquement..... non, il n'y avait pas là de quoi l'attrister ; il lui avait parlé cent fois des différentes chances qu'il pouvait rencontrer dans sa carrière, et il comptait sur de longs séjours à bord des bateaux de l'Etat. Et puis il aimait les voyages ; le nouveau, l'inconnu, attirait son esprit curieux ! Ce n'était donc point cela: quoi donc ? Il avait sûrement un sujet de peine, qu'il ne voulait pas lui dire, et qu'elle ne pouvait pas deviner.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oh ! qu'elle est amère et profonde, la douleur d'une mère devant le premier chagrin de son enfant ! Tant qu'il était petit, des caresses, des bonbons, des contes ou des joujoux l'avaient bien vite distrait de sa peine ; maintenant le voilà homme, et elle ne peut plus rien pour lui. Aux doux regards, aux tendres questions, il répond en affectant l'indifférence : « Je n'ai rien ! » il essaye de rire, et la mère voit bien que son cœur saigne. Pour qu'il fût heureux, elle donnerait volontiers sa vie — mais elle ne peut rien ! rien ! Agathe s'était séparée de Jean, elle avait vécu loin de lui, qui était toute sa joie, se contentant de le revoir de loin en loin, et se consolant dans sa solitude de veuve par l'espérance lointaine d'être un jour réunie à lui— s'il voulait bien d'elle. — Elle ne s'était jamais plainte : c'était pour le bien de son fils! Quand elle le revoyait, il était gai, joyeux, elle ne pouvait pas douter de son bonheur, et ce bonheur suffisait à la rendre heureuse. Maintenant leur bonheur à tous deux était menacé, puisqu'il souffrait ; et la pauvre femme sentit une immense tristesse envahir son cœur. Elle ne luttait pas : que faire contre un ennemi invisible ? &lt;dialog&gt;« Mon Jean ! mon pauvre petit !&lt;/dialog&gt; murmurait-elle : &lt;dialog&gt;ayez pitié de lui, mon Dieu, vous qui savez ce qu'il a ! »&lt;/dialog&gt; et des larmes coulaient dans les rides de ses joues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant Jean et le docteur étaient arrivés à la Mignonnette. Quand la porte du salon s'ouvrit pour eux, tout le monde se leva comme à l'entrée d'un grand personnage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voilà le héros ! »&lt;/dialog&gt; s'écria Dangrune en s'avançant vers Jean les mains étendues. &lt;dialog&gt;« Viens ici, mon garçon, que je te félicite ! On n'a pas tous les jours l'occasion de sauver une vie, et une vie aussi précieuse, encore !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— M. Dangrune plaisante pour ne pas s'attendrir, mon cher Jean, reprit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier ; il est aussi reconnaissant que nous tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et moi donc !&lt;/dialog&gt; dit la douce voix de Pâquerette. &lt;dialog&gt;Mon sauveur ! quand je pense que j'aurais pu vous faire noyer avec moi ! Ne le dites pas à mère Agathe, elle ne pourrait plus m'aimer ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle tendait la main à Jean, qui la prit sans avoir conscience de ce qu'il faisait. Il ne la serra ni ne la lâcha ; il la garda dans la sienne, et cherchant quelque chose à dire, il ne put trouver que cette question étrange : &lt;dialog&gt;« Avez-vous été bien effrayée ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'ai eu grand'peur d'abord, quand la vague m'a mouillée et que j'ai vu les autres qui arrivaient si vite, et de l'eau tout autour de moi ; mais cela n'a pas été long, je vous ai aperçu presque tout de suite descendant le raidillon en courant. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean ferma les yeux comme si une grande lumière l'éblouissait. Il ne répondit pas à Pâquerette ; il aurait eu trop de choses à lui dire. Il laissa aller sa main, et s'inclinant devant elle, il vint s'asseoir auprès de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, qui continuait à lui exprimer sa reconnaissance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Vous me rendez confus, Mademoiselle,&lt;/dialog&gt; lui dit-il, &lt;dialog&gt;de tant me louer pour une chose si simple. Vous devez bien admettre que je devais avoir un certain intérêt à ce sauvetage. Je suis trop heureux d'avoir pu me rendre utile. N'en parlons plus. Que faisiez-vous ? Je suis vraiment honteux de l'interruption dont je suis cause.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je lisais à ces dames,&lt;/dialog&gt; dit Dangrune, &lt;dialog&gt;le feuilleton des théâtres. Reprise de &lt;i&gt;Ruy-Blas:&lt;/i&gt; grand succès pour X&lt;small&gt;&lt;sup&gt;***&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; dans le rôle de don Salluste. Il a fallu raconter la pièce à Pâquerette, qui ne la connaissait pas, et lui en citer tout ce que nous avons pu : Heureusement que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier et moi, nous connaissons notre Victor Hugo. L'enfant s'en pâmait d'admiration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C'est si beau,&lt;/dialog&gt; s'écria Pàquerette, les yeux brillants d'enthousiasme. &lt;dialog&gt;Comme je comprends que la reine aime Ruy-Blas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Un valet ?&lt;/dialog&gt; dit Dangrune avec un point d'interrogation dans la voix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Qu'est-ce que cela fait, puisqu'il a l'âme d'un roi ! Comme il sait parler à tous ces grands d'Espagne qui ne songent qu'à s'enrichir aux dépens de leur pays ! Est-ce qu'il ne vaut pas cent fois ce fou dont il tient la place ? Et, cet affreux don Salluste ! c'est lui qui a une âme de valet ! N'est-ce pas, tante Monique ? »&lt;/diqalog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique souriait : elle était bien de l'avis de Pâquerette. Le Docteur rit tout à fait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Bravo ! fillette,&lt;/dialog&gt; dit-il en posant sa main sur la jolie tête mutine qui se redressait pour protester en faveur de Ruy-Blas. &lt;dialog&gt;Voilà comment il faut penser : estimer les hommes d'après leur valeur intrinsèque, et non d'après la valeur de convention que leur donnent les circonstances. C'est dommage que cette manière de voir ne soit pas d'usage dans le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Eh bien, papa, il faut l'y mettre ! »&lt;/dialog&gt; répondit Pâquerette avec résolution.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« On ne le peut pas toujours ! »&lt;/dialog&gt; répliqua M. Auribel. Et le lecteur, trouvant apparemment qu'on avait assez traité ce sujet-là, passa au compte rendu d'un opéra, avec l'éloge d'un nouveau ténor que Jean se souvint d'avoir entendu jadis au théâtre de Brest. On causa théâtre, musique, et livres, en effleurant par-ci par-là quelques idées générales ; Pâquerette servit le thé, accompagné de rôties beurrées qu'elle venait de préparer pour prouver, dit-elle, qu'elle était encore en vie ; et Jean se leva pour prendre congé. A ce moment la jeune fille lui présenta comme tous les soirs sa petite lanterne qu'elle venait d'allumer, car en l'absence de la lune les rues de Saint-Roch étaient aussi noires qu'un four éteint.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Merci, Mademoiselle ! »&lt;/dialog&gt; dit-il en la prenant de sa main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle regarda furtivement autour d'elle, rougit, murmura en baissant les yeux : &lt;dialog&gt;« Merci, Jean ! »&lt;/dialog&gt; et se sauva comme si on l'eût poursuivie.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-5962417601854213289?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/5962417601854213289/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=5962417601854213289' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/5962417601854213289'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/5962417601854213289'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/11/xiii-grande-mare-o-jean-sattriste-et-o.html' title='XIII.- Grande marée. — Où Jean s&apos;attriste et où Agathe s&apos;inquiète. — Opinion de Pâquerette sur &lt;i&gt;Ruy-Blas&lt;/i&gt;.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw-Jw87t2nI/AAAAAAAAAkI/h3vqXsk7Wc8/s72-c/tremisort13.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1008006479424443075</id><published>2007-10-31T10:00:00.000+01:00</published><updated>2008-12-09T03:44:53.662+01:00</updated><title type='text'>XII.- Retour à Saint-Roch. — La Mignonnette. — L'album de Jean. — Pourquoi ?</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw6rSM7t2kI/AAAAAAAAAjw/EcQu_ssSs_8/s1600-h/tremisort12.jpeg" title="C'est un léger break qui amène les voyageurs."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw6rSM7t2kI/AAAAAAAAAjw/EcQu_ssSs_8/s400/tremisort12.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120218155564522050" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class="dropcap"&gt;C&lt;/span&gt;ette fois-ci, c'est un léger petit break, surmonté d'un toit à franges en toile blanche, qui amène les voyageurs à Saint-Roch. Une charrette vient par derrière avec les malles, et les deux équipages tournent derrière l'église et descendent à grand bruit la rue cahoteuse, pavée de galets, qui les mène à la porte de la Mignonnette, louée pour la saison par le docteur. Agathe est là, derrière la grille du petit jardin, qu'elle ouvre avec empressement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Bonjour, Mesdames ! bonjour, monsieur le docteur ! bonjour, monsieur Dangrune ! Avez-vous fait bon voyage ? n'avez-vous pas eu trop de poussière ? il fait si chaud ! Entrez vite, il y a du cidre frais dans la salle à manger, et des gâteaux, de ceux que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette aime. Je vais faire monter les malles dans vos chambres... Ah ! en voilà une que vous n'aviez pas l'année dernière : à qui est-elle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A Pâquerette,&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier en riant. &lt;dialog&gt;Vous n'avez pas idée, madame Trémisort, comme les petites filles deviennent coquettes en grandissant. Il a fallu une malle de plus à celle-ci pour ses toilettes, sous prétexte qu'il venait à présent beaucoup de monde à Saint-Roch, qu'on y avait fondé un casino et que nous aurions peut-être envie d'y aller. Je vous demande un peu, qui est-ce qui pourra avoir cette envie-là, de nous quatre!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous serez toujours bien trois, Mademoiselle, qui aurez envie d'y aller pour y conduire M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette, si ça l'amuse. Les enfants, est-ce qu'on n'est pas trop heureux de leur faire plaisir ! Et puis c'est bien naturel d'aimer s'attifer, à cet âge ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ayant énoncé ces vérités incontestables, Agathe alla présider à la distribution des colis dans les diverses chambres : ce n'était pas la première fois que la famille venait habiter la Mignonnette, et elle connaissait les malles et les habitudes de chacun. Pâquerette eut vit fait de grignoter les petits gâteaux et de boire sa part du bon cidre piquant, de renouveler connaissance avec la femme chargée de les servir et de distribuer des bonbons à ses enfants qui étaient accourus pour voir la demoiselle ; et elle grimpa en courant l'escalier de meunier qui menait à sa chambre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ouvrit vivement la fenêtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! la mer ! elle est encore plus belle que l'an dernier ! n'est-ce pas, mère Agathe ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne sais pas, Mademoiselle : quand on la voit tous les jours, on ne peut pas trouver qu'elle change d'une année à l'autre. Mais quand on l'a quittée et qu'on y revient, cela vous fait de l'effet de la revoir, c'est bien sûr : c'est presque comme la première fois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— La première fois ? Moi, je n'ai pas eu de première fois : j'étais si petite ! ce n'est pas la mer que je me rappelle le mieux ; de ce voyage-là. Mais vous, est-ce que vous vous souvenez de la première fois ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui... je l'ai trouvée bien belle... Elle était calme, toute bleue, le soleil brillait dessus... J'étais avec Germain, nous venions de nous marier, et il était content de me la montrer par un beau temps... Il ne m'est pas venu à l'idée, à ce moment-là, qu'un jour viendrait où elle ferait mon malheur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pauvre mère Agathe !&lt;/dialog&gt; — et Pâquerette entoura la veuve de ses bras et baisa tendrement son visage subitement attristé ! — &lt;dialog&gt;Mais vous avez votre fils... un bon fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! oui, un bon fils ! personne à Saint-Roch n'en a un pareil... ni ailleurs, je pense, ou du moins il n'y en a pas un meilleur... J'avais bien juré qu'il ne serait pas marin ; et voilà qu'il l'est à moitié tout de même.    &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! pas même à moitié, mère Agathe. Il n'ira jamais sur des barques de pêche, il ne voyagera que sur de grands navires de l'État qui sont solides et qui ne font pas naufrage ; et puis il demeurera souvent dans des ports, et s'il devient professeur, alors il ne naviguera plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est bien ce qu'il dit, Mademoiselle, et il me prendra avec lui dans ce temps-là. Mais ce n'est pas de sitôt ; il parait qu'il y a une quantité d'examens à passer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, et il en a passé déjà un ces jours-ci, pour être médecin de deuxième classe : il est arrivé juste à temps. Quel bonheur s'il pouvait être reçu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! il sera reçu ! »&lt;/dialog&gt; répondit Agathe. Le ton de sa voix marquait un certain étonnement et même un peu de déplaisir : comment cette jeune fille se permettait-elle de penser que Jean pourrait n'être pas reçu ? Pour Agathe, Jean possédait toute science. Pâquerette la comprit et se hâta de s'excuser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! mère Agathe, c'est que ce sont des examens si difficiles ! Et puis, les autres ont eu le temps de se préparer : lui, il arrive de voyage, bien fatigué, et il faut qu'il réponde à une quantité de questions au lieu de se reposer. Mais vous avez raison, il sera reçu, certainement..... Et il viendra ici ensuite, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il me l'a promis, »&lt;/dialog&gt; répondit la mère avec assurance. Elle ne se serait pas permis de douter d'une promesse de son fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille s'installa confortablement à la Mignonnette. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique et Pâquerette habitaient le premier étage, où l'on réservait une chambre au docteur, qui devait venir souvent le samedi soir ; M. Dangrune perchait au second, et consacrait la chambre voisine de la sienne à ses échantillons de minéralogie, d'entomologie et de botanique. Il s'était repris d'une plus belle ardeur pour l'histoire naturelle, depuis que Jean avait ajouté à ses collections des plantes, des insectes et des pierres exotiques, et il cherchait à se faire une élève de Pâquerette. La jeune fille s'amusait à réunir des minéraux et à composer un herbier des algues si nombreuses et si variées à Saint-Roch, mais elle refusait absolument de tremper dans les massacres de papillons, et quant aux fleurs, elle aimait mieux en faire des bouquets que de les écraser entre deux feuilles de papier gris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout de huit jours, Jean arriva avec son second galon, ce qui ne surprit point sa mère. Il s'installa dans la « chambre de Germain » pour le reste de son congé, et fit l'admiration d'Agathe par les beaux livres qu'il rangea sur la commode et les cartes qu'il accrocha aux murs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu ne peux donc pas rester sans travailler ? »&lt;/dialog&gt; lui dit-elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'ai tant de choses à apprendre ! »&lt;/dialog&gt; répondit-il. Elle le regarda et secoua la tête : cela lui plaisait à dire, mais elle ne pouvait pas le croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il alla faire une visite à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier et à Pâquerette, mais il ne s'offrit point pour diriger comme autrefois leurs promenades : il ne voulait pas s'imposer et attendait qu'on l'invitât. Mais comment ne pas se rencontrer, quand on habite un village d'où l'on sort toujours par la même route ? La première fois que les deux femmes s'enfoncèrent dans le sentier de la fontaine Verte en quête d'un site à peindre, elles trouvèrent Jean perché sur un talus, un album à la main, faisant le croquis d'une ferme entourée de pommiers. Il sauta au bas de son talus et vint les saluer. Pâquerette allongea la tête vers son album resté ouvert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voulez-vous voir, Mademoiselle ? »&lt;/dialog&gt; dit-il en le lui tendant. Elle rougit, mais elle prit l'album. Le dessin était déjà entièrement ébauché et avait bonne tournure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comme vous dessinez bien ! n'est-ce pas, tante Monique ?&lt;/dialog&gt; dit Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— J'ai eu des prix de dessin au lycée, et depuis, je me suis exercé partout où je suis allé à faire des croquis d'après nature. C'est très utile quand on voyage : on fixe ainsi ses souvenirs, et on est bien aise plus tard de retrouver des indications qui vous remettent tant bien que mal sous les yeux les objets qui vous avaient frappé. Un des officiers de mon bord avait un appareil photographique : mais c'est compliqué, on ne trouve pas partout à remplacer les produits qui vous manquent ; et puis..... c'est très fidèle, sans doute, comme lignes, mais je préfère un simple croquis, je trouve qu'il rend mieux l'impression générale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— A condition que le dessin soit bien fait,&lt;/dialog&gt; interrompit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, &lt;dialog&gt;et c'est une condition que les vôtres remplissent, si j'en juge par celui-ci. Y en a-t-il d'autres dans l'album ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il en est presque rempli, et s'il vous est agréable de les regarder..... Mais vous êtes très mal ici ; je connais à vingt pas un petit coin de prairie abrité par un grand chêne au pied duquel on peut s'asseoir.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Conduisez-nous au pied du chêne, et vous nous ferez voyager dans votre album. Ce sera comme si nous étions allées en Chine. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II les guida, et bientôt elles furent assises sur les grosses racines de l'arbre, les pieds dans l'herbe verte et fine. Monique tenait l'album, dont Pâquerette tournait les feuillets. Jean, debout devant elles, faisait, comme disait en plaisantant la jeune fille, l'explication des images.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dura longtemps ; chaque dessin donnait lieu à des questions, et Jean ne se lassait pas plus de parler que ses compagnes de l'entendre. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier l'écoutait avec un intérêt quasi-maternel ; n'avait-elle pas été la première institutrice de Jean ? Elle était fière de son élève : toutes ses paroles, toutes ses manières ne pouvaient qu'augmenter la bonne opinion qu'il avait su donner de lui le jour de son retour. C'eût été vraiment dommage de le laisser à Saint-Roch, ou d'en faire un garçon jardinier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette n'en voyait pas si long: elle était sous le charme et ne raisonnait point. Elle sentait, sans se formuler nettement sa pensée, qu'on pouvait tirer une barre entre le passé et le présent. Du Jean d'autrefois, il n'était plus question : quant à la Pâquerette d'autrefois..... elle ne la retrouvait plus, tant celle d'aujourd'hui lui paraissait différente. Jean ne lui parlait plus du tout en camarade, comme il l'avait fait longtemps encore pendant ses années de lycée. Cela lui faisait plaisir : cela lui prouvait qu'il ne la considérait pas comme une petite fille. Par moments pourtant, elle se demandait s'il n'était pas trop poli ; comme il l'aurait été-avec n'importe quelle étrangère, avec Estelle, par exemple, qui avait beaucoup cherché à attirer son attention le jour de la crémaillère. Elle aurait voulu une nuance qui marquât... quoi ? elle n'en savait rien. Pas de la familiarité, ce n'eût pas été convenable ; mais une façon d'être avec elle qui eût quelque chose de particulier..... Puis elle se prenait à rire d'elle-même. &lt;dialog&gt;« Je suis folle,&lt;/dialog&gt; pensait-elle ; &lt;dialog&gt;on voit bien que je n'ai pas encore l'habitude d'être traitée en grande fille. »&lt;/dialog&gt; Et elle concentrait toutes ses facultés sur l'album et sur les récits de Jean, admirant son talent, son savoir et la grâce de sa parole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle découvrit tout à coup que le dessin devait être la chose du monde la plus amusante. Cette idée-là ne lui était pas encore venue devant les œuvres de sa tante. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier avait pour la peinture une passion malheureuse ; non qu'elle manquât de goût, car elle savait très bien juger les dessins d'autrui et se rendait même compte de ses propres défauts. Mais l'adresse de la main lui manquait, et elle n'avait jamais pu l'acquérir. Il y avait dans sa vie artistique jusqu'à &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; tableau réussi : Ce tableau, de petites dimensions, représentait trois ânes dans un pré, et elle avait vraiment bien rendu leur physionomie paisible et résignée. Elle l'avait offert à une loterie, où il avait eu un grand succès ; et depuis, il ne s'organisait pas à Rouen une loterie de bienfaisance qu'on ne vînt lui dire : &lt;dialog&gt;« Mademoiselle, faites-nous donc encore des petits ânes ! »&lt;/dialog&gt; Elle riait, et rééditait complaisamment ses Aliborons. Le reste, paysages, vaches, chevaux et bonshommes, ne valait pas grand'chose. Elle s'en consolait en disant : &lt;dialog&gt;« Bah ! puisque cela m'amuse ! »&lt;/dialog&gt; mais elle n'osait pas donner de conseils à Pâquerette, qui livrée à elle-même ne prenait pas le goût du dessin. Jean était un professeur tout trouvé; et par la force des choses, sans qu'il se fût offert ni qu'on lui eût demandé des leçons, il fut bientôt de toutes les promenades artistiques, dirigeant le crayon et le pinceau de Pâquerette, et animant par quelques personnages bien campés les paysages de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, enchantée de cette collaboration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Dangrune, qui ne se souciait pas de la peinture, mais qui aimait la société, venait retrouver les artistes, avec sa boite de fer-blanc en sautoir et ses poches pleines de pierres qui faisaient pendre ses vêtements de la façon la plus comique. Pâquerette en riait comme une folle. Jean lui fit pourtant prendre goût aux herbiers en lui enseignant sa méthode. En face de la plante desséchée, il peignait la fleur vivante, avec son attitude ordinaire, sa grâce et ses vives couleurs. Pâquerette put ainsi faire connaissance avec plusieurs des plantes exotiques dont il lui avait apporté des graines, en attendant qu'elle les vît pousser et fleurir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est une chose bien extraordinaire que la tendance des gens qui ne sont plus jeunes à oublier leur jeunesse. Le docteur Auribel avait eu vingt ans, et Monique Ollivier en avait eu seize ; et non seulement ils ne se souvenaient plus des sentiments qui avaient pu agiter leurs jeunes années mais ils ne songeaient ni l'un ni l'autre que Pâquerette n'était plus une enfant. Ils partageaient en cela l'aveuglement habituel des pères de famille, qui continuent à dire « cette petite » et à ne pas s'apercevoir que la petite a grandi, fût-elle près de coiffer sainte Catherine. Les mères sont souvent plus clairvoyantes ; mais M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, malgré sa tendresse et son dévouement, n'était pas une mère. Ils n'entendirent donc ni l'un ni l'autre la divine chanson de printemps que chantait le cœur de Pâquerette. Si ses yeux bleus jetaient un éclat plus vif et plus doux, si son visage délicat prenait des teintes d'aurore, si tout rayonnait en elle, c'était l'effet de l'air salin et du séjour de la campagne. Si elle se plaisait à varier ses ajustements, à piquer des fleurs dans ses cheveux et à son corsage, à renouveler ses nœuds de rubans, à mettre sur la grève de Saint-Roch ou dans les chemins creux des robes qui auraient fait encore fort bonne figure sur les promenades de Rouen, c'était un goût de toilette, bien naturel à son âge. Après tout, s'ils avaient demandé à Pâquerette le pourquoi de toutes ces choses, elle eût été bien embarrassée de leur répondre ; elle agissait ainsi par instinct, et si sa beauté rayonnait comme éclairée par une flamme intérieure, c'est que la joie de son cœur se répandait sur son visage. Ce qu'elle savait seulement, c'est qu'elle était heureuse, heureuse comme une reine, ainsi qu'on disait dans les contes de l'ancien temps : pour elle, il continuait à y avoir de la joie dans l'air.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1008006479424443075?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1008006479424443075/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1008006479424443075' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1008006479424443075'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1008006479424443075'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/xii-retour-saint-roch-la-mignonnette.html' title='XII.- Retour à Saint-Roch. — La Mignonnette. — L&apos;album de Jean. — Pourquoi ?'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw6rSM7t2kI/AAAAAAAAAjw/EcQu_ssSs_8/s72-c/tremisort12.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-3488242595512480833</id><published>2007-10-29T10:00:00.000+01:00</published><updated>2007-10-29T00:05:02.459+01:00</updated><title type='text'>XI.- Réflexions d'une jeune fille. — Propos de table. — Fête du genre panaché.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;P&lt;/span&gt;âquerette s'était esquivée sous prétexte d'aller chercher M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier. La vérité, c'est qu'elle ne savait plus où elle en était et qu'elle éprouvait le besoin de cinq minutes de solitude : cela arrive à tout âge. Tout en s'en allant, très lentement, en quête de sa vieille cousine, elle cherchait à se rendre compte de son étonnement. Comment, c'était Jean, ce grand jeune homme à qui l'uniforme allait si bien, qui s'exprimait avec tant de facilité, qui avait des manières si aisées, si simples, et si distinguées en même temps. Le Jean de ses souvenirs, c'était surtout le gamin aux cheveux frisés qui courait pieds nus sur les grèves, et l'aide de Greffard au jardin et de Catherine à la maison. Dans ce temps-là, elle ne se faisait que peu d'idée des distinctions sociales, et elle avait trouvé tout simple de danser avec lui au milieu des fils de famille à qui il venait de servir des verres de sirop sur un plateau. A présent, en y songeant, elle s'étonnait d'avoir eu cette audace, et elle comprenait les airs indignés des mamans et leurs propos dédaigneux pour le petit domestique. Et tout à coup, une grande terreur la prit: Jean revenait juste à l'anniversaire de sa naissance, et on allait danser..... Si quelqu'un l'insultait ? Si les jeunes filles refusaient de danser avec lui ?... Mais non, ce n'était pas possible : il n'était plus le même, et parmi les invités, il était le seul qui eût un uniforme : elles seraient trop heureuses de l'accepter, d'autant plus qu'il était certainement beaucoup mieux que tous les autres... Ici il lui vint une nouvelle crainte, celle de n'être pas invitée par lui, ou de ne l'être que par politesse, en qualité de maîtresse de maison..... Tout cela était bien enfantin : mais Pâquerette était encore si près de l'enfance !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ne trouva nulle part M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, et finit par entendre sa voix dans la salle des pauvres : Catherine l'avait prévenue. Cela contraria Pâquerette : elle avait compté y rentrer en compagnie de sa cousine, et il lui fallait maintenant reparaître seule... Elle n'était pourtant pas timide ordinairement, les enfants habitués à trouver de la bienveillance partout ne le sont guère ; mais les nouvelles manières de Jean avec elle la troublaient fort, et elle se demandait comment elle ferait pour lui parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Allons,&lt;/dialog&gt; se dit-elle enfin, &lt;dialog&gt;je ne suis plus une petite fille... et puis j'ai encore des fleurs à arranger. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle entra. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, assise près du jeune homme, causait maternellement avec lui, et Jean lui répondait d'un ton où l'on sentait de la déférence, de l'affection, du respect, et en même temps l'assurance modeste d'un homme qui a conscience de sa valeur. Du moins Pâquerette y vit tout cela. Elle se remit à remplir ses jardinières, en silence d'abord ; bientôt elle glissa dans la conversation un mot, puis une phrase, et quand la cloche annonça le déjeuner, elle babillait gaiment et se faisait aider par Jean, qui lui présentait les tiges fleuries et coupait les queues trop longues avec le sécateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Cela me connaît,&lt;/dialog&gt; dit-il en riant : &lt;dialog&gt;c'est mon ancien métier. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette rougit et le regarda de côté. Il ne semblait point embarrassé de ces souvenirs : elle l'était plus que lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Est-ce que vous aimez toujours les fleurs ?&lt;/dialog&gt; lui demanda-t-elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Toujours ! j'ai étudié avec soin la flore de tous les pays où j'ai pu m'arrêter. Je rapporte des graines pour vous, Mademoiselle ; je donnerai mes instructions à Greffard sur la manière de les cultiver. Ce serait charmant, de les acclimater à Bois-Guillaume ! J'ai choisi des espèces qui donnent de belles fleurs. Il y en a aussi pour M. Auribel ; celles-là sont des plantes médicinales, dont on pourrait tirer parti dans certaines maladies. J'ai aussi quelques échantillons curieux pour M. Dangrune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous avez pensé à nous tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et à qui donc aurais-je pensé ? Ma mère et vous... »&lt;/dialog&gt; Il sembla à Pâquerette qu'il voulait dire : vous êtes ma famille, et elle en fut contente. On se mit à table, et la conversation roula sur les voyages de Jean. Pâquerette l'écoutait avec une attention ardente. Malgré son jeune âge, elle aimait les entretiens sérieux, et ne trouvait jamais longues les soirées que M. Dangrune ou d'autres amis du docteur venaient passer l'hiver autour de son foyer. Mais ici, à l'intérêt s'ajoutait le charme ; Jean faisait preuve d'une réelle et solide instruction, il parlait de choses qu'il avait vues, dont sa vive intelligence avait saisi les différents côtés ; il les jugeait avec une équité, une sûreté de raison surprenantes chez un homme si jeune, et il les dépeignait avec tant de feu et des expressions si heureuses qu'on croyait assister à ce qu'il racontait. Pâquerette regardait son père, regardait M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, cherchant à surprendre leur pensée sur leur visage. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique souriait avec complaisance ; le docteur hochait la tête, et murmurait de temps en temps : &lt;dialog&gt;« Bien... très juste... bien pensé... bien dit... »&lt;/dialog&gt; II faisait une question, demandait une explication, pour donner à Jean l'occasion de développer sa pensée ; si bien que le jeune homme, confus, s'arrêta tout à coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je vous demande pardon,&lt;/dialog&gt; dit-il ; &lt;dialog&gt;je m'aperçois qu'il n'y a que moi qui parle, et que je vous occupe tous de moi. Je suis si heureux que j'en perds le sens, en vérité !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Parle encore, mon brave Jean !&lt;/dialog&gt; répliqua le docteur. &lt;dialog&gt;Tu ne vois donc pas que c'est moi qui t'y pousse ? Tu ne peux pas te figurer la joie que c'est pour moi, de te voir tel que tu es. Je t'écoute, je t'étudie, et je constate que tu n'as jamais perdu une occasion de t'instruire, que tu as toute l'ardeur de ton âge sans en avoir les exagérations, que ton jugement est juste et tes sentiments élevés. Ta mère peut être fière de toi et je le lui dirai !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne pouvais pas faire moins, Monsieur,&lt;/dialog&gt; répondit Jean d'une voix que la joie faisait trembler. &lt;dialog&gt;Je vous dois tout ce que je suis. Vous pensez bien que la reconnaissance ne me pèse pas ; mais je voudrais pouvoir vous le prouver. Je vous donnerais bien ma vie sans la marchander; mais qu'en feriez-vous ? Le seul moyen que je connaisse de vous remercier, c'est de me montrer digne de vos bontés en devenant quelqu'un... et je n'y manquerai pas, si Dieu me prête vie ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa voix, vibrante d'émotion, s'était élevée, son visage rayonnait, des larmes brillaient dans ses yeux : il était vraiment beau ainsi. Le docteur lui tendit la main et serra la sienne sans rien dire ; Pâquerette, assise en face de Jean, le contemplait en songeant que beaucoup de grands hommes avaient commencé comme lui, et elle se disait que s'il devenait un jour célèbre, elle y serait pour quelque chose, puisque c'était elle qui la première avait parlé de remmener à Rouen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique était tout aussi touchée des sentiments de Jean que le docteur et sa fille ; mais une maîtresse de maison est obligée d'être pratique, et on ne pouvait pas s'éterniser à table ce jour-là. Les invités n'étaient convoqués que pour deux heures, mais il y aurait peut-être des gens pressés et curieux qui devanceraient l'appel, et il fallait être sous les armes pour les recevoir. Elle se leva donc, et envoya les hommes prendre leur café sous la vérandah, pendant qu'elle dirigerait les derniers apprêts et que Pâquerette irait s'habiller.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La toilette de Pâquerette n'était pas longue ordinairement. Elle possédait une de ces chevelures à larges ondulations qui se prêtent à toutes les coiffures, et comme les façons de ses robes étaient toujours très simples, il lui fallait peu de temps pour les ajuster sur sa délicate petite personne. Mais ce jour-là rien n'allait, elle eût été bien en peine de dire pourquoi, et il lui venait des doutes sur l'élégance de sa toilette. La robe à semé de boutons de roses était bien jolie; mais pourquoi n'avait-elle pas choisi plutôt sa robe de mousseline blanche à volants ? Tante Monique avait trouvé l'autre plus à propos pour une matinée de campagne ; mais, après tout, la mousseline blanche était très champêtre aussi... quel dommage qu'il fût trop tard pour la faire repasser ! Les souliers mordorés... non, elle ne les mettrait pas ; le chevreau glacé faisait paraître le pied plus petit — et elle remit dans leur carton les souliers mordorés. — Les gants... non, elle ne mettrait pas ces gants-là : elle en avait une paire, en peau de Suède rose pâle, qui montaient plus haut et qui moulaient mieux le bras... En ajoutant cette dentelle à l'encolure de la robe, on l'embellirait beaucoup... et Pâquerette enfila prestement une aiguille, et fixa la dentelle en haut de son corsage. Elle eut beaucoup de peine à se coiffer à son gré; quand ce fut fini, elle s'avisa qu'une rose ferait bien dans ses cheveux noirs, et elle eut du mal à en trouver une qui ne fut épanouie que juste à un certain degré, comme elle la voulait. Puis ce fut la ceinture à nouer sur le côté: un joli nœud, souple et gracieux, des pans ni trop longs ni trop courts... Quand elle fut prête, elle en avait chaud, et les premiers arrivants descendaient de leurs voitures. Son père et Monique étaient déjà dans le salon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comme tu t'es faite belle ! »&lt;/dialog&gt; lui dit le docteur ; et sa cousine ajouta : &lt;dialog&gt;« Je vois que tu as un peu modifié le programme. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui,&lt;/dialog&gt; répondit Pâquerette en s'efforçant vainement de ne pas rougir ; &lt;dialog&gt;il fait si beau aujourd'hui, je suis sûre qu'il y aura beaucoup de robes blanches. C'est ce qu'il y a de plus joli, et comme je n'en avais pas, j'ai cherché à rétablir l'équilibre.&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur se mit à rire : pour lui, ce soin était superflu, et Pâquerette ne pouvait manquer d'être la plus jolie partout où elle daignerait se montrer, fût-elle vêtue d'un sac. Beaucoup de pères pensent de même avec moins de raison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des propriétaires qui reçoivent pour la première fois dans une maison neuve et dans un jardin déjà assez ancien pour être beau sont sûrs de récolter une ample moisson de compliments, sincères ou non : Ils ne manquèrent point au docteur, à sa cousine et à sa fille. La maison, commode et jolie, valut plusieurs projets de commandes à l'architecte ; les dames s'extasièrent sur le frais et gai mobilier de campagne ; et on admira l'idée prévoyante du docteur, qui avait fait planter le terrain plusieurs années avant de bâtir, afin de se trouver dans un jardin en plein rapport quand il viendrait habiter sa propriété. En effet, les bosquets étaient pleins d'ombre, les gazons épais et doux, les fruits faisaient ployer les brandies des arbres, et les massifs de fleurs épargnés par Pâquerette éblouissaient les yeux. Par l'ordre de la jeune fille, Greffard dans sa plus grande tenue, armé de la serpette et du sécateur, restait à portée d'entendre les éloges qu'on donnait à ses talents ; à chaque instant, sur un signe de Pâquerette, il coupait et présentait aux dames les fleurs qu'elles avaient vantées, ou inclinait vers elles les rameaux des arbres pour qu'elles pussent cueillir elles-mêmes à leur choix l'abricot le plus mûr ou la prune la plus dorée. Les jeunes filles riaient et ne se faisaient pas prier pour dépouiller les branches : Pâquerette, disaient-elles, avait inventé là une charmante façon de pendre la crémaillère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme elle l'avait dit le matin, il y avait ce jour-là de la gaîté dans l'air. Elle voltigea comme un oiseau d'un bout à l'autre du jardin, du haut en bas de la maison, lançant aux échos les fusées de son rire perlé, menant les jeux et les farandoles, attentive aux plaisirs de tous, et toujours suivie par les regards de Jean, qui la comparait en lui-même à une fleur, à une fée, à un ange, à tout ce qu'on peut rêver de gracieux et de charmant. Elle n'eut qu'un moment d'inquiétude : comment Jean serait-il accueilli ? et ne serait-il pas un peu embarrassé, s'il se rappelait... Mais elle fut vite rassurée : personne ne songeait plus au petit jardinier d'autrefois, et « M. Trémisort », présenté par le docteur comme un jeune médecin de la marine, très distingué et d'un grand avenir, recevait de tous un accueil empressé. Quant à lui, il ne montrait nul embarras ; il avait assez vu le monde dans ses voyages pour se trouver à son aise partout, et s'il se rappelait son ancienne mésaventure, c'était pour mesurer avec orgueil le chemin parcouru.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette eut donc le plaisir de voir Jean accepté par les plus fières demoiselles, qui se redressaient d'un air conquérant en partant avec lui pour la valse ou le quadrille. Elle eut le plaisir encore plus grand de constater qu'il revenait toujours à elle. Était-ce par politesse, parce qu'elle était la maîtresse de la maison ? Il n'avait pas du tout le même empressement, la même physionomie, le même regard, quand il allait inviter quelqu'une des délaissées qu'elle lui indiquait, et quand il venait vers elle: oh! pas du tout... Non, il ne l'invitait pas seulement par politesse... et Pâquerette se réjouit naïvement d'avoir mis une rose dans ses cheveux et ajouté une dentelle à sa robe.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-3488242595512480833?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/3488242595512480833/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=3488242595512480833' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3488242595512480833'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3488242595512480833'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/xi-rflexions-dune-jeune-fille-propos-de.html' title='XI.- Réflexions d&apos;une jeune fille. — Propos de table. — Fête du genre panaché.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-6395474311206126420</id><published>2007-10-27T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:53.848+01:00</updated><title type='text'>X.- Pour pendre la crémaillère. — La chambre de Pâquerette. — Pour ne pas faire de peine à Greffard. — Se reconnaissent-ils ?</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;C&lt;/span&gt;'était au commencement d'août, et la journée s'annonçait belle. Il y avait onze ans passés que Jean Trémisort était sorti de la distribution des prix, fier de ses lauriers et du baiser de Pâquerette ; et il y avait juste seize ans que Pâquerette était venue au monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On avait choisi ce jour-là pour pendre la crémaillère à Bois-Guillaume. Car le docteur s'était décidé à faire bâtir sa maison sans attendre la vieillesse. A quoi bon s'établir à la campagne, à l'âge où l'on craint le froid et le chaud, où toutes les promenades semblent longues et où un bon fauteuil au coin du feu vous parait préférable à toutes les beautés de la nature ? Il vaut bien mieux jouir des champs et des bois, et sortir dès l'aurore pour admirer son jardin dans sa grâce matinale, pendant qu'on a bon pied, bon œil, et qu'on ne craint pas de s'enrhumer dans la rosée. Ainsi pensait le docteur, et il avait conformé sa conduite à ses principes, ce qui ne se voit pas tous les jours. Le plan de la maison avait été discuté en famille, pour qu'elle fût au goût de tous. Par égard pour Catherine, qui se faisait trop vieille pour se plaire à monter les escaliers, on n'avait point mis la cuisine en sous-sol. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique avait demandé une grande salle garnie de bancs pour y recevoir ses pauvres ; car elle ne doutait pas d'avoir bien vite ses pauvres à Bois-Guillaume, comme elle les avait à Rouen. Pâquerette s'était réservé les questions d'ornement : à son avis, la bonne tante Monique ne s'y connaissait pas en fait d'élégance, non plus que le docteur, du reste: ils n'étaient pas dans le mouvement. Elle ne tenait pas d'ailleurs à ce qu'un objet coûtât cher : il lui suffisait qu'il fût joli.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela lui valait souvent les critiques de ses jeunes amies. &lt;dialog&gt;« Cette Pâquerette !&lt;/dialog&gt; disait M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Estelle Bardot, fille du notaire de la rue Jeanne-d'Arc, &lt;dialog&gt;son père lui aurait donné pour sa chambre tout ce qu'elle aurait voulu, et elle va choisir des meubles laqués blancs, de la mousseline blanche unie à volants festonnés, et un papier moiré rose sur les murs ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela paraissait d'une simplicité misérable à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Estelle, mais Pâquerette trouvait que c'était gai, ce rose et ce blanc, surtout le matin quand les rayons du soleil y pénétraient à travers un léger bouleau qu'on avait ménagé dans le tracé du jardin, et qui jetait des ombres mouvantes sur la tenture rose en face du lit. Avec des nœuds de rubans nichés ça et là, de gracieux bibelots sur tous les meubles, quelques belles gravures simplement entourées d'une bordure en bois doré, des fleurs fraîches dans un cornet de cristal, et un tapis moelleux sous les pieds, la chambre de Pâquerette était certes un joli séjour, qui avait un je ne sais quoi de jeune, de gai, de lumineux, parfaitement en rapport avec l'habitante du logis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw7BYM7t2mI/AAAAAAAAAkA/oceQWUZSzVU/s1600-h/tremisort10.jpeg" title="Pâquerette"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw7BYM7t2mI/AAAAAAAAAkA/oceQWUZSzVU/s320/tremisort10.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120242447899548258" /&gt;&lt;/a&gt;Elle était là, l'habitante, en négligé de matin, son abondante chevelure tordue et fixée sur le sommet de la tête avec une flèche d'argent, ses petits pieds chaussés de pantoufles rouges, et sa taille svelte serrée par une cordelière qui réunissait autour d'elle les plis d'un peignoir de léger lainage blanc. Tout à l'heure, elle s'habillerait ; sa toilette était là, étalée sur son lit, une fraîche robe de mousseline semée de boutons de roses, qu'elle avait choisie pour ce jour-là parce qu'elle lui allait bien, et qu'elle tenait à être aussi jolie que posssible pour ses seize ans. Mais elle avait du temps devant elle ; les bouquets, les compliments, les visites n'arriveraient pas avant l'heure du déjeuner ; et elle mettait la dernière main à la parure de sa chambre, redressant un nœud de ruban ici, un pli de rideau là, essuyant un peu de poussière échappée à l'attention de la domestique, disposant les statuettes et les bibelots de la façon la plus harmonieuse, et préparant des vases pour recevoir les fleurs qui ne manqueraient pas de lui arriver. Parfois elle levait le bras pour atteindre au-dessus de sa tête, et alors sa large manche se retroussait, laissant voir presque entièrement ce joli bras rond, aux contours encore enfantins, pendant que les formes de son corps gracieux se dessinaient sous l'étoffe souple et légère. Elle allait, venait, touchant à tout d'une main adroite et vive, changeant les objets de place, se reculant pour juger de l'effet, et penchant sa petite tête de côté comme un oiseau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Là !&lt;/dialog&gt; se dit-elle, &lt;dialog&gt;voilà qui est bien. Je vais aller faire ma tournée dans le reste de la maison. Je sais bien ce qui va se passer; toute notre société va défiler aujourd'hui, et sous prétexte que c'est à la campagne on arrivera dès midi. J'entends d'ici les curieuses : « Chère Mademoiselle..... cher docteur..... chère petite, que c'est joli ! Peut-on visiter le rez-de-chaussée ! Quelle belle cuisine vous avez ! Oh ! Qu'est-ce que c'est que cette grande pièce nue ? quel beau salon on y aurait fait ! et c'est pour vos pauvres ? Vous êtes vraiment les anges de la Charité !... Est-il permis de monter au premier ?.... Vous nous montrerez bien votre chambre, chère enfant ?.... et ainsi de suite : il faudra qu'elles aillent partout, et si ce n'était pas bien rangé, que de critiques ! Ce n'est pas que j'en fasse grand cas, des critiques : pourvu que notre maison nous plaise ! mais on a son amour-propre..... Pourvu que les gens ne s'échelonnent pas trop, et qu'il ne nous faille pas recommencer cinquante fois la tournée du propriétaire !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A partir de deux heures, je veux qu'on danse, moi ! ce sera la première fois que je danserai sérieusement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu danseras sérieusement ? »&lt;/dialog&gt; dit en entrant le docteur, qui passait devant la porte ouverte. Pâquerette avait fini par se parler tout haut. Elle posa sur un meuble son délicat petit plumeau et courut se jeter dans les bras de son père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Embrasse-moi double, pour mes seize ans, cher papa bien-aimé, »&lt;/dialog&gt; dit-elle en se haussant sur la pointe des pieds pour atteindre à la hauteur de son baiser. &lt;dialog&gt;« Vois comme il fait beau ! Je suis gaie, je suis heureuse aujourd'hui, comme je n'ai jamais été : c'est comme si j'avais des ailes. Il me semble qu'il y a de la joie dans l'air ! Peut-être, que c'est parce que j'ai seize ans ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Auribel, ému, la serra contre son cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui, ma chérie, il y a de la joie dans l'air quand tu es là : tu la portes avec toi. Qu'elle t'accompagne toujours, jeune et vieille, c'est le souhait de ton père pour tes seize ans. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II se tut un moment, caressant de la main les beaux cheveux noirs dont les lourdes mèches ondulées échappaient à la flèche d'argent. Il pensait a tous les nuages qui viendraient voiler la joie rayonnante de cette jeune vie, mais il ne lui fit point de prédictions attristantes : à quoi bon ? Et puis, Monique et lui, avec leur tendresse vigilante, ne viendraient-ils pas à bout d'écarter les épines de son chemin ? Ils lui feraient une jeunesse heureuse, comme avait été son enfance ; ils n'étaient pas vieux, ils pouvaient espérer que quand ils quitteraient ce monde, ils la laisseraient au bras d'un mari digne d'elle, heureuse femme et heureuse mère... et le docteur sourit à l'avenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Viens-tu, papa ? »&lt;/dialog&gt; dit Pâquerette en se dégageant de ses bras. &lt;dialog&gt;« J'ai encore beaucoup de choses à faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— En attendant que tu danses sérieusement ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu te moques de moi, ce n'est pas bien, pour mon jour de naissance. Je veux dire que jusqu'à présent, je n'ai dansé qu'à des matinées d'enfants, avec des lycéens : ce n'était pas sérieux. Aujourd'hui, nous aurons de grands messieurs, et ils seront bien obligés de m'inviter, puisque c'est chez moi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et parce que tu es une belle demoiselle, et grande !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh! belle, je ne sais pas, et grande, pas trop !&lt;/dialog&gt; répondit la jeune fille en sautillant sur les marches de l'escalier qu'elle descendait avec son père. &lt;dialog&gt;Ça m'ennuie même un peu, de rester si petite : mais je pourrai grandir encore, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Certainement ! Et puis, quand tu ne grandirais plus, tu n'as pas besoin d'une taille de tambour-major. Ta mère était petite, et je t'assure qu'elle était beaucoup plus jolie que Monique. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;E'enfant éclata de rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pauvre tante Monique ! elle est si bonne ! on ne pense pas à sa figure. Mais c'est égal, je voudrais bien être un peu plus jolie qu'elle, tout en étant aussi bonne : il n'y a pas de mal à cela, j'espère.... Ah !... étourdie que je suis ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'arrêta en se frappant le front d'un air navré. &lt;dialog&gt;« Voilà ce que c'est que d'habiter deux maisons, reprit-elle : on oublie toujours dans l'une ce dont on a besoin dans l'autre. J'avais préparé ma musique de danse pour remporter, et je l'ai laissée au dernier moment sur la table de la salle à manger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et comme je l'y ai vue ce matin, et qu'elle ne m'a pas semblée à sa place, je l'ai prise avec moi, et tu la trouveras au bas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh! le bon petit papa, qui répare si gentiment les sottises de sa fille, et sans lui faire de sermon, encore ! Je t'aime de tout mon cœur, et je tâcherai de ne plus rien oublier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ces choses-là arrivent toujours, au commencement d'une installation ; mais Monique a une bonne tête, et elle nous aura bientôt mis au complet, ici comme à Rouen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! papa, tu n'es pas un homme de ménage. Il y a au contraire beaucoup d'objets qu'il faudra transporter à Rouen pour l'hiver, et ici pour l'été ; ils se gâteraient à ne pas servir, avec les insectes en été et la moisissure en hiver. Car nous ne pourrons pas rester ici quand il fera froid, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, mignonne, tu t'y ennuierais; sois tranquille, je te ramènerai au milieu de tes amies et de tes amusements. A ton âge on ne se plaît guère dans la solitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! ce n'est pas cela. Mais ce serait trop pénible pour toi, tant que tu continueras à voir des malades, de faire la navette toute la journée, de Bois-Guillaume à Rouen...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pâquerette !&lt;/dialog&gt; cria d'en bas M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, &lt;dialog&gt;voilà tes fleurs qui arrivent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'y vais, tante, j'y vais ! »&lt;/dialog&gt; Et Pâquerette s'élança au-devant d'un jeune garçon qui venait de s'arrètèr devant la porte avec une brouette de jardinier remplie de fleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! que c'est joli!&lt;/dialog&gt; dit-elle. &lt;dialog&gt;Vois donc, papa! quelle belle jardinière cela ferait ! C'est dommage de la vider : il le faut pourtant. Entrez-moi cela ici, s'il vous plaît: là! bien. J'irai payer demain, et Greffard vous ramènera la brouette. Attendez : voilà des bonbons pour vos petites sœurs — et pour vous aussi, si vous les aimez. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jeune jardinier remercia et partit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Quel bonheur !&lt;/dialog&gt; reprit Pâquerette en frappant dans ses mains, &lt;dialog&gt;je vais avoir de quoi orner toute la maison sans faire de peine à Greffard !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Me diras-tu ce que Greffard vient faire là-dedans ?&lt;/dialog&gt; demanda le docteur, intrigué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— C'est bien simple. Tu comprends, il me faut des fleurs pour décorer les salons, le vestibule, les chambres, tout! J'ai dit hier à Greffard de me cueillir dès ce matin tout ce qu'il trouverait de fleuri. Si tu avais vu sa mine ! j'ai cru qu'il allait pleurer, « Ah ! Mademoiselle, vous n'y pensez pas ! Toute cette compagnie qui va venir ! elle voudra visiter le jardin, bien sûr ! et qu'est-ce qu'on dira de moi si on n'y trouve pas de fleurs ? A mon âge, vous ne voudrez pas me faire aller à l'affront ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II me faisait de la peine, ce pauvre homme ; alors je me suis fait donner l'adresse d'un jardinier qui demeure près d'ici, je lui ai acheté ce que tu vois, et j'ai dit à Greffard de ne rien cueillir du tout. II pourra montrer son jardin dans toute sa gloire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Bonne petite ! »&lt;/dialog&gt; murmura le père; et il resta près d'elle, la contemplant dans son gracieux travail de bouquetière. Elle avait placé sur la grande table de bois blanc, destinée aux repas des pauvres, des potiches, des cornets, des vases et des jardinières de toutes les tailles et de toutes les formes, et elle les garnissait de fleurs et de feuillages, assortissant les couleurs, corrigeant, rajoutant une branche légère ici, une touffe épaisse là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Sont-elles bien, les grandes potiches ? »&lt;/dialog&gt; demanda-t-elle en se retournant vers son père, les mains encore pleines de jasmin. Mais son sourire s'effaça subitement : un étranger, à qui Catherine venait d'ouvrir, se présentait sur le seuil. Le docteur se retourna vivement pour voir ce qui causait l'étonnement de sa fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean ! »&lt;/dialog&gt; s'écria-t-il d'un ton joyeux, en tendant ses deux mains au visiteur. &lt;dialog&gt;« Comment viens-tu nous trouver ici ? depuis quand es-tu en France ? pourquoi ne m'as-tu pas prévenu tout de suite de ton arrivée ? Mon brave Jean ! je suis ravi de te revoir. Ces deux ans ont achevé de faire de toi un homme, et c'est pour le coup que ta mère va être fière de toi. L'as-tu vue ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'ai passé un jour avec elle, et je retournerai bientôt à Saint-Roch : j'ai un congé de trois mois. Mais il me tardait de vous présenter mes respects, et je suis allé tout à l'heure chez vous à Rouen. J'y ai appris que vous fêtiez aujourd'hui le jour de naissance de mademoiselle — il s'inclina devant Pâquerette — en pendant la crémaillère dans votre maison de Bois Guillaume, etjen'ai pas voulu manquer cette fête-là. Je me suis permis d'apporter à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Auribel quelques bibelots exotiques que j'ai laissés dans le vestibule...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Nous allons les voir tout de suite, mon brave Jean. Comment, tu as pensé au jour de naissance de cette petite ! Je n'ai pu te montrer que son portrait, à ta dernière visite, et elle a bien grandi depuis : tu ne l'aurais pas reconnue ? Et toi, Pâquerette, aurais-tu reconnu Jean ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw7A187t2lI/AAAAAAAAAj4/66yKfw3_p-U/s1600-h/tremisort11.jpeg" title="Il souleva la main de Pâquerette du bout des doigts, et y déposa un baiser."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw7A187t2lI/AAAAAAAAAj4/66yKfw3_p-U/s400/tremisort11.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120241859489028690" /&gt;&lt;/a&gt;Ni Jean ni Pâquerette ne répondirent : ils étaient trop occupés à se regarder. Tous deux cherchaient à se reconnaître, Jean retrouvait peu à peu la petite Pâquerette d'autrefois dans cette belle jeune fille qui se tenait devant lui, étonnée et rougissante. C'était bien elle, sa petite Madame des anciens jours, si belle et si avenante, dont toutes les paroles, tous les mouvements le ravissaient d'aise ; et il se sentait revenir au cœur son ancien culte pour elle. Il y avait maintenant dans sa vie toute une période qui disparaissait, qui s'effaçait de sa mémoire : celle où distrait par ses travaux, par ses voyages, par ses préoccupations d'avenir, il n'avait plus songé à Pâquerette que comme à une charmante petite fille dont le gracieux caprice avait décidé de sa destinée. L'autel qu'il lui avait autrefois dressé dans son cœur se retrouvait subitement debout, et elle y trônait, reine absolue et incontestée. Ebloui, il baissa les yeux ; et il entendit le docteur qui disait : &lt;dialog&gt;« Hé bien, vous reconnaissez-vous ? Tu ne donnes pas la main à Jean, Pâquerette ! »&lt;/dialog&gt; Alors il vit une petite main, qui tenait une branche de jasmin fleuri, se tendre vers lui par un geste hésitant et timide. La serrer comme celle d'un camarade lui eut paru une profanation ; il la souleva légèrement du bout des doigts, comme un objet précieux qu'on craint de froisser, et il y déposa un baiser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette devint rouge comme une cerise, et le docteur éclata de rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Peste ! mon garçon, les voyages te profitent !&lt;/dialog&gt; dit-il à Jean. &lt;dialog&gt;C'est du dernier galant, ce que tu fais là ! par quelles douairières as-tu été éduqué depuis qu'on ne t'a vu ? Toutes les dames vont raffoler de toi..... Où vas-tu donc, Pâquerette ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Prévenir tante Monique... elle sera contente de voir M. Jean...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—En même temps, fais mettre son couvert : il nous racontera ses aventures à table. Tu vas nous rester quelques jours, n'est-ce pas, mon garçon ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pardon, Monsieur, je repars ce soir. J'ai eu la chance extraordinaire d'arriver à Brest juste pour une session d'examens : je me suis fait inscrire, et il faut que je me présente après-demain. Si je suis reçu, cela me fera une bonne avance ; sans cela, je peux rester des années sans retrouver l'occasion d'aujourd'hui. Je reviendrai après l'examen, et j'irai ensuite passer le reste de mon congé à Saint-Roch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu y trouveras du changement, à Saint-Roch. Il commence à y venir des baigneurs, et on y a bâti quelques petites maisons qu'on leur loue. Monique et ma fille en louent une pour août et septembre, où elles donnent l'hospitalité à Dangrune ; j'y ai aussi ma chambre, et je vais les retrouver presque tous les dimanches. Nous allons passer de bonnes vacances ensemble. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était bien l'avis de Jean Trémisort, mais ce fut à peine s'il osa le dire : il avait peur d'y mettre trop d'animation, et il se sentait pris tout à coup d'un besoin de dissimulation fort étranger à son caractère.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-6395474311206126420?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/6395474311206126420/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=6395474311206126420' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/6395474311206126420'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/6395474311206126420'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/x-pour-pendre-la-crmaillre-la-chambre.html' title='X.- Pour pendre la crémaillère. — La chambre de Pâquerette. — Pour ne pas faire de peine à Greffard. — Se reconnaissent-ils ?'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw7BYM7t2mI/AAAAAAAAAkA/oceQWUZSzVU/s72-c/tremisort10.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-3122415213328109537</id><published>2007-10-25T10:00:00.000+02:00</published><updated>2007-10-30T12:29:43.943+01:00</updated><title type='text'>IX.- Qui se passe en grande partie à Rouen. — Une photographie. - A quoi pensait Jean sur le pont de l'Albatros.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;J&lt;/span&gt;e ne sais plus comment s'appelait ce sultan qui ne comptait dans sa vie que quatorze jours de bonheur. Je suppose qu'il disait vrai ; en tout cas, comment pourrait-on le contredire ? le bonheur étant une chose essentiellement personnelle, nul ne pouvait en savoir plus long que lui là-dessus. Seulement, il y a là, en vérité, de quoi dégoûter du métier de sultan. Quatorze jours de bonheur ! A moins d'étre affligé d'un de ces caractères grincheux qui ne sont jamais contents de rien, quel est le mortel, fût-il chiffonnier ou mendiant, qui n'en a pas eu davantage ? Jean n'était pas sultan, il n'était que médecin de troisième classe de la marine ; pourtant, à la liste déjà très longue de ses jours heureux, il en ajouta huit cette année-là, les huit qu'il passa auprès de sa mère. Même l'ombre qui projetait le départ prochain sur ce bonheur ne parvenait pas à en atténuer l'éclat. Agathe, tout en jouissant de la présence de son fils, étouffait parfois un soupir en comptant les jours qui lui restaient encore à le voir ; mais lui! Il entrait dans la vie, et il y entrait par la bonne porte. Cet uniforme qu'il portait, il l'avait conquis : il était content de lui. Ne l'accusez pas d'ingratitude : il savait ce qu'il devait aux êtres généreux qui lui avaient tendu la main, et il les payait en reconnaissance, en attendant qu'il trouvât l'occasion de leur être utile. Mais il savait aussi que leurs soins seraient restés infructueux, s'il ne les avait secondés par un travail acharné. Maintenant, à lui l'avenir ! les beaux voyages, la science, les découvertes, le monde tout entier avec les beautés inconnues qu'évoquait son imagination de vingt-deux ans ! Jean avait l'esprit curieux, une santé de fer, et le cœur tranquille, n'ayant jamais eu le loisir d'étre amoureux : il était donc parfaitement en situation de jouir de la vie ; et il comptait bien n'y pas manquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait répondu fort légèrement à sa mère, au sujet de Pâquerette ; c'est qu'en effet Pâquerette n'était plus pour lui, comme il l'avait dit, qu'une charmante petite fille. Et encore, cette qualification se rapportait surtout dans son esprit à la Pâquerette d'autrefois, celle qui lui était apparue en robe blanche sous les pommiers, cherchant à cueillir une brandie d'aubépine. Depuis qu'il était entré au lycée, il lui était venu tant d'autres préoccupations ! Il avait revu Pâquerette aux vacances, il était redevenu son serviteur, son chevalier, comme elle l'avait appelé lorsqu'elle étudiait l'histoire de France ; mais il avait peu à peu perdu les sentiments d'un page, à mesure qu'il devenait un jeune homme, pendant qu'elle entrait dans l'âge ingrat. On connaît cette période plus ou moins longue de la vie des jeunes personnes, pendant laquelle elles sont d'abord brèche-dents, et ont ensuite la mâchoire garnie de dents trop grandes pour leur bouche ; où elles semblent à perpétuité montées sur un tabouret, où elles ont de longs pieds, de longues mains et la ceinture aussi large que les épaules. La dernière fois que Jean avait vu Pâquerette, avant de partir pour l'École de médecine de Brest, elle avait douze ans, et n'était ni mieux ni plus mal que la moyenne des filles de cet âge ; et le jeune homme souriait en lui-même, lorsqu'il pensait que c'était pour se rapprocher d'elle qu'il avait, à treize ans, changé tous ses plans d'avenir et voulu entrer au lycée. Il avait bien d'autres visées, maintenant ! et il ne pensait pas souvent à Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il songeait à elle, pourtant, en parcourant les rues de Rouen pour aller sonner à la porte du docteur. L'&lt;i&gt;Albatros&lt;/i&gt;, où il s'embarquait, allait remporter dans les parages de la Chine, et les chinoiseries n'étaient pas alors aussi communes qu'aujourd'hui ; Jean comptait rapporter quelque joli souvenir à sa petite protectrice. &lt;dialog&gt;« Qu'est-ce qui pourrait bien lui plaire ?&lt;/dialog&gt; se demandait-il. &lt;dialog&gt;Il doit y avoir des joujoux chinois... des poupées ?... elle ne joue peut-être plus à la poupée: elle a quatorze ans... Quatorze ans ! elle a dû changer beaucoup depuis deux ans... est-ce encore une enfant, ou est-ce déjà une jeune fille ? Je saurai cela tout à l'heure, quand je l'aurai vue..... C'est que je ne me connais guère en bibelots pouvant plaire aux jeunes filles, moi ! Bah ! je trouverai toujours quelque chose... et aussi pour M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier. Qu'est-ce que je pourrais donc rapporter à M. Dangrune, et au docteur ?&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'y a rien de plus délicieux, quand on a toujours été pauvre et dépendant, que d'avoir dans sa poche un peu d'argent à soi, gagné par soi, et de s'en servir pour faire des cadeaux. C'était encore un plaisir, dont Jean jouissait pour la première fois de sa vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il arriva à la porte du docteur Auribel, et sonna. Oh ! le tintement de cette sonnette ! le cœur lui en sautait dans la poitrine. Catherine vint ouvrir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Monsieur le docteur n'y est pas... Oh ! monsieur Jean ! »&lt;/dialog&gt; s'écria-t-elle toute saisie, changeant tout à coup le ton qu'elle avait pris pour parler à celui qu'elle croyait être un client ordinaire, et s'effaçant pour le laisser entrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comme vous voilà grand ! comme vous voilà beau !&lt;/dialog&gt; reprit-elle en le contemplant avec admiration. &lt;dialog&gt;Monsieur n'y est pas, mais il rentrera bientôt: voulez-vous l'attendre dans le salon, ou dans son cabinet ? Vous aimerez peut-être mieux le cabinet vous y trouverez tant de livres pour les médecins ! à présent que vous voilà médecin vous aussi. Comme ça se trouve bien ! il y a un poulet rôti pour le dîner, avec une salade de romaine et des petits pois... Je vais bien vite faire une crème renversée, à la vanille et au caramel : vous l'aimiez joliment, autrefois ! C'est M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette qui va être contente de vous revoir ! Elle est devenue bien jolie fille, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette ; vous ne la reconnaîtrez pas. Elle est plus grande que moi, voyez-vous ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean écoutait en souriant le bavardage de la vieille femme, qui restait dans le vestibule, la main sur la porte du cabinet, le regardant avidement et parlant toujours; elle ne pouvait pas se décider à lui ouvrir la porte et à s'en aller. Heureusement que le docteur rentra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son accueil fut tout aussi chaud que celui de Catherine : il y mit des formes plus civilisées, là fut toute la différence. Lui aussi, il se complaisait à revoir Jean : il en avait bien le droit, c'était son œuvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je pensais bien que tu ne tarderais pas à venir me montrer ton uniforme,&lt;/dialog&gt; lui dit-il gaiement. &lt;dialog&gt;As-tu vu Dangrune ? Tu dis que tu as commencé par moi ? Alors tu iras tout à l'heure chez lui, et tu lui diras de venir dîner avec nous. Tu dois en avoir long à nous conter, sur ton temps d'école, et sur tes projets : dans les lettres on ne dit jamais grand'chose. Nous resteras-tu quelques jours, avant d'aller à Saint-Roch ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'en arrive, Monsieur ; j'ai commencé par aller voir ma mère. J'avais un congé si court, que je lui en ai donné d'abord tout ce que je pouvais, et je ne me suis réservé que le temps de venir vous dire adieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Comment, adieu ? Je pensais qu'on te laisserait au moins deux mois pour te refaire ; car la fin de l'année est dure en approchant des examens, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Assez ; mais vous voyez pourtant que je ne me porte pas mal. Il s'est trouvé un poste vacant sur l'&lt;dialog&gt;Albatros&lt;/dialog&gt;, qui part à la fin de cette semaine. On me l'a offert, par grande faveur, sur mes notes d'examen, je ne pouvais pas refuser. D'ailleurs, c'est un beau voyage, très avantageux pour mon instruction et pour mon avancement.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu es ambitieux ; Jean ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, Monsieur, je suis ambitieux, pour moi, d'abord, mais surtout pour ma mère, pour vous, pour tous ceux qui m'ont fait ce que je suis. Je veux qu'on dise : « Allons, ce garçon-là valait la peine qu'on s'occupât de lui ! » Je veux que, quand on vous plaisantera, comme j'ai entendu des imbéciles le faire, sur tel ou tel de vos protégés qui a mal tourné, vous n'ayez qu'à répondre : « Et Jean Trémisort ? » pour fermer la bouche aux gens. Est-ce que cette ambition-là vous déplaît ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur était attendri.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu es un brave garçon, Jean, et nous boirons ce soir à ton avenir, Dangrune et moi. Mais je sais deux personnes qui seront bien contrariées de ton prompt départ: ma fille et ma cousine, qui se faisaient une fête de te revoir et d'aller à Saint-Roch pendant ton congé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Est-ce que je ne les verrai pas, Monsieur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Hélas non, mon ami. Monique avait à faire en Vendée, des réparations urgentes à sa maison, des plantations dans le jardin, des additions au bail de son locataire ; elle est partie jeudi dernier pour quinze jours au moins, et naturellement elle a emmené Pâquerette. C'est en revenant qu'elles comptaient écrire à ta mère de leur louer une maisonnette à Saint-Roch, la vôtre n'étant à présent que juste pour M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Trémisort et pour toi. Cela va leur faire de la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et à moi aussi, Monsieur. Je dois tout à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier ! elle a été une seconde mère pour moi et il me semble que cela m'aurait porté bonheur de la revoir avant de partir. Et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tiens, à défaut d'elle, je peux te montrer son portrait. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le docteur prit sur sa table de travail une photographie encadrée dans du velours bleu, qu'il présenta à Jean en lui disant : &lt;dialog&gt;« La reconnais-tu ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, il ne l'aurait pas reconnue; et pourtant c'était bien elle. En regardant avec les yeux du souvenir, il retrouvait sa petite bouche fine et malicieuse, et l'expression à la fois curieuse et confiante de ses grands yeux. Mais les contours du visage s'étaient arrondis, les joues s'étaient modelées; les beaux cheveux noirs largement ondulés ne flottaient plus comme autrefois, ils étaient relevés et dégageaient la nuque, laissant l'œil suivre les lignes du cou mince et délicat, et la pose fière de la tète un peu relevée et regardant droit devant elle. Telle qu'elle était, avec ses épaules encore un peu étroites et sa poitrine dont les rondeurs s'accusaient à peine sous l'étoffe du corsage, Pâquerette faisait songer à une jeune nymphe. Jean demeura ébloui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Hé bien, qu'en penses-tu ? »&lt;/dialog&gt; demanda le père avec orgueil. Et sans attendre la réponse de Jean, dont l'admiration était visible, il se mit à lui raconter combien l'enfant était bonne, gracieuse pour tous, tendre pour lui et pour la cousine Monique ; et douce, et compatissante pour les pauvres gens ! Elle avait toujours des provisions de petits vêtements tout prêts pour les enfants en haillons que leurs mères amenaient à la consultation du docteur. &lt;dialog&gt;« Tu sais,&lt;/dialog&gt; disait l'excellent homme, &lt;dialog&gt;qu'un médecin en voit défiler, des misères ! il y a de pauvres petits qui sont surtout malades de faim et de froid. Je n'ai qu'à ouvrir la porte de mon cabinet et à crier : « Pâquerette ! » Elle arrive tout de suite ; elle comprend à demi-mot, et en cinq minutes le marmot qui grelottait est habillé chaudement et se régale d'une bonne soupe. Si tu voyais la figure des mères ! et celle de Pâquerette pendant qu'elle les regarde ! C'est Monique qui lui a donné ces idées-là ; mais les pauvres gens aiment encore mieux avoir affaire à elle qu'à Monique. Ah ! mon cher ami, je suis trop heureux d'avoir une enfant pareille. Il me prend parfois des accès de mélancolie, quand je pense qu'un jour il faudra que je la donne, qu'elle s'en ira, avec joie, encore ! et que je resterai seul.... Bah ! n'y songeons pas : c'est encore loin, et je ne la donnerai pas au premier venu... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce portrait fut tout ce que Jean vit de Pâquerette avant de s'embarquer sur l'&lt;dialog&gt;Albatros&lt;/dialog&gt;. Il y pensa souvent, pendant les calmes nuits étoilées où dans ses lentes promenades solitaires sur le pont du navire il repassait dans sa mémoire sa vie si courte et déjà si remplie. Sa vie, sa vraie vie commençait à l'apparition de cette petite fille en robe blanche debout près d'une haie d'aubépine fleurie ; au delà, il ne se rappelait rien de bien net, sa personnalité elle-même se perdait dans le brouillard, et il lui semblait presque que c'était un autre que lui, cet enfant ignorant et insouciant dont les pieds nus avaient foulé douze ans les grèves de Saint-Roch. Puis il revoyait Pâquerette lui posant sa couronne sur la tète et lui donnant un baiser « à la place de sa mère » ; et il souriait et murmurait tout bas : Chère enfant ! La Pâquerette de l'âge ingrat s'effaçait : elle avait peu marqué dans son existence ; et il se prenait à rêver à ce que pouvait être la Pâquerette d'aujourd'hui, et à ce qu'elle serait quand il reviendrait en France.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette préoccupation n'était pourtant pas assez intense pour le troubler dans ses occupations de tous les jours : il la retrouvait avec plaisir à ses moments perdus. On ne peut guère accorder davantage au souvenir d'une fillette de quatorze ans, surtout quand l'idée qu'on se fait d'elle ne s'appuie que sur un portrait. Jean Trémisort voyait tant de merveilles nouvelles ! Il avait jusque-là appris les choses que l'enfance et l'adolescence étudient dans des livres, la plume à la main et les coudes meurtris par un dur pupitre ; maintenant c'était le monde entier, hommes et choses, qui s'offrait à ses investigations, et il était libre de diriger son esprit là où sa curiosité le poussait. Il profita largement de ces deux nouvelles « années d'apprentissage », et revint à Brest, la mémoire remplie d'une ample moisson de souvenirs, et avec la réputation bien établie, tant parmi ses chefs que parmi ses camarades, « d'un garçon qui irait loin ».&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-3122415213328109537?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/3122415213328109537/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=3122415213328109537' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3122415213328109537'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3122415213328109537'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/ix-qui-se-passe-en-grande-partie-rouen.html' title='IX.- Qui se passe en grande partie à Rouen. — Une photographie. - A quoi pensait Jean sur le pont de l&apos;&lt;i&gt;Albatros&lt;/i&gt;.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-1799997902572268084</id><published>2007-10-23T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:53.990+01:00</updated><title type='text'>VIII.- Comment le père Ridoche lisait les lettres de Jean. — L'attente bienheureuse. — Le premier galon. — Sous les pommiers.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;A&lt;/span&gt;ssise sur un banc dans sa cour, à l'ombre d'un pommier, la mère Agathe lisait une lettre de Jean. Oui, elle lisait : l'amour maternel fait de ces miracles. Tant que le vieux curé de Saint-Roch avait vécu, elle n'avâit pas trop souffert de son ignorance ; mais lorsqu'il fut couché derrière son église, dans le frais cimetière où tant de mouches bourdonnent autour des fleurs qui couvrent les tombes, elle n'osa pas aller demander au jeune prêtre qui le remplaça de lui lire les lettres de Jean et d'y répondre pour elle. Il ne connaissait pas son enfant : cela ne l'intéresserait pas, et elle n'oserait pas le prier de recommencer, ni lui dicter une foule de petite choses qui faisaient plaisir à Jean, mais qu'il trouverait sans doute bien niaises... Elle n'alla donc plus au presbytère, et s'adressa au vieux cordonnier Ridoche, qui consentit avec beaucoup de complaisance à lui servir de secrétaire. Mais ce n'était pas tout plaisir, d'accepter les services du père Ridoche. Il avait la manie de se mêler de tout, et de donner son avis quand on ne le lui demandait point. Or, son avis, c'était qu'un fils devait continuer le métier de son père, ou tout au moins ne pas s'élever au-dessus de la condition de ses parents ; de là une foule de réflexions critiques dont il interrompait sa lecture. &lt;dialog&gt;« Hein, hein, hein... &lt;i&gt;ma chère maman, je m'habitue très bien au lycée...&lt;/i&gt; hem, hem... pourquoi diable l'avez-vous mis au lycée ? de mon temps, d'ailleurs, on appelait ça un collège : ils ont la manie de changer les noms des choses, à présent... &lt;i&gt;Le professeur de ma classe est très content de moi, et il me donne des leçons à part, pour que je rattrape les autres, qui savent plus de latin que moi...&lt;/i&gt; Du latin ! qu'est-ce qu'il en fera, je vous le demande ? vous ne voulez pasqu'il soit curé ?... &lt;i&gt;J'ai été premier en histoire naturelle, et ça a vexé Lantourny qui était toujours premier les autres fois ; nous nous sommes battus, et c'est moi qui l'ai mis par terre ; à présent nous sommes très bons amis...&lt;/i&gt; Hem, hem, comptez là-dessus... je connais ça, le baron de Lantourny, il a un château dans le pays de ma femme : il pourra bien faire payer ça à votre fils, par la suite... ces gros messieurs-là ont le bras long, et il ne faut pas qu'on touche à leurs enfants... »&lt;/dialog&gt; Etc., etc. ; la pauvre Agathe revenait toujours la mort dans l'âme de l'échoppe du père Ridoche, quand elle était allée s'y faire lire une lettre de son fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi, la première fois que Jean vint en vacances, après les premières joies du retour, quand elle se fut fait raconter par lui tout ce qu'il n'avait pas pu mettre dans ses lettres, elle lui demanda en baissant la voix, timidement, à lui, son fils ! s'il ne pourrait pas lui apprendre à lire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'ai essayé toute seule,&lt;/dialog&gt; ajouta-t-elle sans oser le regarder, tant elle avait peur de le voir sourire ; &lt;dialog&gt;j'ai essayé, dans le vieux petit livre déchiré que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette a laissé ici l'an passé ; mais je n'ai pas pu. C'est que,vois-tu, c'est si triste d'être obligée de porter tes lettres au père Ridoche, qui trouve à redire à tout ce que tu m'écris... Cela me perce le cœur, ses mauvaises paroles contre toi... j'aimerais presque autant ne pas avoir de tes nouvelles... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une larme chaude tomba des yeux de Jean sur la main de sa mère, pendant qu'il murmurait avec tendresse : &lt;dialog&gt;« Pauvre maman chérie ! oui, je t'apprendrai... moi aussi, cela me gênait de penser qu'un autre que toi lisait mes lettres... Et je t'apprendrai aussi à écrire, pour que tu me répondes ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jeune garçon s'avançait beaucoup ; les doigts d'Agathe étaient trop raides et trop rudes pour apprendre à tenir une plume. Mais elle apprit à lire l'écriture : pour l'imprimé, elle ne s'en souciait pas, puisqu'elle ne voulait que lire les lettres de son fils. Et grâce à l'attention qu'il eut d'écrire pour elle en gros caractères bien formés, Agathe n'eut plus besoin de Ridoche que pour répondre sous sa dictée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et maintenant, assise à l'ombre du pommier, elle relisait la lettre arrivée la veille, la dernière lettre de Jean. Elle relisait tout, l'adresse, les timbres, la date, la signature : « Jean Trémisort ». Cette lettre-là venait de Brest, où Jean faisait ses études pour être médecin de la marine. C'était son goût : il aimait la mer, comme un vrai fils de pêcheur, et il avait pris auprès du docteur Auribel la passion de la médecine. Après de brillantes études, il avait été reçu le premier à l'École de médecine de Brest ; et maintenant il en sortait, heureux et fier d'être un homme, de gagner sa vie et de venir se montrer à sa mère dans son bel&lt;br /&gt;uniforme neuf.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Chère mère,&lt;/dialog&gt; disait-il, &lt;dialog&gt;j'ai un tout petit congé pour venir te voir avant de partir. On m'a offert un embarquement tout de suite, et j'ai accepté : il n'y a pas de place vide tous les jours, et si j'avais laissé celle-ci à un autre, j'aurais pu ensuite attendre longtemps. Je comptais passer deux mois avec toi, et j'en étais si content ! mais, vois-tu, il vaut mieux que je navigue pendant que je suis jeune, et que j'arrive le plus vite possible au grade où je pourrai passer les examens pour être professeur à l'école d'où je viens de sortir. Alors, mère chérie, je ne reprendrai plus la mer, et nous ne nous quitterons plus. Tu viendras demeurer avec moi, tu n'auras plus besoin de travailler, tu tiendras mon ménage, et nous serons heureux... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'arrêta. &lt;dialog&gt;« Oh ! oui, nous serons heureux ! moi, du moins... Mon cher enfant ! il parle de me prendre chez lui... Ridoche m'a-t-il prédit assez souvent qu'il ne voudrait plus seulement me regarder, quand il serait devenu un Monsieur !... il ne sait pas ce que c'est que mon Jean... La lettre m'est arrivée hier ; et lui, c'est aujourd'hui qu'il vient... aujourd'hui ! aujourd'hui ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La voix grêle de la vieille horloge jeta quatre coups dans les airs. Agathe se leva, replia la lettre qu'elle serra dans sa poche. et rentra chez elle pour donner un dernier coup d'œil à la chambre du voyageur. Tout était prêt, bien prêt ; elle devait le savoir, elle s'en était déjà assurée tant de fois ! L'heure approchait : Agathe n'avait plus rien à faire chez elle ; en allant sur la route, elle verrait de loin arriver la voiture... Elle traversa sa cour et alla jusqu'au Calvaire : de là elle dominait les replis de la route blanche et poudreuse. Tout là-bas, ce point noir... on ne le voit plus, il y a une descente à cet endroit-là... Le point noir reparaît, grossit ; il avance, soulevant des nuages de poussière, et on entend tinter des grelots... C'est la diligence, elle approche au grand trot des chevaux, elle s'arrête... Oh ! est-ce Jean qui saute à terre et qui accourt par ici ?... et la mère, aussi émue qu'une jeune fille au retour de son fiancé, s'élança les bras ouverts au-devant du jeune homme. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oh ! quelle joie ! et comment en parler ? A ceux qui ne l'ont pas éprouvée, quelles paroles pourraient en donner idée ? et ceux qui la connaissent la comprendront sans phrases. Au bout d'un instant, Agathe écarta son fils d'elle pour mieux le voir, et tous deux souriaient avec des larmes plein les yeux. C'était bien son Jean, ce bel officier avec du velours à ses manches et un galon d'or à sa casquette: ah! si son père le voyait ainsi ! si grand, si beau, si glorieux ! Pardonnez à son naïf orgueil : pour elle le jeune médecin, entrant à peine dans la carrière, était l'égal des plus grands de ce monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle l'emmena dans leur maison, en passant par les rues pour qu'on la vît au bras de son fils, marchant légèrement, comme soulevée par les ailes de la joie. Les gens du village venaient sur les portes pour les voir passer, et les enfants s'approchaient tout près de Jean, allongeant un doigt indiscret pour toucher son bel uniforme. Jean riait, caressait leur tête ébouriffée, disait : &lt;dialog&gt;« Bonjour, mes enfants : ça va. bien ? »&lt;/dialog&gt; Et eux, tout fiers de ce qu'il leur avait parlé, répondaient : &lt;dialog&gt;« Bonjour, monsieur Jean ! »&lt;/dialog&gt; il y en eut même qui dirent : &lt;dialog&gt;« Bonjour, monsieur Trémisort ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, quand Agathe eut remis en ordre ses belles assiettes à fleurs dans le vaisselier — elle s'était servie pour son fils de ce qu'elle avait de mieux — elle vint s'asseoir auprès de lui sur le banc où elle avait relu sa lettre quelques heures auparavant, le cœur palpitant des douces émotions de l'espérance. Ce n'était plus l'espérance, maintenant : elle le possédait, il était là ! elle le regardait sans rien dire, elle ne pouvait se rassasier de sa vue. Qu'il était beau ! Il avait encore grandi depuis deux ans qu'elle ne l'avait vu ; ou du moins, il paraissait plus grand, parce qu'il était un peu moins mince et se tenait plus droit. Quel air de santé et de force dans tous ses mouvements ! Sa figure n'était plus ronde et rouge comme quand il était petit garçon : on pâlit et on maigrit, dans ces écoles où on étudie toute la journée dans les livres ; mais il avait pourtant de bonnes couleurs; et comme sa légère barbe blonde faisait bien ressortir sa bouche fraîche et ses dents blanches ! Et ses yeux ! toujours si beaux, si grands, si bleus, doux et vifs à la fois, pleins de tendresse en ce moment où il la regardait. Il tenait ses mains, ses mains brunes et rugueuses, dans les siennes si blanches et si douces ; il les serrait, il les caressait, et tout à coup il les porta à ses lèvres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Que fais-tu donc, Jean! mes pauvres vieilles mains ! Si j'étais une jolie jeune demoiselle...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il n'y a pas au monde de dame ni de demoiselle, si jeune et si jolie qu'elle fût, dont j'embrasserais les mains avec autant de tendresse, de respect, de..... oui, de dévotion que les tiennes. Chère mère bienaimée ! ont-elles travaillé pour moi, ces pauvres mains que voilà ! Jamais je ne pourrai te rendre tout ce que tu m'as donné.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Moi ? moi ? Qu'est-ce que je t'ai donc donné, mon enfant ? C'est le docteur, c'est sa cousine, c'est ce bon monsieur Dangrune, qui ont tout fait pour toi. Moi je n'ai rien fait : est-ce que j'aurais su !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Sois tranquille, mère, je n'oublie rien, et j'ai de la reconnaissance pour tous ceux qui m'ont fait ce que je suis. Mais toi, tu t'es sacrifiée pour mon avenir. Tu étais seule, tu n'avais que moi ; on t'a dit : « il faut vous séparer de votre fils, » et tu m'as laissé partir. On t'a dit que bien des fils, lorsqu'ils s'étaient élevés au-dessus de l'état de leurs parents, ne daignaient plus les regarder, et tu as répondu : « Quand cela devrait arriver, j'y consens, pourvu qu'il soit heureux ». Oh ! ne le nie pas, le docteur me l'a dit, pour bien me faire comprendre combien tu m'aimais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Est-ce que ce n'était pas bien naturel ? je n'ai pas d'autre intérêt dans le monde que ton bonheur..... et puis..... je savais bien que cela ne pourrait jamais arriver. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un serrement de main de Jean la remercia d'avoir eu confiance en son cœur. Il reprit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Et l'argent que tu m'envoyais à Brest, pendant mes années d'école ? J'avais beau te dire que je n'en avais pas besoin, tu ne voulais me croire. Moi, je n'osais pas y toucher, à cet argent : il avait dû te coûter tant de privations, tant de travail ! Je te rapporte presque tout : il a fallu m'équiper pour le voyage, sans cela il n'y manquerait pas un centime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais comment faisais-tu ? Jamais tu ne me l'as dit dans tes lettres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ai-je l'air d'un garçon qui s'est laissé dépérir ? Si on n'avait pas de vanité, on n'aurait pas besoin de grand'chose pour vivre ; et comme à l'École nous étions presque tous pauvres, il n'y avait pas de vanité entre nous. Je crois vraiment que c'étaient les riches qui avaient honte, de leurs écus. Tu ris ? c'est vrai, pourtant. Ils prenaient pension à la Tour d'Argent, ou au restaurant de la rue d'Aiguillon ; nous autres, nous avions trouvé une bonne femme qui nous faisait la cuisine. Beaucoup de farine de blé noir, en bouillie et en galettes ; du lait caillé, du fromage blanc, des fraises dans la saison, beaucoup de poisson, des choux, du lard, un peu de viande de temps en temps, et une tasse de café aux jours de fête : n'étions-nous pas bien nourris ? Et quant au logement, j'avais une fenêtre pour prendre l'air, un lit pour dormir, une table pour écrire et une chaise pour m'asseoir : il n'en fallait pas plus, puisque je ne recevais point de visites. Monsieur Dangrune et le docteur m'avaient procuré quelques leçons à donner : on ne me les payait pas cher, mais c'était asssez, puisque je ne faisais pas de dettes ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw5n8s7t2iI/AAAAAAAAAjg/z0h2PFP7b44/s1600-h/tremisort9.jpeg" title="Jean riait, sa mère le regardait avec admiration."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw5n8s7t2iI/AAAAAAAAAjg/z0h2PFP7b44/s400/tremisort9.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120144118918273570" /&gt;&lt;/a&gt;Il riait. Sa mère le regardait avec admiration. Comme il était gai en racontant sa dure vie d'école ! Agathe ne se rendait pas bien compte de ce que pouvait avoir de pénible le travail intellectuel ; cela lui paraissait quelque chose d'énorme, quand elle songeait à l'effort qu'elle avait fait pour apprendre à lire. Et son Jean était si savant, qu'il avait pu donner des leçons ! Dans ses lettres, il ne lui avait jamais donné de détails sur sa manière de vivre ; elle comprenait maintenant qu'il avait craint de l'affliger, car elle entrevoyait que pendant ces deux années il avait dû être mal nourri et logé misérablement. Et il n'avait pas voulu dépenser l'argent qu'elle épargnait pour lui ! Les larmes lui vinrent aux yeux, et elle murmura :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mon pauvre petit ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le « pauvre petit » qui atteignait une taille de cuirassier, la saisit dans ses bras et fit résonner deux baisers sur ses joues hâlées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Allons, mère, ne t'attriste pas, les mauvais jours sont passés. Pas si mauvais, du reste ; je t'assure que j'ai souvent bien ri, et que je n'ai jamais été malade. Le gouvernement me payait, d'ailleurs, pas cher, trois cents francs par an ; mais c'était encore bien joli pour les services que je lui rendais. A présent je suis riche, pense donc, logé, nourri et payé ! J'ai été voir mon bateau avant de partir : un joli bateau, presque neuf, et des chefs tout à fait aimables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tu vas donc vraiment partir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est le métier qui le veut : plus tôt je partirai, plus tôt je reviendrai. Dans deux ans je serai de retour, et j'aurai certainement un congé, que je viendrai passer avec toi. En attendant je t'écrirai souvent ; j'aurai de belles choses à te raconter..... M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier viendra-t-elle à Saint-Roch pendant les vacances ? L'an dernier, pendant qu'elle y était, elle m'a écrit plusieurs fois pour toi, et ce sont les meilleurs lettres que j'aie reçues. Tous les autres secrétaires arrangent ce que tu leur dictes, et font des phrases à leur manière, elle met juste tes paroles : il me semble t'entendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Elle viendra, elle me l'a fait dire. J'espérais que tu te trouverais ici avec elle et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette ; mais tu seras parti !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je passerai par Rouen en te quittant, et je les verrai. Je ne voudrais pas m'embarquer sans avoir dit à M. Auribel, à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier et à M. Dangrune combien je leur suis reconnaissant, et leur avoir promis de leur faire honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et à M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Pâquerette ! C'est elle qui est la cause de tout. Te rappelles-tu qu'elle a dit : « Si nous emmenions Jean ? » Son père n'y pensait pas ; mais il a trouvé l'idée bonne et il t'a emmené.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, c'était une charmante petite fille,&lt;/dialog&gt; dit Jean ; et il parla d'autre chose. Il en avait long à raconter, et sa mère n'était jamais lasse de l'écouter. Ce serait son seul plaisir, quand il serait loin sur la mer, de se redire toutes ses histoires ; les descriptions de Brest, les portraits de ses camarades, les promenades, les aventures, les amusements de cette jeunesse. Elle riait, et il lui semblait qu'elle les connaissait tous ; s'ils fussent venus à Saint-Roch, elle aurait eu de la peine à ne pas les appeler : « Mes enfants ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant la nuit était venue, avec son grand silence et sa sereine obscurité. Tous les bruits du village s'étaient tus, toutes les lumières s'étaient éteintes : les étoiles brillaient d'un pur éclat, et la rosée baignait l'herbe de la cour et le feuillage des pommiers, remplissant l'air d'une fraîcheur parfumée. Agathe se leva. II fallait rentrer ; Jean pourrait s'enrhumer à l'humidite. Elle n'avait pas encore pu se déshabituer de voir en lui un enfant.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-1799997902572268084?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/1799997902572268084/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=1799997902572268084' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1799997902572268084'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/1799997902572268084'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/viii-comment-le-pre-ridoche-lisait-les.html' title='VIII.- Comment le père Ridoche lisait les lettres de Jean. — L&apos;attente bienheureuse. — Le premier galon. — Sous les pommiers.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw5n8s7t2iI/AAAAAAAAAjg/z0h2PFP7b44/s72-c/tremisort9.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8945982358596921456</id><published>2007-10-21T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.200+01:00</updated><title type='text'>VII.- Retour à Saint-Roch — Qu'en fera-t-on ? - Entrée en scène du professeur Dangrune. — Une grande résolution.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;Q&lt;/span&gt;uand la mère Agathe revit son fils après dix mois d'absence, des observateurs peu perspicaces auraient pu croire que c'était là pour elle un événement fort ordinaire, car elle lui parla à peine, et s'occupa tout d'abord de ce qui pouvait être utile ou agréable à ses hôtes. Mais quand elle vit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier affairée à vider ses malles, aidée par Pâquerette pour qui c'était un grand plaisir, elle revint à Jean ; sans rien dire, elle l'entoura de ses bras, alla s'asseoir avec lui sur la pierre du foyer, où elle le tint serré contre son cœur, et couvrit son visage de baisers en fondant en larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'enfant se redressa, et lui jetant ses bras autour du cou, il se mit à pleurer aussi. Cela lui faisait du bien ; toute son amertume, tout son chagrin du jour de la fête se fondaient en attendrissement confiant. Là, sur le cœur de sa mère, il se sentait chez lui, à l'abri de toute humiliation, défendu par son amour contre toute blessure. Il n'avait pas besoin de lui dire de quoi il avait souffert ; à quoi bon lui causer cette peine ? Elle n'existait plus, d'ailleurs, puisque rien que d'être auprès d'elle il se trouvait consolé. Il la laissa donc croire qu'il ne pleurait que de joie, comme elle, et du souvenir de la longue séparation; et quand ils eurent tous deux retrouvé la parole, il en eut long à lui raconter sur sa nouvelle vie. Elle l'écoutait avec passion, le dévorant des yeux. Était-ce bien possible que ce fût son Jean, ce grand garçon qui parlait si bien, qui savait tant de choses, qui rapportait de l'école des livres qu'il avait gagnés, plus dorés et plus beaux que ceux qu'elle avait vus chez monsieur le curé ! Et il n'en était pas plus fier, il embrassait sa mère aussi tendrement que quand il courait nu-pieds sur la grève ! Elle savait bien qu'ils se trompaient, le vieux cordonnier, et Blouville l'ancien maître d'équipage, et la grosse épicière du coin du marché, quand ils lui assuraient que l'instruction menait les fils à mépriser leur mère ! elle n'aurait pour les confondre qu'à leur montrer Jean et ses prix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce temps-là, le docteur, qu'un malade imprévu avait retenu à Rouen, s'occupait de l'avenir de Jean. Il avait questionné tous ses maîtres ; l'enfant montrait surtout une aptitude remarquable pour les sciences, et il avait dû lire et relire vingt fois les petits traités de physique et d'histoire naturelle qu'on lui avait mis entre les mains, car il en savait là-dessus beaucoup plus qu'on n'en avait vu dans les cours du soir. C'était dommage qu'il ne pût pas pousser ses études de ce côté-là....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, c'était dommage..... mais où cela pourrait-il le mener ? Médecin ? professeur ? il faudrait des études complètes, du temps, de l'argent.... le docteur Auribel n'était pas assez riche pour se donner le luxe de faire de Jean un bachelier, un étudiant et le reste. Comment faire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'en allait sur le cours Boieldieu, cherchant une solution au problème, lorsqu'il fut arrêté par une main qui se posa sur son bras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Hé ! docteur, quelle préoccupation avez-vous donc, que vous ne voyez rien ni personne ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur leva la tête, et reconnut le vieux professeur d'histoire naturelle du lycée, le père Dangrune, comme l'appelaient les élèves : un homme dans son genre, toujours à la recherche des « sujets d'élite », comme il disait, pour les aider à trouver leur voie. C'était vraiment une rencontre providentielle ; il lui exposa en détail le cas de Jean Trémisort, et lui demanda conseil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Conseil, mon cher ?&lt;/dialog&gt; dit le professeur. &lt;dialog&gt;Il faut d'abord que j'examine votre bonhomme. Il est à Saint-Roch, dites-vous ? un village au bord de la mer, dans un beau pays ? Y trouve-t-on une auberge proprement tenue, capable d'héberger pendant quelques semaines un honnête homme qui n'est pas difficile ? Oui ? Eh bien, j'irai m'y établir ; j'avais justement envie de faire pendant ces vacances de l'herborisation, de la géologie et autres amusettes à l'usage des pédants. Je prendrai le gamin pour me porter mes boîtes, je le ferai causer, et je vous dirai bientôt au juste ce qu'il vaut. On verra ensuite ce qu'on peut faire pour lui. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Huit jours après, le « père Dangrune » était installé à Saint-Roch ; huit jours après encore, il écrivait à son ami le docteur : &lt;dialog&gt;« Vous pouvez venir, mon cher ami ; le gamin est un « sujet d'élite » et c'est un devoir de lui faire la courte-échelle. Je vous exposerai mon plan, après quoi, si cela vous va, vous parlerez à la mère et à l'enfant. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur partit, et alla droit à l'auberge où logeait Dangrune. Il pleuvait : le professeur était resté dans sa chambre, et il écrivait entouré de gros livres fort usés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ah ! vous voilà ?&lt;/dialog&gt; dit-il. &lt;dialog&gt;Je m'occupais justement de votre protégé ! Tenez, regardez ce que je faisais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quoi, du latin !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui : le petit en aura besoin. Je ne sais pas comment il a fait, mais il en sait déjà plus que bien des élèves de sixième. Seulement, ce sont des lambeaux de latin, avec des trous énormes : il s'agit de coudre tout cela et d'en faire une étoffe qui se tienne. Moi, ce n'est pas mon métier, le latin, et j'ai un peu oublié le mien ; c'est pourquoi j'ai fait venir un De Viris, une grammaire, des dictionnaires ; je repasse les éléments, et je prépare des devoirs....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quel brave homme vous êtes, Dangrune !&lt;/dialog&gt; dit le docteur ému en serrant la main de son ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Et vous donc, Auribel ! il me semble que dans cette affaire ce n'est pas moi qui ai commencé.... Mais écoutez mon plan. Je fais travailler l'enfant pendant toutes les vacances : il ne demande pas mieux. Si vous voyiez cela ! c'est une ardeur pour tout ce qu'on lui enseigne ! et il n'oublie rien. Au mois d'octobre, nous le faisons entrer au lycée, avec une bourse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je vous arrête là : il faut l'obtenir, la bourse !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je m'en charge ; j'ai des amis influents, je les tourmenterai. Ils pourront bien se remuer un peu, si je les en prie : je ne leur ai jamais rien demandé pour moi, que diable !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais vous avez dû leur demander souvent pour d'autres, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je ne dis pas, mais..... enfin, si l'enfant passe un bon examen, et il n'y manquera pas, nous obtiendrons la bourse : j'en fais mon affaire. Nous ne la demanderons pas pour Rouen, parce qu'il n'est pas du département ; nous la demanderons pour Caen ; et lorsqu'il y sera, je me charge de le recommander. Là, c'est entendu : parlez à la mère, et au garçon ensuite. Hé bien ? qu'est-ce qui vous prend ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—Dangrune, mon ami, c'est grave.... Si nous allions jeter dans le monde un déclassé de plus ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il n'y a pas de risque : le petit bonhomme est aussi énergique qu'intelligent. Si à un certain âge il ne donne pas tout ce qu'il promettait, nous arrêterons ses études : avec ce qu'il saura nous trouverons toujours moyen de le caser quelque part. Mais il ira loin : fiez-vous à moi, je m'y connais en enfants, depuis trente ans que je manie des écoliers. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur s'en alla trouver Agathe. En sa qualité de médecin, il avait l'habitude de parler aux gens du peuple et de se faire comprendre d'eux ; mais il s'agissait cette fois de quelque chose de plus compliqué que des prescriptions médicales, et il eut de la peine à expliquer à la mère ce qu'il était question de faire pour son fils. Mais elle l'arrêta bientôt :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« J'ai compris, Monsieur ; oh ! j'ai bien compris..... Mon Jean ira au collège, et il deviendra un savant, un homme distingué... ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et comme ce mot dans sa bouche semblait étonner le docteur, elle reprit:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je veux dire, un homme qui aura des manières polies, qui ne dira que des mots honnêtes, qui ne criera pas, qui ne jurera pas, qui ne boira pas...... Je pense que c'est d'avoir passé plusieurs années à la ville chez des bourgeois qui parlaient doucement, mais je n'ai jamais pu m'habituer aux façons des gens de par ici, et cela me désolait de penser que mon Jean pourrait devenir grossier comme eux...... Je ne sais que dire pour vous remercier, Monsieur, vous et M. Dangrune...... Est-ce qu'il faudra beaucoup d'argcnt pour faire entrer Jean au collège ? J'en ai un peu ; je ne dépense guère, surtout à présent que je suis seule....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Soyez tranquille ; s'il entre au collège, il ne paiera rien, il n'y aura qu'un trousseau à lui donner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et il sera habillé tout en drap, comme étaient les écoliers à Évreux, du temps que j'étais jeune fille ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui..... Mais, ma bonne Agathe, il faut réfléchir à une chose : êtes-vous bien sûre du cœur de Jean ? On en a vu des garçons très intelligents qui devenaient des messieurs haut placés et riches, et qui ne.... se souciaient plus beaucoup de leurs parents..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe rougit et baissa la tête. « Pauvre femme ! » se dit le docteur en regardant ses mains qui tremblaient. Au bout d'un instant, elle se remit et le regarda d'un air assuré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je ne crois pas que mon Jean soit jamais capable de mépriser sa mère,&lt;/dialog&gt; dit-elle d'une voix enrouée par l'émotion. &lt;dialog&gt;Mais quand cela devrait arriver, Monsieur, est-ce que le bon Dieu ne me l'a pas donné pour que je le rende heureux ? Moi, cela ne fait rien..... je veux dire je serai toujours contente, même sans le voir, quand je saurai qu'il est content. S'il devient un savant, je serai si fière d'étre sa mère! Je n'irai pas m'en vanter et crier à tout le monde : c'est mon fils ! j'aurais peur de lui faire tort ; mais c'est dans mon cœur que je serai heureuse !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— En attendant, mère Agathe, c'est lui qui peut être fier d'avoir une mère comme vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais c'est tout simple, Monsieur ! Quand votre petite fille sera grande, est-ce que vous ne la donnerez pas à celui qu'elle aimera, quand même il devrait l'emmener bien loin de vous ? On aime ses enfants pour eux et non pas pour soi. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Du côté de Jean, M. Auribel ne trouva pas plus de difficulté. Au mot de lycée, les yeux de l'enfant étincelèrent, il devint pâle, puis rouge, et balbutia à grand'peine : &lt;dialog&gt;« Oui... oui... Monsieur... merci, Monsieur..... Maman veut bien, Monsieur ? »&lt;/dialog&gt; Et puis tout à coup, une idée lui venant:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mais, Monsieur ? quand est-ce que je pourrai lui gagner sa vie ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le visage du docteur s'épanouit ; il était sûr maintenant que l'enfant avait du cœur. II le rassura, lui expliquant que sa mère pouvait travailler maintenant qu'elle était encore jeune, et qu'elle n'aurait pas de sitôt besoin de son secours. Il avait le temps de s'instruire ; et quand il serait devenu homme, il lui gagnerait bien mieux sa vie que s'il était resté ouvrier jardinier. Le sort qu'il pourrait faire à sa mère dépendait de lui ; plus il apprendrait, plus il pourrait monter haut....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui, je deviendrai un grand homme, un homme célèbre !&lt;/dialog&gt; s'écria l'enfant exalté ; &lt;dialog&gt;on parlera de moi partout, j'aurai la croix, et c'est à elle que je viendrai l'apporter pour qu'elle la mettre à ma boutonnière !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pourquoi pas ?&lt;/dialog&gt; dit le docteur en riant. &lt;dialog&gt;Cela pourra très bien arriver. Travaille, mon ami ; je vais écrire pour demander ta bourse. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean, resté seul, se tâta pour voir si c'était bien lui. C'est qu'en vérité il ne se reconnaissait plus : il se sentait grandir, grandir..... sa tête allait toucher les astres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw09hc7t2hI/AAAAAAAAAjY/NVPpPIiIth0/s1600-h/tremisort8.jpeg" title="Jean gesticulant et menaçant du poing..."&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw09hc7t2hI/AAAAAAAAAjY/NVPpPIiIth0/s320/tremisort8.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119815996301761042" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« Ah !&lt;/dialog&gt; pensait-il, &lt;dialog&gt;ils ont dit : « singulière petite fille... » Je deviendrai un homme célèbre, moi, comme ceux dont on met les histoires dans les livres ; et quand j'entrerai quelque part, on me regardera, on dira : c'est M. Jean Trémisort. Dans ce temps-là, &lt;i&gt;elle&lt;/i&gt; pourra danser avec moi sans qu'on la trouve singulière... je pourrai aller partout où elle ira, et on sera trop heureux de me recevoir... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean avait commencé par penser tout bas, et il avait fini par parier très haut, gesticulant et menaçant du poing les absents qui avaient raillé Pâquerette par mépris pour lui. Une voix l'appela de la grève.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean ! deviens-tu fou ? Allons, futur grand homme, arrive, que je te donne une leçon d'arithmétique. Tu n'as pas le temps à perdre, si tu veux gagner ta croix de la Légion d'honneur. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean s'arrêta court sur le sentier de douanier où il était allé, tout en haut des falaises, pour donner de l'air à sa joie, et il vit au-dessous de lui sur le sable M. Dangrune qui riait : le docteur venait de lui répéter ses paroles. L'enfant chercha des yeux un chemin par où le rejoindre, et sautant, glissant, bondissant sur la descente accidentée, il arriva bientôt en bas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Hé ! doucement, mon ami !&lt;/dialog&gt; lui dit Dangrune. &lt;dialog&gt;Pour devenir un grand homme, il faut commencer par ne pas te casser le cou. Tu es donc content ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! monsieur Dangrune, que vous êtes bon ! et monsieur le docteur, et mademoiselle Ollivier ! Mais vous verrez, je deviendrai quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'y compte bien, mon garçon. Allons travailler. »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8945982358596921456?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8945982358596921456/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8945982358596921456' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8945982358596921456'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8945982358596921456'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/vii-retour-saint-roch-quen-fera-t-on.html' title='VII.- Retour à Saint-Roch — Qu&apos;en fera-t-on ? - Entrée en scène du professeur Dangrune. — Une grande résolution.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw09hc7t2hI/AAAAAAAAAjY/NVPpPIiIth0/s72-c/tremisort8.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8783541112449581117</id><published>2007-10-19T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.443+01:00</updated><title type='text'>VI.- Questions de principes. — Journée glorieuse. —Un baiser. — Le jour de naissance de Pâquerette.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;e docteur Auribel n'était pas du tout de l'avis des Égyptiens, qui voulaient que chaque fils continuât le métier de son père. S'il se fût occupé de politique, il eût sans cesse déposé des projets de loi tendant à agir par voie de sélection parmi la jeunesse française, de façon à mettre chacun à la place que lui assignaient ses talents, sans avoir égard à son origine. S'il ne s'occupait pas de grande politique, il en faisait de petite dans sa sphère, où il appliquait ses principes toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion. Certes, il n'avait de dédain pour aucun métier, si humble qu'il fût ; mais il ne pouvait souffrir qu'un enfant d'une intelligence au-dessus de l'ordinaire n'eût pour avenir que d'être terrassier ou maçon, par la seule raison que son père était pauvre et ne pouvait lui faire faire d'études. L'instruction n'était pas gratuite dans ce temps-là, et le docteur avait aidé de ses deniers plus d'un enfant placé par sa naissance tout en bas de l'échelle à en gravir les degrés. Parfois il avait obligé des ingrats ; parfois il avait vu de ses protégés, dont le cœur n'était pas à la hauteur de l'esprit, rougir de leurs parents en blouse ; il haussait alors les épaules, disait : &lt;dialog&gt;« Tant pis pour eux ! »&lt;/dialog&gt; et recommençait à la première occasion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne manqua donc point d'observer Jean avec une attention minutieuse. Il n'avait pensé d'abord qu'à faire de lui un jardinier : mais s'il était capable de mieux ? Il s'informa aux maîtres qui tenaient l'écoie du soir. L'enfant s'appliquait à tout avec une grande conscience ; il comprenait facilement, il avait de la mémoire, et s'il avait le temps de prolonger ses études, il apprendrait tout ce qu'on voudrait. N'aurait-il pas envie de devenir instituteur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Auribel n'y avait pas pensé ; mais, si c'était le goût de Jean, pourquoi pas ? Il pourrait prendre sa mère chez lui, et il aurait une retraite assurée pour ses vieux jours. Il résolut d'en parler à la mère Agathe, quand il la verrait aux vacances ; car il comptait conduire Pâquerette à Saint-Roch pour passer le mois d'août avec sa cousine et Jean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Jean allait plus vite que lui. A ses moments de loisir, qui ne se composaient guère que de quelques quarts d'heure glanés par-ci par-là, il prenait sa grammaire et son paroissien, et étudiait le latin à sa manière. Le docteur le surprit un jour dans cette occupation, et voulut savoir où il en était ; il le questionna, et lui expliqua différentes choses dont il n'avait pas pu se rendre compte tout seul. Depuis ce jour-là, Jean se trouva souvent avec ses livres sur le chemin du docteur, à qui il disait timidement en rougissant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Monsieur, est-ce que vous voudriez bien ?... »&lt;/dialog&gt; Il n'avait pas besoin de finir sa phrase ; le docteur prenait la grammaire et lui donnait l'explication désirée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la fin de l'année lorsque se firent les distributions de prix, Jean triompha sur toute la ligne. On peut se figurer sa joie et son orgueil, lorsqu'il dut monter sur l'estrade et recevoir des mains augustes de monsieur le maire le prix d'honneur décerné à l'élève des classes du soir « qui s'était le plus distingué dans toutes les facultés ». Il redescendait les marches, son livre et ses lauriers à la main, lorsqu'une petite voix l'appela s'élevant au-dessus de toutes les rumeurs de la salle. &lt;dialog&gt;« Jean ! viens ici, que je te couronne, mon Jean ! »&lt;/dialog&gt; Et le jeune garçon vit Pâquerette, qu'il n'avait point encore aperçue. Elle n'avait pu trouver de place aux premiers rangs, et disparaissait derrière trois grosses femmes endimanchées. Elle avait pris son mal en patience pendant les discours ; mais au nom de Jean, elle n'avait pu y tenir et s'était dressée debout sur sa chaise, malgré les efforts de Monique pour la retenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwv02c7t2fI/AAAAAAAAAjI/SQIVdvmcmSU/s1600-h/tremisort6.jpeg" title="Pâquerette se pencha vivement vers Jean et l'embrassa."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwv02c7t2fI/AAAAAAAAAjI/SQIVdvmcmSU/s400/tremisort6.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119454617753475570" /&gt;&lt;/a&gt;Jean s'élança vers elle; on lui ouvrit un passage, et il se trouva devant Pâquerette radieuse. Elle lui prit des mains sa couronne et la lui posa sur la tête; puis, après un arrêt imperceptible, l'idée lui venant qu'il manquait quelque chose à la cérémonie, elle se pencha vivement vers lui et l'embrassa.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pâquerette ! »&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique un peu scandalisée, mais sans pouvoir s'empêcher de rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Eh bien !&lt;/dialog&gt; répondit la petite fille sans se troubler, &lt;dialog&gt;est-ce qu'on n'embrasse pas toujours les enfants qu'on couronne ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Sa maman n'est pas là: pauvre Jean  c'est moi qui la remplace. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier rit tout à fait, à cette prétention de Pâquerette de servir de mère à Jean ; et le jeune garçon retourna sur I'estrade, où son nom venait d'être proclamé de nouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il le fut autant de fois qu'il était possible de l'étre, et revint à la maison pliant sous le fardeau de ses livres. Pâquerette avait voulu lui porter ses couronnes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'en faisait pas grand cas, des couronnes : c'était un symbole, et Jean n'était pas fort sur le symbolisme : mais les livres ! de si beaux livres, si dorés, si bien reliés ! qu'il devait donc y avoir de belles choses là dedans !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il aurait du temps pour les lire, à Saint-Roch où il allait retourner pour deux mois : quelles bonnes vacances ! Et sa mère, serait-elle heureuse !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, plus que les livres et les vacances, un souvenir l'occupait, qui le faisait frissonner d'aise et d'orgueil. Pâquerette l'avait embrassé ! là, devant tout le monde, lui, son domestique, un enfant nourri par la charité de son père ! Il sentait encore sur son visage l'impression de ce baiser. Jamais il n'aurait osé espérer une chose pareille : il était content de la voir, de la servir, il l'admirait, il aurait voulu qu'elle lui commandât des choses difficiles, pénibles même, pour avoir la joie de l'entendre dire : &lt;dialog&gt;« Merci, Jean. Comme il s'est donné de la peine pour moi, ce bon Jean ! »&lt;/dialog&gt; Mais ce baiser ! il n'osait pas toucher à sa joue, de peur d'en effacer la trace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son bonheur ne l'empécha pas, en rentrant à la maison, de reprendre son service, quoique Catherine, saisie pour lui d'un respect involontaire, osât à peine l'envoyer balayer la cour et casser du charbon, et que Greffard, qui l'avait rencontré dans sa gloire, lui eût tiré son chapeau en l'appelant « monsieur Jean » Pâquerette l'avait remarqué, et cela l'avait beaucoup fait rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le docteur n'en rit pas, lorsque Monique le lui raconta le soir après le coucher de Pâquerette. Il resta un moment silencieux et grave, presque soucieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui,&lt;/dialog&gt; dit-il enfin, &lt;dialog&gt;monsieur Jean.... c'est le titre qui lui convient : il l'a gagné. Cet enfant n'est pas un enfant ordinaire : en un an, faire ce qu'il a fait, cela ne s'est jamais vu. Je me demande si nous avons bien le droit de continuer à en faire un domestique, et si notre devoir n'est pas de l'aider à employer les rares facultés qu'il a reçues de Dieu.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais certainement, mon cher ami, vous avez bien raison. Je vais chercher quelqu'un pour aider Catherine et il pourra aller à l'école le jour, quand il ne sera pas occupé avec Greffard. A moins que vous ne pensiez plus au jardinage pour lui ? Cependant il pourrait s'y faire une situation très honorable..... quand je dis honorable, vous me comprenez, n'est-ce pas ? il pourrait être honorable tout en restant garçon jardinier ; mais je veux dire que s'il était à la tête d'un grand établissement, comme par exemple M. Lépine, le directeur du jardin botanique.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Peut-être : il faut que je l'examine de plus près, que je me rende bien compte de ses aptitudes et de ses goûts. Ensuite je consulterai sa mère, qui n'a peut-être pas envie de le voir s'élever trop au-dessus d'elle. Je vous accompagnerai à Saint-Roch. Si vous êtes prêtes, Pâquerette et vous, nous partirons la semaine prochaine, sitôt après la fête que nous lui avons promise pour son jour de naissance. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Combien on se doute peu, en ce monde, des conséquences que peuvent avoir les moindres choses! Cette fête du jour de naissance revenait tous les ans, se modifiant seulement un peu selon l'âge de Pâquerette. Au goûter de crèmes, de fruits et de gâteaux, à la lanterne magique et aux rondes cliantées dont les petites voix des invités répétaient le refrain, la fillette avait voulu cette année-là, pour ses sept ans — l'âge de raison — ajouter la danse au piano, comme les grandes demoiselles. On pouvait bien changer le programme: la tradition était interrompue, puisque l'année précédente, Pâquerette étant à Saint-Roch, son jour de naissance n'avait été fêté que par une promenade à âne et un déjeuner sur l'herbe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour arriva: M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique avait repassé toutes les polkas de son répertoire ; on devait même essayer des quadrilles ; et quatre couples ambitieux avaient, disait-on, étudié en cachette les Lanciers. Jean, paré de son costume de la distribution des prix, ouvrait la porte et introduisait les visiteurs, en attendant qu'il portât les plateaux. Tout ce remue-ménage lui plaisait, mais il n'avait d'yeux que pour Pâquerette, vêtue de blanc avec des rubans roses, voltigeant comme un oiseau d'un bout à l'autre du salon, et répétant joyeusement : &lt;dialog&gt;« J'ai sept ans aujourd'hui ! Comme nous allons nous amuser ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu'à la danse, Jean s'amusa beaucoup lui aussi. Il regardait les petites filles qui arrivaient, dressant leur tête bien pomponnée et donnant de la main un petit coup à leur jupe pour la renvoyer en arrière, avec des façons de petites dames : il n'en trouvait aucune aussi jolie que Pâquerette, et il en était fier. Pourquoi pas ? La vieille Catherine en était bien fière aussi ! Debout derrière les rangs des spectateurs assis, il vit la lanterne magique, qui lui parut un bien beau spectacle ; et il ne trouva rien de déplaisant à circuler dans les salons avec un plateau pour offrir des verres de sirop ou récolter les verres vides. Mais M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique s'assit devant le piano, et joua la première reprise d'une polka : les petits garçons se précipitèrent vers les danseuses. Pâquerette, comme de juste, était fort entourée ; mais elle écarta les importuns, et cria de sa petite voix claire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean ! où est Jean ? je veux danser avec Jean ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique s'arrêta subitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Cela ne se peut pas, ma petite...... Jean ne sait pas danser..... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette raison, que son excellent cœur lui dictait pour épargner une humiliation au petit paysan, n'eut aucun succès auprès de Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tout le monde sait danser,&lt;/dialog&gt; reprit l'enfant terrible ; &lt;dialog&gt;il n'y a pas besoin de savoir pour danser la polka. Je veux danser la première avec Jean : il a eu tous les prix à son école, savez-vous ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se tournait vers ses invités, en secouant sa tête mutine d'un air de défi ; car il lui semblait comprendre que son projet n'était pas bien accueilli. Ce n'était point une raison pour qu'elle y renonçât. Avisant Jean, qui revenait à ce moment de la cuisine où il était allé faire quelque commission, elle courut à lui, le saisit, l'entraîna et l'emmena jusqu'au milieu du salon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw08N87t2gI/AAAAAAAAAjQ/9D1lHqdlV2Q/s1600-h/tremisort7.jpeg" title="« Tu vas danser avec moi, » dit-elle à Jean ahuri."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rw08N87t2gI/AAAAAAAAAjQ/9D1lHqdlV2Q/s400/tremisort7.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119814561782684162" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« Tu vas danser avec moi,&lt;/dialog&gt; dit-elle au jeune garçon ahuri, &lt;dialog&gt;parce que tu as eu tous les prix. II y en a là qui n'ont pas eu de prix du tout, à leur lycée ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lui désignait, d'un geste dédaigneux, quelques-uns des jeunes messieurs qui l'assiégeaient tout à l'heure, et qui ricanaient en les regardant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Allons, tante, joue ! »&lt;/dialog&gt; reprit l'enfant gâtée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique obéit ; elle ne se sentait pas le courage de remettre Jean à sa place : ce n'était pas lui qui avait demandé à en sortir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La polka a pénétré partout, et Jean l'avait dansé bien des fois à la fête de Saint-Roch et à celles des villages voisins. Il ne fut donc point embarrassé, et dans la mêlée qui s'en suivit, le couple qui se tira le mieux d'affaire fut certainement celui qu'il formait avec la fille du docteur. Quand la polka fut finie, Jean regarda comment s'y prenaient les autres danseurs ; et il conduisit Pâquerette à une chaise où il la laissa en lui faisant un salut qui n'était vraiment pas trop emprunté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Bravo, Jean !&lt;/dialog&gt; s'écria la petite fille en battant des mains. &lt;dialog&gt;Tu danses très bien, et tu salues comme un vrai monsieur ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hélas ! comme l'innocence peut blesser avec un mot, sans le vouloir ! Le naïf compliment de Pâquerette avait percé le cœur de Jean. Il saluait comme un vrai monsieur..... Cette ressemblance même établissait qu'il n'en était pas un.... pas plus pour elle que pour tous ces enfants qui le regardaient d'un air méprisant ou au moins étonné. Et pendant qu'il s'échappait avec quelque peine, car personne ne se dérangeait pour lui et il n'osait pas demander qu'on le laissât passer, il entendit des lambeaux de phrases qui augmentèrent sa souffrance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Quelle singulière petite fille !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, la vraie fille de son père..... avec ses théories humanitaires.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Le cousin et la cousine doivent s'entendre : M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier a l'air de trouver cela tout simple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est trop fort ! on savait bien que cette bonne demoiselle remplissait sa maison de mendiants à qui elle donnait la pâtée et apprenait leur catéchisme ; mais voilà qu'elle les fait danser avec nos enfants, a présent !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il faut espérer qu'il n'osera pas inviter nos filles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! elles ne l'accepteront pas : il n'y a pas de risque !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mon fils ne lui fera pas vis-à-vis, certainement !&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean avait fini par arriver dans l'antichambre. Il ne s'y arrêta pas et se réfugia dans la petite cour, où il se mit à tirer de l'eau du puits pour faire quelque chose. Pourquoi donc était-il si malheureux ? Il le savait depuis longtemps, qu'il n'était pas un monsieur, ni vrai, ni faux ; mais il n'avait pas encore réfléchi à ces choses-là.... Maintenant il comprenait, il voyait clairement l'avenir. Pâquerette l'avait fait danser avec elle : un caprice, une idée folle qui lui était venue ; mais cela n'arriverait plus jamais. Toute sa vie, elle danserait avec les petits messieurs qui étaient là, qu'elle retrouverait partout où elle irait, quand ils auraient grandi, pendant que lui...... Mendiant ! on avait dit mendiant ! Les menteurs ! il n'avait jamais mendié ; il faisait tout ce qu'il pouvait, suivant ses forces, pour payer les bienfaits du docteur, qui ne les lui reprochait pas, lui ! Une douleur inconnue le mordait au cœur, dont il ne démêlait pas bien la cause ; il s'en indignait en lui-même, car enfin, il le sentait, il n'avait pas le droit de se plaindre ni de s'affliger pour cela..... Pourquoi donc souffrait-il tant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une voix bienveillante l'appela, et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique parut à la porte de la petite cour, une corbeille à la main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean, mon enfant, allez donc, je vous prie, à Bois-Guillaume demander à Greffard s'il peut encore nous trouver quelques fleurs dans le jardin : on craint de manquer de petits bouquets. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean prit la corbeille et partit, l'esprit un peu allégé : il était content de s'éloigner de la fête. Il ne se doutait pas que cette commission n'était qu'un prétexte inventé par la bonté de la vieille demoiselle pour lui épargner l'ennui de rentrer dans le salon. Son pauvre cœur s'apaisa un peu pendant la longue course, et il était calme lorsqu'il revint rue Jeanne-Darc avec ses fleurs. La fête était finie, et il rencontra dans le vestibule M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, Pâquerette et le docteur qui reconduisaient les derniers invités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ah ! mon pauvre Jean, vous voilà !&lt;/dialog&gt; dit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique. &lt;dialog&gt;On a eu assez de bouquets ; je suis fâchée de vous avoir fait tant courir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pauvre Jean, comme il a chaud ! »&lt;/dialog&gt; ajouta Pâquerette, et elle étendit la main pour lui essuyer le front avec son petit mouchoir brodé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Jean ne fit pas mine de s'en apercevoir, et il s'en alla se débarrasser de sa corbeille de fleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux jours après, toute la famille partit pour Saint-Roch.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8783541112449581117?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8783541112449581117/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8783541112449581117' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8783541112449581117'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8783541112449581117'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/vi-questions-de-principes-journe.html' title='VI.- Questions de principes. — Journée glorieuse. —Un baiser. — Le jour de naissance de Pâquerette.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwv02c7t2fI/AAAAAAAAAjI/SQIVdvmcmSU/s72-c/tremisort6.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-3872057266908484900</id><published>2007-10-17T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.537+01:00</updated><title type='text'>V.- Où la mère Agathe resta seule. — Conversation avec Pelote. — Nouvelles de Jean. — Page et châtelaine. — Où l'élève dépasse son maître.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;es pommiers étaient en fleur lorsque Pâquerette était arrivée à Saint-Roch ; et lorsque le docteur la rappela ; on ne voyait dans la campagne que paysans occupés à gauler leurs pommes. Le dernier acte de Jean Trémisort fut d'aider sa mère à la cueillette des siennes : le lendemain il partait, non sans avoir pleuré en lui disant adieu ; moins triste qu'elle pourtant, qui restait seule dans sa maison pleine de souvenirs. Elle y avait été si heureuse entre son mari et son enfant ! Le mari était mort, l'enfant était parti : pauvre femme, pauvre mère ! Quand elle eut vu disparaître la voiture qui emportait Jean, qu'elle n'entendit plus le tintement de ses grelots et que le nuage de poussière soulevé par ses roues se fut dissipé, elle s'en retourna lentement, marchant d'un pas raide comme un automate jusqu'à sa maison muette. Devant sa porte, elle s'arrêta, n'osant pas entrer...... il le fallait bien, pourtant! Elle avait de l'ouvrage ; la maison avait besoin d'être remise en ordre... Elle entra : les tasses du déjeuner étaient encore là, sur la table, et les chaises de travers, comme si on venait de les déranger en se levant ; Jean avait laissé sur la pierre du foyer l'écuelle où il avait mangé sa soupe, et le chat la léchait consciencieusement sans s'occuper du départ de son maître. Quand il eut fini, il vint vers Agathe en dressant la queue, avec un miaou interrogatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« II est parti, mon pauvre Pelote ! »&lt;/dialog&gt; murmura-t-elle, comme si le chat lui eût demandé compte de Jean ; et elle fondit en larmes. Pelote n'avait probablement songé qu'à lui faire remarquer qu'il n'y avait plus rien dans l'écuelle ; mais, comme elle s'était laissée tomber assise à la place où était Jean tout à l'heure, il sauta sur ses genoux et se mit à se frotter contre elle en ronronnant. Quand on a beaucoup de chagrin, la moindre marque de sympathie vous fait du bien, vint-elle d'un chat  Agathe trouva quelque douceur à caresser la tête de Pelote et à pleurer sur sa fourrure noire tachetée de jaune. Et elle lui répétait, parce qu'elle avait besoin de s'adresser à un être vivant, même incapable de lui répondre : &lt;dialog&gt;« C'est pour son bien, mon pauvre chat ! c'est pour qu'il ne soit pas marin, pour que la mer ne me le prenne pas comme son père ! c'est pour qu'il devienne savant, pour qu'il ait un bon métier, pour qu'il soit heureux ! Il reviendra nous voir, mon bon Pelote ; et nous allons tâcher de gagner de l'argent, pour qu'il ait de quoi s'établir et devenir patron, quand il saura son métier. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se leva, s'essuya les yeux et se mit courageusement au travail. Elle rétablit la « chambre de Germain » telle qu'elle était avant l'arrivée de Pâquerette ; elle nettoya et raccommoda tous les vêtements de Jean, pour qu'il pût les mettre quand il viendrait, afin de ne pas user ses beaux habits de la ville. Le docteur s'était chargé de l'habiller comme il convenait à sa condition, et dans la pensée d'Agathe, ces nouveaux vêtements seraient nécessairement de &lt;i&gt;beaux habits&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il viendrait ! Cette future visite de Jean, qui était à peine parti, occupait déjà l'âme tout entière d'Agathe. Le présent ne comptait pas ; elle travaillait, parce qu'il fallait travailler, elle vivait parce qu'il fallait vivre, mais sa vie et son travail ne l'intéressaient guère. Pendant que ses mains agissaient, ce jour-là, le lendemain, tous les jours qui suivirent, son rêve allait en avant, et la transportait au jour bienheureux où Jean viendrait la voir. Elle serait prévenue : son bonheur commencerait dès ce moment-là ; et des tableaux enchantés se déroulaient devant elle. Les délices de l'attente, croissant à mesure que l'heure marchait et lui faisant battre le cœur jusqu'à ce qu'il semblât près de se briser ; l'arrivée ; la vue de son fils, le son de sa voix, son premier baiser ; ce qu'elle lui dirait, ce qu'ils feraient ensemble..... et là son imagination se donnait carrière et inventait chaque jour de nouveaux détails. Ce cher rêve était sa seule compagnie ; elle n'avait jamais recherché la société des commères qu'on voit le soir sur les portes, laissant reposer leur tricot pour bavarder plus à l'aise sur le compte de leur prochain, mais à présent elle les fuyait, et ne se joignait plus jamais à elles ; elle préférait penser au retour de Jean. Cela ne lui faisait pas d'amies dans le village ; on disait en lui jetant des regards de côté : &lt;dialog&gt;« Cette mère Agathe est-elle fière ! elle est plus flère que jamais, depuis que son garçon est allé demeurer à la ville ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le facteur rural, qui n'avait pas souvent de lettres à distribuer à Saint-Roch, en apporta tous les mois une à l'adresse de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; veuve Trémisort. C'était M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier qui donnait à Agathe des nouvelles de son fils. Tenir entre ses mains ce papier qui venait de la maison où vivait Jean, c'était déjà du bonheur pour la mère Agathe. Mais que contenait-elle, cette lettre ? l'enfant n'était-il point malade ? n'aurait-il point mécontenté ses maîtres ? ne lui était-il rien arrivé de fâcheux ? Dans une lettre, il peut y avoir tout aussi bien du malheur que du bonheur ; et la mère Agathe enviait les gens qui peuvent s'en instruire tout de suite. Elle, qui ne savait pas lire, il fallait que monsieur le curé voulût bien la faire profiter de sa science, et lui apprendre ce que la lettre disait de son garçon. Certes, il comprenait son impatience et se dérangeait même de son café, qu'il aimait pourtant à prendre en paix sous sa tonnelle, pour lui donner plus vite les nouvelles qu'elle attendait. Mais elle n'osait pas l'importuner et venir avant l'heure où elle le savait libre ; parfois aussi elle ne le trouvait pas chez lui, il avait été appelé au loin pour un malade, et la pauvre Agathe restait des heures à tourner et retourner cette lettre qui lui brûlait les doigts, et qui dans ces cas-là lui semblait une messagère de malheur. Oh ! pour quiconque vit loin de ceux qu'il aime, quelle triste chose de ne savoir pas lire !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt_Ys7t2eI/AAAAAAAAAjA/H6J_8BC0-L8/s1600-h/tremisort5.jpeg" title="Pendant que le curé lisait, la mère Agathe restait immobile."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt_Ys7t2eI/AAAAAAAAAjA/H6J_8BC0-L8/s400/tremisort5.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119325463791917538" /&gt;&lt;/a&gt;Pendant que le curé lisait, elle restait immobile, l'écoutant avec une attention ardente, pour comprendre et pour retenir ces mots qui passaient et dont tout à l'heure il ne resterait plus rien. Les retenir ! ce serait sa joie, de se les redire en travaillant; mais c'était bien difficile de n'en rien oublier. Le bon prêtre voyait son inquiétude, souriait. &lt;dialog&gt;« Avez-vous bien compris tout, mère Agathe ? voulez-vous que je recommence ? — Oh ! oui, s'il vous plaît, monsieur le curé ! »&lt;/dialog&gt; II recommençait, lentement ; et cette fois, quand il avait fini, Agathe pouvait s'en aller satisfaite : elle savait la lettre par cœur, et elle la serrait dans un tiroir avec ses économies : elle mettait tous ses trésors ensemble. Peut-être, un jour, rencontrerait-elle quelque personne charitable qui voudrait bien les lui relire : elle n'aurait pas osé le demander au curé, c'était bien assez de l'en importuner une fois ; mais il y a dans le monde beaucoup de gens qui savent lire, et un bon hasard pouvait rapprocher un de ceux-là de la mère Agathe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces lettres, comme on peut croire, ce n'était pas Jean qui les écrivait ; son instruction n'allait pas si vite. Il était parti de Saint-Roch, sachant lire couramment, beaucoup mieux que Pâquerette, et copiant très convenablement un modèle d'écriture ; mais de là à écrire une lettre, il y a loin, et c'était M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique Ollivier qui tenait la mère au courant de l'existence du fils. Jean était un bon garçon, on n'avait pas un seul reproche à lui faire ; il s'était tout de suite fait prendre en gré par la vieille cuisinière Catherine, qui n'avait jamais voulu d'aide jusqu'à présent, ne trouvant bien fait que ce qu'elle faisait elle-même. Jean lui sciait son bois, juste à la longueur qu'elle aimait, il lui portait de l'eau sans en répandre et du charbon sans en laisser tomber une parcelle ; il devinait ses désirs et ne lui laissait pas le temps de demander ; il était sans pareil pour faire les commissions sans rester en route; enfin, Catherine répétait sans cesse que monsieur avait eu une fameuse idée de prendre ce petit-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jardinier chantait aussi les louanges de Jean. Jamais il n'avait vu un enfant de la campagne s'y connaître en plantes comme celui-là ; c'était dans sa nature, et il était sûrement né pour être jardinier. Avec cela, adroit de ses mains, et vif! et une mémoire! il n'y avait pas besoin de lui montrer deux fois une chose. A la classe du soir, où il allait tous les jours, l'instituteur était très content de lui, et assurait qu'il ne lui faudrait pas plus de deux ans pour obtenir son certificat d'études, qui l'aiderait beaucoup à se placer comme ouvrier jardinier. Il se portait bien, et il faisait dire à sa mère qu'il pensait sans cesse à elle et travaillait de tout son cour pour lui faire plaisir maintenant et lui gagner sa vie par la suite, le plus tôt possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était là le refrain des lettres de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, refrain dicté par Jean, sinon dans la forme, du moins quant au fond. L'enfant disait vrai ; c'était surtout à sa mère qu'il pensait, c'était pour elle qu'il travaillait. Parfois, en songeant qu'il était loin d'elle et qu'il se passerait de longs mois avant qu'il la revît, il sentait des larmes lui monter aux yeux ; alors le séjour de cette ville aux hautes maisons lui semblait étouffant, et il était saisi par la nostalgie de la mer et du village natal..... Et pourtant, si on lui avait offert, aux moments où son cœur était le plus serré par le regret de le transporter à Saint-Roch, il aurait refusé : il eût fallu quitter Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les enfants ont naturellement l'amour du beau, comme ils ont l'horreur de ce qui est laid. Ils ne sont pas connaisseurs, et il arrive à leur goût de se tromper ; mais il faut les juger sur leurs intentions. Dites-leur un conte, il faudra toujours que la princesse ou la fée soit « belle comme le jour », tandis que le méchant enchanteur ou le tyran féroce sera aussi laid de corps que de visage. Les poètes ont laissé à Satan foudroyé un reste de sa beauté première: des enfants ne l'auraient pas fait. Pour eux, Satan est hideux ; les esprits du ciel seuls sont beaux, et ils se plaisent à les rêver brillants comme la lumière, avec leurs robes blanches, leurs grandes ailes et leur chevelure d'or. Au petit Jean, élevé au village, qui n'avait jamais vu que de petites paysannes rougeaudes, mal peignées et peu débarbouillées, Pâquerette était apparue comme une créature céleste, avec ses grands yeux bleus, et sa figure blanche et délicate, encadrée dans les boucles épaisses de ses cheveux noirs, et il était demeuré comme en extase devant elle. Cette première impression avait subsisté, même quand Pâquerette n'avait plus été pour lui qu'une camarade de jeu. Il avait continué à l'admirer ; elle était devenue fraîche et rose, et il l'avait trouvée encore plus jolie. Tout ce qu'elle faisait était charmant, tout ce qu'elle désirait devait être accompli sur l'heure ; sur un signe de Pâquerette, Jean se serait cru capable de passer par le trou d'une aiguille. Il l'aurait suivie au bout du monde, comme à Rouen ; et tout en désirant revoir sa mère et être réuni à elle, il entendait que ce fût dans le lieu où vivait Pâquerette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite fille ne se rendait pas compte de cette idolâtrie de chien fidèle. Elle avait l'habitude d'être aimée, et tout ce qui l'entourait cherchait à lui complaire : Jean n'était qu'un adorateur de plus, et dans sa coquetterie enfantine, il ne lui était pas désagréable qu'il tournât un peu à l'esclave. Elle sentait que Jean lui appartenait, et elle trouvait que c'était justice : n'était-ce pas elle qui avait eu l'idée de l'emmener à Rouen ? Aussi elle l'aimait comme on aime sa propriété, et elle était fière des éloges qu'on lui donnait. Lui, s'il s'appliquait à les mériter, c'était surtout pour s'entendre dire par cette douce petite voix. &lt;dialog&gt;« Oh ! le brave Jean ! quelle belle page d'écriture il a rapportée de l'école ! »&lt;/dialog&gt; ou bien : &lt;dialog&gt;« Quel joli bouquet ! je suis sûre que c'est Jean qui a bien soigné les fleurs pour les faire pousser ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant que la mère Agathe, seule dans sa maisonnette de Saint-Roch, échafaudait dans l'avenir des rêves de bonheur. Jean, chez le docteur, se trouvait parfaitement heureux. Il s'était fait peu à peu à l'existence de la ville ; sa santé s'était conservée florissante, la vie très active qu'il menait l'ayant préservé de l'anémie, menaçante pour les campagnards qui deviennent citadins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Greffard, le jardinier, un beau parleur qui n'aimait pas beaucoup à se fatiguer, employait volontiers les jeunes forces de Jean à toutes les besognes qu'il ne trouvait pas de son goût. L'enfant ne regimbait pas ; il mettait de l'amour-propre à bien faire son ouvrage. Le travail de la terre lui plaisait ; il avait toujours aimé les fleurs, et avec Pâquerette il avait appris à les aimer encore davantage. Il étonnait souvent Greffard en trouvant de la ressemblance entre une fleur des champs et une de celles que le jardinier nourrissait de terreau et étayait de tuteurs avec des soins paternels. &lt;dialog&gt;« C'est qu'elles sont de la même famille ! »&lt;/dialog&gt; disait-il en se rengorgeant ; et il débitait un certain nombre de noms latins destinés à pénétrer Jean d'admiration pour sa science.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean ne les retenait pas, par bonheur pour lui, car Greffard s'entendait mieux en jardinage qu'en latin. Mais il retint très bien les noms vulgaires, et le docteur, qui venait souvent à son jardin et questionnait le petit garçon sur ses travaux, voyant qu'il prenait goût au métier, lui fit cadeau d'un traité élémentaire de botanique, avec des planches coloriées. Jean le dévora et le sut bientôt par cœur : il pouvait désormais en remontrer à Greffard. Celui-ci n'était pas d'un caractère jaloux ; il admira de bonne foi ce gamin qui en avait appris en six mois plus que lui dans toute sa vie, et il ne manqua de signaler Jean au docteur comme un être extraordinaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'opinion de Greffard ne pouvait pas avoir grande valeur pour le docteur Auribel. Pourtant, il en fit part le soir même à sa cousine, dans le salon où ils s'étaient rendus après dîner pour prendre le café !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Cela ne m'étonne pas&lt;/dialog&gt;, répondit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique ; &lt;dialog&gt;c'est un enfant très intelligent et très curieux, je l'ai bien vu à Saint-Roch lorsque je lui ai appris à lire. Il a appris très vite ; et non seulement il lisait les mots, mais il voulait les comprendre, et il fallait les lui expliquer. Il me faisait des questions sur tout, dans nos promenades, et des questions qui n'étaient jamais sottes. Je me suis dit quelquefois que c'était grand dommage, qu'un enfant aussi bien doué ne fût pas né dans une famille qui pût lui faire faire des études... »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce moment, Jean entra portant les tasses à café sur un plateau. Pâquerette courut à lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Dis donc, Jean, c'est-il vrai que tu sais mieux le jardinage que Greffard ! c'est lui qui l'a dit à papa. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean devint pourpre et faillit laisser tomber son plateau. Le docteur sourit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ce n'est pas tout à fait cela, &lt;/dialog&gt;dit-il ; &lt;dialog&gt;mais il paraît que tu t'es bien servi du livre que je t'ai donné. Cela t'amuse donc, la botanique ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! oui, Monsieur, beaucoup ! Et puis, j'ai reconnu dans le livre une quantité de plantes de &lt;i&gt;chez nous&lt;/i&gt;, ça m'a fait un plaisir ! Quand je retournerai là-bas et que je les reverrai, je saurai au moins à quoi elles servent, et leur vrai nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— En latin ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean soupira.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! le latin !... c'est bien difficile !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Comment, difficile ? tu as donc essayé de l'apprendre tout seul ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean rougit de nouveau, se troubla, balbutia. Il finit par avouer qu'il avait essayé d'apprendre le latin dans le Paroissien que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique lui avait donné depuis qu'il savait lire. Le latin s'y trouvait en regard de la traduction française ; en comparant les deux, Jean était arrivé à comprendre un assez grand nombre de mots ; mais une chose le gênait, qu'il ne pouvait pas s'expliquer, c'est que le même mot ne finissait pas toujours de la même façon, et se terminait tantôt en &lt;i&gt;us&lt;/i&gt;, tantôt en &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; ou en &lt;i&gt;um&lt;/i&gt;. Le docteur riait de plus belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« attends-moi là, »&lt;/dialog&gt; lui dit-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il sortit et revint au bout d'un moment, tenant un vieux petit livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tiens, mon garçon, voilà une grammaire latine. Tu sais ce que c'est que la grammaire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! oui, Monsieur, on nous l'apprend à l'école du soir. &lt;i&gt;La grammaire est l'art de parler et d'écrire correctement...&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Celle-ci ne t'en apprendra pas si long ; mais tu y trouvera toujours l'explication de ce qui te gêne. Va, mon garçon, tu es un laborieux petit homme. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean sortit, emportant son livre comme un trésor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Quelle idée, mon cousin,&lt;/dialog&gt; dit Monique, &lt;dialog&gt;de donner une grammaire latine à Jean ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je suis curieux de savoir ce qu'il en fera,&lt;/dialog&gt; répondit le docteur. &lt;dialog&gt;Il ne faut pas mettre la lumière sous le boisseau : qui sait si dans cet enfant il n'y a pas une lumière ?&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-3872057266908484900?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/3872057266908484900/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=3872057266908484900' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3872057266908484900'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/3872057266908484900'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/v-o-la-mre-agathe-resta-seule.html' title='V.- Où la mère Agathe resta seule. — Conversation avec Pelote. — Nouvelles de Jean. — Page et châtelaine. — Où l&apos;élève dépasse son maître.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt_Ys7t2eI/AAAAAAAAAjA/H6J_8BC0-L8/s72-c/tremisort5.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-2795931908496500940</id><published>2007-10-15T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.711+01:00</updated><title type='text'>IV.- Jeux d'enfants. — Ce que c'était que la cousine Monique. - Pâquerette maîtresse d'école. — Une décision importante.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;E&lt;/span&gt;n moins de huit jours, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique Ollivier, Agathe Trémisort, la petite Pâquerette et Jean furent les meilleurs amis du monde. Jean devait avoir pris fort au sérieux la demande que lui avait faite M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique de les guider dans leurs promenades, car il ne les quittait pas plus que leur ombre, et les accompagnait dans des endroits où elles n'avaient nul besoin de lui, sur la plage, par exemple. Là, d'ailleurs, s'il n'avait pas lieu de se rendre utile, il trouvait moyen de se rendre agréable. Pâquerette était vive comme une mésange, et elle fut vite lasse des joujoux qu'on lui avait mis entre les mains : une pelle de bois et un seau de fer-blanc. Mais Jean savait faire avec le sable bien autre chose que des pâtés. Comme il allait vite à l'amonceler de façon à en faire une véritable montagne, solide à force d'être pressée et tassée, si bien qu'on pouvait y creuser une grotte où la petite fille se blottissait tout entière ! &lt;dialog&gt;« C'est comme une bonne Vierge dans sa niche ! »&lt;/dialog&gt; disait Jean ; et il restait devant elle à la contempler avec autant de plaisir que la bonne Vierge de l'église, qu'on lui avait pourtant appris à trouver bien belle. Puis tout à coup Pâquerette, lasse de son immobilité, donnait un coup de coude dans la muraille ; la grotte s'écroulait, et elle se levait d'un bond en se secouant avec de grands éclats de rire. Jean excellait aussi à construire un fort ; c'est ainsi qu'il appelait un monticule de sable entouré d'un fossé, qu'un canal reliait à la mer. Une vague arrivait, y versait un peu d'eau ; les deux enfants, réfugiés sur leur fort, frémissaient en regardant monter la marée. Chaque vague à son tour remplissait le canal ; l'eau avançait, gagnait le fossé.... le fort n'était plus qu'une île. &lt;dialog&gt;« Pâquerette ! sors de là, tu vas te mouiller les pieds ! »&lt;/dialog&gt; criait la cousine Monique. Mais la petite téméraire s'obstinait à rester sur son îlot ; elle ne voulait le quitter qu'au dernier moment. Elle comptait sur Jean ; elle savait bien qu'à l'instant où leur refuge allait s'effondrer, il l'enlèverait comme une plume et la porterait au rivage avant que la vague eût atteint le bout de sa bottine. Elle n'en éprouvait pas moins de délicieuses émotions de frayeur, et une fois à terre elle s'écriait en battant des mains : &lt;dialog&gt;« Sauvés ! nous sommes sauvés ! »&lt;/dialog&gt; comme s'ils venaient réellement d'échapper à un grand danger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt7K87t2dI/AAAAAAAAAi4/jDN7GA7IQjE/s1600-h/tremisort4.jpeg" title="Jean excellait à construire des forts."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt7K87t2dI/AAAAAAAAAi4/jDN7GA7IQjE/s400/tremisort4.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119320829522205138" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce temps-là, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, assise à l'écart sur son pliant, lavait avec ardeur une sépia ou une aquarelle. La peinture était une de ses passions, et elle ne pouvait, à Rouen, la satisfaire que d'une façon très médiocre. Il n'est pas facile de trouver des modèles, et les dames n'ont pas coutume de s'installer dans les rues pour peindre ; M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, après avoir fait poser son cousin le docteur, la cuisinière et Pâquerette, était  réduite aux natures mortes. A Saint-Roch, tout ce qu'enserrait l'horizon était du domaine de son pinceau : vues de mer, vues de terre, falaises, barques échouées, bateaux sous voiles, chemins creux s'enfonçant entre deux haies de verdure, jeunes arbres et vieilles maisons, bêtes et gens, elle n'avait qu'à choisir. Elle ne choisissait point : tout y passait. Elle bénissait la présence de Jean : sans lui, elle eût dirigé ses promenades vers les endroits préférés par Pâquerette, et elle eût passé son temps à l'amuser. Elle n'avait plus besoin de l'amuser : Jean s'en tirait mieux qu'elle et elle pouvait aller où elle voulait, partout où elle trouvait un modèle à son gré. Jean, lui, trouvait partout les éléments d'un nouveau jeu pour sa petite compagne. Il s'entendait à toutes sortes de choses, comme il arrive souvent aux enfants à qui on n'a rien appris ; et il confectionnait, rien qu'avec son couteau, tout un magasin de joujoux qui jetaient Pâquerette en extase. Elle n'était pas loin de le considérer comme un grand homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II baissa pourtant tout à coup dans son opinion, et ce fut une averse qui en fut cause, une de ces averses de printemps qui détrempent tous les sentiers. Le soleil a beau briller de la façon la plus engageante et faire reluire les feuilles mouillées, on sait qu'il ne faut pas s'y laisser prendre : ce beau soleil chauffe une ondée, et il ne tardera pas à monter de l'horizon un traître de nuage qui la versera sans miséricorde. &lt;br /&gt;                                        &lt;br /&gt;Ce jour-là donc, il avait plu le matin, puis le soleil s'était montré pendant un quart d'heure, après lequel la pluie avait recommencé de plus belle. Le ciel faisait de nouveau mine de se découvrir ; mais M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique ne s'y fia point, et décida qu'on resterait à la maison : elle ne craignait rien autant que l'humidité pour sa chérie. Elle donna à Pâquerette un livre de contes illustré d'images en couleur, et remplaça la peinture par la lecture d'un roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant qu'elle lit, et que Pâquerette regarde en soupirant les images, faisons un peu connaissance avec M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique Ollivier, que nous n'avons encore entrevue qu'à l'état de vague silhouette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La cousine du docteur était une de ces créatures dont l'âme est toute pétrie de tendresse, visible et surabondante, et qu'on s'étonne, à cause de cela, de voir rester vieilles filles. Il semble qu'elles ont manqué leur destinée, qui était de consacrer à un mari, à des enfants, toute la puissance d'amour que renfermait leur cœur. Les personnes bienveillantes les plaignent ; les autres ajoutent à leur pitié une pointe d'aigreur : elles se sont montrées trop difficiles, trop exigeantes dans leur jeunesse ; elles doivent le regretter maintenant. Erreur ! elles ne regrettent rien, et ne se trouvent point à plaindre. Toute leur vie, elles ont aimé ; elles n'ont jamais trouvé le temps de s'absorber dans une passion exclusive, et elles n'en ont pas éprouvé le besoin. N'avaient-elles pas des parents, des amis qui réclamaient chacun une part de leur cœur ? n'y avait-il pas autour d'elles des vieillards solitaires, des enfants abandonnés, des pauvres, des êtres souffrants pour qui leurs paroles, leurs soins, leur présence seule était comme un rayon de soleil ? Elles ont vieilli sans s'en apercevoir, répandant autour d'elles la douce chaleur de la sympathie, aimantes et aimées ; et longtemps après que leur jeunesse avait disparu, elles pouvaient se dire comme la jeune captive d'André Chénier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elles ont vieilli ! qu'importe ! elles ne regrettent point ce qui leur a manqué : ne sont-elles pas sûres, jusqu'à leur dernier jour, de trouver autour d'elles des êtres à aimer !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Telle était la cousine du docteur Auribel, son amie depuis le temps où jeune fille, elle lui servait de petite mère, le grondant de ses méfaits et le consolant de ses chagrins d'écolier. Pendant de longues années, ils ne s'étaient plus revus que de loin en loin ; mais le docteur se tenait au courant de l'existence de Monique, et il savait que quiconque était dans la peine pouvait réclamer son secours sans crainte d'être repoussé. Il trouva donc tout simple de lui écrire un jour ce court billet : &lt;dialog&gt;« Cousine, ma femme est malade, confinée dans sa chambre pour longtemps, et elle se désole de ne pouvoir s'occuper ni de sa maison ni de son enfant. Venez, nous vous en prions ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique reçut la lettre, et répondit le jour même :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Merci d'avoir pensé à moi : je fais mes malles, et j'arrive ».&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle vint, elle soigna la mère, elle éleva l'enfant, elle maintint l'ordre dans la maison. Là comme partout, elle aima et elle se fît aimer. Elle croyait y être venue pour quelques semaines, mais les mois se passèrent sans qu'elle parlât de s'en aller.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, s'éveillant d'un sommeil pénible, la malade l'appela.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ma bonne cousine,&lt;/dialog&gt; lui dit-elle, &lt;dialog&gt;tout le monde me répète que je vais mieux, que je guérirai bientôt ; mais je crois bien que ce n'est pas vrai..... J'ai une prière à vous faire pour quand je n'y serai plus ; c'est que vous restiez ici à élever ma fille : je serai tranquille si je vous la laisse. Dites, voulez-vous me le promettre ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monique aurait pu lui répondre : &lt;dialog&gt;« J'y pensais »&lt;/dialog&gt;. Elle lui promit ce qu'elle voulut, tout en cherchant à la rassurer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle tint sa parole, et offrit d'elle-même ses services et sa société au docteur. Sans paraître donner un regret à ses habitudes, à son indépendance et à la jolie maison de campagne qu'elle habitait dans un bourg de la Vendée, elle s'installa chez son cousin, fit venir ses meubles et loua sa maison pour douze ans, quitte à renouveler le bail jusqu'à ce que Pâquerette fût mariée. Son mandat allait jusque-là, pensait-elle, et elle comptait l'exécuter fidèlement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lui servait de mère depuis deux ans, et jamais enfant ne fut plus tendrement élevée, lorsque malgré tous ses soins la petite fille commença à dépérir vers la fin de l'automne, et resta languissante tout l'hiver. Le docteur s'alarma ; elle était délicate, elle ressemblait à sa mcre, elle grandissait beaucoup, et cette croissance rapide la fatiguait : il aurait fallu qu'elle habitât la campagne, pourvu qu'il n'y fît pas froid, car elle était sujette à des rhumes qui la faisaient tousser longtemps. L'air de la mer lui aurait convenu, mais dans quelque coin bien abrité du vent ; et le docteur se mit à passer en revue toutes les plages de Normandie. Il ne voulait pas que ce fût loin de Rouen ; il ne voulait pas non plus d'une plage à la mode ; ce qu'il lui fallait, c'était un simple village de pécheurs où Pâquerette pourrait vivre au grand air toute la journée, libre des entraves de la toilette et du décorum. Il ne l'avait pas encore trouvé, lorsque M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Cessol lui parla de Saint-Roch et de la veuve Trémisort, chez qui nous allons, après cette longue digression, retrouver Pâquerette et M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, un jour de pluie, lisant l'une un roman et l'autre les &lt;i&gt;Contes de Perrault&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elles étaient loin d'y mettre la même ardeur. Pâquerette lisait assez bien pour comprendre la suite de l'histoire, surtout quand elle suivait les lignes avec le doigt mais le plaisir que lui causaient les aventures du &lt;i&gt;Chat Botté&lt;/i&gt; était un plaisir péniblement gagné : elle en avait chaud. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, elle, suivait avec une attention passionnée les péripéties du &lt;i&gt;Roman d'un jeune homme pauvre&lt;/i&gt;. Elle ne méprisait ni ne dénigrait l'amour, quoiqu'il n'eût pas joué de rôle dans sa vie ; au contraire, elle le respectait comme une chose sacrée et divine, et les héros de roman, quand ils étaient selon son cœur, devenaient de véritables héros à ses yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une main impatiente frappa à la porte. &lt;dialog&gt;« Entrez ! »&lt;/dialog&gt; cria vivement Pâquerette ; et Jean entra. &lt;dialog&gt;« La pluie ne tombe plus,&lt;/dialog&gt; dit-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Non,&lt;/dialog&gt; répliqua M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique, répondant à sa pensée, &lt;dialog&gt;mais les chemins sont pleins d'eau, et je ne veux pas que Pâquerette se mouille les pieds. Nous irons plus tard sur la plage, quand le sable aura eu le temps de sécher : amusez-vous ici en attendant. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean soupira ; pourtant, jouer avec Pâquerette, même dans une chambre, c'était encore quelque chose. Il referma la porte et vint près de la petite fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tiens,&lt;/dialog&gt; lui dit-elle, &lt;dialog&gt;veux-tu ce livre-là ? C'est l'&lt;i&gt;Oiseau bleu&lt;/i&gt;, un très beau conte ; ma tante me l'a raconté. C'est plus difficile que le &lt;i&gt;Chat botté&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Cendrillon&lt;/i&gt;, mais tu es grand, toi, tu pourras bien le lire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Moi ?&lt;/dialog&gt; répondit Jean en ouvrant de grands yeux. &lt;dialog&gt;Est-ce que je sais lire, moi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Comment, tu ne sais pas lire ?&lt;/dialog&gt; reprit Pâquerette qui n'en croyait pas ses oreilles. &lt;dialog&gt;Tu n'as donc pas été à l'école ? A Rouen, les petits garçons vont à l'école ; c'est tout près de chez nous, je les vois sortir tous les jours à quatre heures.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah ! à Rouen... mais à Saint-Roch il n'y a pas d'école.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et ta maman ne t'a pas appris ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Elle ne sait pas non plus, maman !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah !... Ça ne fait rien..... viens ici, je vais te lire le &lt;i&gt;Chat botté&lt;/i&gt;, et te faire voir les images. Vois-tu, voilà le chat : il a des bottes, et une gibecière pour mettre son gibier, quand il va à la chasse. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle recommença le conte, en s'appliquant plus qu'elle n'avait jamais fait, pour donner à Jean une haute idée de sa science. Son : « Ah ! » était l'expression d'un grand désappointement, à cette révélation de l'ignorance de Jean, dont les talents divers lui avaient jusque-là paru si remarquables ; et : « ça ne fait rien » marquait qu'elle en prenait son parti. Seulement les rôles étaient renversés ; la supériorité passait de son côté, et peut-être bien, dans sa vanité enfantine, n'en était-elle pas fâchée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lut, et Jean écouta, suivant son doigt qui glissait d'un mot à l'autre, assez lentement, car elle ne voulait pas se tromper. Quand elle rencontrait un mot difficile, elle s'arrètait pour l'épeler tout bas. Jean avait une certaine peine à comprendre l'histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'était pas content, Jean. Il ne savait pas lire : bien sûr, puisqu'on ne lui avait pas appris ! est-ce que c'était sa faute D'ailleurs, il n'aurait jamais imaginé que ce fut une faute, de ne pas savoir lire. Mais Pâquerette avait l'air de croire qu'il aurait dû savoir, et savoir mieux qu'elle, puisqu'il était grand... Elle savait lire, elle, une toute petite fille... ça ne devait pas être bien difficile..... Et il ne quittait pas le livre des yeux, comme si à force de le regarder il eût dû déchiffrer ce grimoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout à coup, il arrêta le doigt de la petite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est là, le &lt;i&gt;Chat&lt;/i&gt; ?&lt;/dialog&gt; dit-il en indiquant le mot qu'il nommait ; &lt;dialog&gt;et puis là aussi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais oui ! Cherche encore un autre &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt;... Très bien ! Tante ! Jean qui sait lire &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt; ! comme il a appris cela vite ! Veux-tu que je t'apprenne à lire, Jean ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui !&lt;/dialog&gt; répondit Jean, ravi. &lt;dialog&gt;Tout de suite ! »&lt;/dialog&gt; et il se rapprocha pour mieux voir dans le livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! mais quand c'est pour de vrai, on ne lit pas dans ce livre-là : il y a un livre exprès pour apprendre. Tante ! veux-tu me donner mon alphabet, que j'apprenne à lire à Jean ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique s'arracha à son roman, dont elle laissa les héros dans la tour d'Elven, et s'informa de ce qui se passait. Elle ne vit aucun inconvénient à la leçon de lecture ; elle ne la prenait pas au sérieux ; mais c'était un jeu comme un autre, et il aurait l'avantage de faire rester les enfants tranquilles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout d'un instant, son attention fut attirée par le bruit qu'ils faisaient. Jean s'était laissé montrer les lettres par la petite fille ; mais ce livre-là ne lui plaisait guère, et dès qu'il connaissait une lettre il voulait absolument la chercher dans le Chat botté. Pâquerette se fâchait, le grondait : &lt;dialog&gt;« Jean ! mauvais écolier ! ce n'est pas comme ça qu'on apprend à lire ! Tante Monique m'a appris mes lettres ; et puis b, a, ba, et puis à épeler des petits mots, et puis des grands... n'est-ce pas, tante Monique ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier aimait les enfants, et elle n'était pas aussi routinière que Pâquerette ; la méthode de lecture inventée par Jean lui parut originale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Tu voudrais donc apprendre à lire ? »&lt;/dialog&gt; dit-elle au petit garçon. Il répondit un oui ! empreint d'une conviction ardente. En fait, il n'y avait jamais pensé de sa vie; mais il était tellement humilié de son infériorité vis-à-vis de Pâquerette, qu'il ne désirait à ce moment-là rien tant que de savoir lire. Et il accepta avec enthousiasme l'offre que lui fit M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier de lui donner des leçons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'y mit tout de suite. Parmi les bienfaits qu'elle avait répandus depuis qu'elle était en ce monde, l'instruction tenait une large place : en avait-elle passé des heures à faire épeler des enfants étourdis, ou à la tête dure, qui ne pouvaient rien apprendre à l'école, ou de grandes fillettes qui n'y allaient pas, parce qu'il leur fallait remplacer à la maison la mère de famille occupée au dehors ! Elle pouvait donc s'y connaître en intelligences enfantines ; elle fut étonnée de celle de Jean, ainsi que de sa patience et de sa ténacité. L'effort et l'immobilité devaient lui coûter: il en avait si peu l'habitude! et pourtant il n'eût jamais cherché à abréger d'une minute l'heure de la leçon. M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier se prit d'une grande amitié pour son élève ; et la première fois que le docteur vint à Saint-Roch, elle ne manqua pas de le consulter sur « ce qu'on pourrait faire pour ce petit ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le docteur en parla à Agathe. La pauvre femme pensa que l'arrivée de Pâquerette chez elle était la réponse de Notre-Dame de Grâce à tous les cierges qu'en bonne Normande elle avait allumés dans sa chapelle. Elle confia au docteur Auribel toutes ses inquiétudes et toutes ses incertitudes, et remit le sort de Jean dans ses mains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pâquerette, qu'ils n'avaient pas remarquée, les écoutait en cherchant des boutons d'or dans l'herbe de la cour, et il se faisait tout un travail dans sa petite tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Papa,&lt;/dialog&gt; dit-elle tout à coup, &lt;dialog&gt;si nous emmenions Jean à Rouen ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils s'arrêtèrent net : Agathe était toute saisie. Le docteur réfléchit un instant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Croyez-vous,&lt;/dialog&gt; dit-il à Agathe, &lt;dialog&gt;que l'enfant aimerait le métier de jardinier ? J'ai acheté un terrain à Bois-Guillaume, où je compte me faire bâtir une maison pour m'y retirer quand je serai vieux. En attendant, je le fais planter en jardin. Si vous vouliez me donner Jean, je l'emploierais chez moi à aider ma vieille bonne Catherine qui n'est plus bien robuste, et à Bois-Guillaume à aider mon jardinier qui lui apprendrait son métier. Et puis, comme à présent il faut qu'un homme ait un peu d'instruction pour réussir, n'importe en quoi, je l'enverrais aux cours du soir, où il pourrait apprendre tout ce qui lui sera utile. Pensez-y, et si cela vous convient, je le prendrai à l'automne, quand ma cousine et Pâquerette reviendront à la maison. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mère Agathe n'avait pas besoin d'y penser : c'était un secours du ciel qui lui arrivait là. Elle aurait pu être blessée de la joie que laissa voir Jean, lorsqu'il apprit qu'il s'en irait à l'automne avec Pâquerette ; mais elle l'aimait pour lui et non pour elle. Dans ses rêves d'avenir, son esprit passait par-dessus les années de séparation, et elle se voyait réunie à son fils devenu homme, savant, bon ouvrier, établi et en passe de s'enrichir. Comme ils seraient heureux dans ce temps-là !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-2795931908496500940?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/2795931908496500940/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=2795931908496500940' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/2795931908496500940'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/2795931908496500940'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/iv-jeux-denfants-ce-que-ctait-que-la.html' title='IV.- Jeux d&apos;enfants. — Ce que c&apos;était que la cousine Monique. - Pâquerette maîtresse d&apos;école. — Une décision importante.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwt7K87t2dI/AAAAAAAAAi4/jDN7GA7IQjE/s72-c/tremisort4.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-789500688369157577</id><published>2007-10-13T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.841+01:00</updated><title type='text'>III.- Où l'héroïne de cette histoire vient au devant de sa destinée. — Désappointement maternel. — Une branche d'aubépine.</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjf8c7t2RI/AAAAAAAAAhM/ZwgvatrJPCg/s1600-h/tremisort3.jpeg" title="Une petite fille s'élança dans ses bras."&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjf8c7t2RI/AAAAAAAAAhM/ZwgvatrJPCg/s400/tremisort3.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5118587206158375186" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class="dropcap"&gt;« V&lt;/span&gt;&lt;dialog&gt;ous voilà arrivée, Madame ! »&lt;/dialog&gt; dit en ouvrant la portière le conducteur de la diligence, juste à l'endroit où il avait déposé le docteur huit jours auparavant. Une petite fille tout de blanc vêtue s'élança dans ses bras avec l'empressement qu'ont les enfants de sortir d'une boîte où il leur a fallu rester tranquilles pendant un temps qui leur a toujours semblé trop long. Il la reçut sans s'étonner — il devait être père de famille — et la mit à terre avec un bon gros rire, en disant : &lt;dialog&gt;« Là ! attendez un peu, ma petite demoiselle, que j'aide votre maman. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On vit alors sortir de la voiture deux longues mains chargées d'un sac de voyage et d'un paquet de parapluies qu'elles tendirent au conducteur ; puis les deux susdites mains rentrèrent à l'intérieur, et reparurent, portant un panier d'où sortait le goulot d'une bouteille clissée, et deux pliants attachés ensemble, avec une boîte et un parasol de peintre. Et quand elle fut débarrassée de tous ces menus objets, leur propriétaire, à qui il ne restait plus qu'un paquet de châles roulés dans une courroie, se décida à descendre elle-même. Elle faillit tomber, parce que, pendant que son pied cherchait le marchepied, ses yeux ne quittaient pas l'enfant, qui se dédommageait de sa longue immobilité en sautant à cloche-pied autour des colis déposés sur le bord de la route.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Chut ! chut ! chérie,&lt;/dialog&gt; lui dit-elle avec un ton de tendre gronderie, ne t'agite pas ainsi ; &lt;dialog&gt;tu vas te mettre en sueur, et puis tu te refroidiras... Attends que je défasse le paquet pour te donner un châle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— J'ai trop chaud, tante Monique, j'ai trop chaud ! »&lt;/dialog&gt; cria la petite rebelle, en mettant quelques pas entre elle et le menaçant paquet de châles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Allons, reste tranquille, au moins ! Conducteur, s'il vous plaît, où demeure la veuve Trémisort ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— La voilà, Madame ; elle aura entendu les grelots de mes chevaux, et elle vient vous chercher. Hé ! mère Agathe, arrivez donc ! Voilà les dames que vous attendez. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe arrivait en effet, avec la hâte un peu essoufflée des gens en retard. Elle s'était pourtant bien promis d'être sur la route avant l'arrivée de la diligence ; mais elle avait compté sans son héritier. Ce n'était pas faute de lui avoir répété cent fois depuis le matin : &lt;dialog&gt;« N'oublie pas de rentrer à quatre heures, pour faire ta toilette et venir avec moi au-devant des dames qui vont loger chez nous. »&lt;/dialog&gt; Mais Jean n'était pas coquet ; il avait même horreur de la toilette, qu'il n'admettait que le dimanche, pour aller à la grand'messe : puisqu'il fallait s'y tenir tranquille, autant valait se faire beau. Dans la semaine, c'était gênant pour jouer ; et Jean, n'allant point à l'école et n'ayant pas encore de métier, n'avait d'autre occupation que le jeu. Il n'avait donc pas jeté un regard à la chemise à col empesé et à la belle cravate bleue que sa mère avait étalées sur son lit, et il s'en était allé pêcher la truite à une lieue de Saint-Roch, dans un joli ruisseau où il doit y en avoir, puisque tout le monde le dit, quoique personne ne les ait jamais vues. Les dames, il aurait toujours le temps de faire leur connaissance ; elles lui inspiraient bien une certaine curiosité, mais il ne se souciait pas de leur être présenté en cérémonie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe donc, au coup de quatre heures, vint jusqu'au bout de sa ruelle pour voir s'il n'arrivait point. Elle lui accordait bien un quart d'heure de grâce : la voiture ne passait que vers six heures, il aurait plus de temps qu'il n'en fallait pour sa toilette. Mais elle fit en vain de nombreux voyages au bout de la ruelle, et de l'autre côté de sa maison, jusqu'à l'extrémité de sa cour, qui donnait sur la campagne; elle entendit l'horloge de la vieille église sonner d'une voix fêlée les demies et les heures : Jean ne parut pas. Enfin le bruit des grelots arriva à son oreille, et elle se précipita, seule, vers la route, où elle arriva juste à temps pour tirer d'embarras M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique Ollivier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'excusa d'être en retard, pendant que M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique s'excusait de la peine qu'elle lui donnait ; elle se chargea des paquets, pour lesquels le secours de Jean n'eût vraiment pas été de trop, et elle guida vers sa maison M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique qui tenait l'enfant d'une main et portait de l'autre les châles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voilà la salle, Madame, et votre couvert est mis,&lt;/dialog&gt; dit Agathe en ouvrant la porte et en montrant la table couverte de vaisselle à fleurs rangée sur une nappe blanche ; &lt;dialog&gt;mais si vous désirez dîner dans votre chambre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, non, c'est très gai ici,&lt;/dialog&gt; répondit la bonne demoiselle ; &lt;dialog&gt;et puis ce ne serait peut-être pas sain pour l'enfant, de manger et de coucher dans la même chambre..... Chérie, que fais-tu donc ? il ne faut toucher à rien : tu n'es pas chez toi, ici !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh !  Seigneur !&lt;/dialog&gt; interrompit la mère Agathe, &lt;/dialog&gt;laissez-la, je vous en prie, Madame. Il n'y a rien de précieux ici, et la petite demoiselle peut bien faire tout ce qui l'amusera. Son père a dit qu'il l'envoyait à Saint-Roch pour sa santé ; et rien n'est bon pour la santé comme le contentement. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite fille, qui remettait sur la table une assiette qu'elle avait prise pour en regarder les peintures, la reprit, en souriant à la mère Agathe d'une façon qui voulait dire : &lt;dialog&gt;« Toi, tu es une bonne femme, et je t'aimerai ! »&lt;/dialog&gt; Monique remercia la veuve du regard : il lui en avait coûté de faire une observation à son enfant gâtée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elles montèrent pour prendre possession de leur chambre ; et la petite fille, qui s'était d'abord amusée à regarder les gros coquillages, les chinoiseries et toutes les curiosités rapportées de ses voyages par Germain Trémisort, éprouva bientôt le besoin de changer de place. Profitant de ce que sa cousine était fort occupée à traiter en détail les questions de ménage avec leur hôtesse, elle descendit sans bruit l'escalier de bois, et s'en alla à la découverte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ah ! mon Dieu ! où est-elle ? »&lt;/dialog&gt; s'écria tout à coup M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Ollivier, en constatant que l'enfant n'était plus là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe se pencha à la fenêtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« N'ayez pas peur, Madame, je la vois dans la cour. Elle cueille des marguerites dans l'herbe : ça n'est pas un jeu dangereux, bien sûr ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique alla s'assurer par elle-même que sa Benjamine ne courait aucun danger ; et elle revint vider sa malle, tout en questionnant Agathe sur les ressources de Saint-Roch au point de vue alimentaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce temps-là, l'objet de sa sollicitude errait dans la cour verdoyante et fleurie, souriant avec ravissement à tout ce qu'elle voyait. C'était si gai, cette herbe où brillaient les pâquerettes et les boutons d'or, et ces grands pommiers tout roses ! La cour était enclose d'une haie d'aubépine qui embaumait ; le soleil dorait les cimes des arbres, et de légers nuages blancs, épars ça et là sur le ciel bleu, y cheminaient lentement. La fillette allait et venait, s'arrêtant devant le tronc noueux d'un vieux pommier, appliquant son œil à la fente d'une porte pour voir quel animal inconnu grognait là-dedans, écoutant les petits oiseaux qui rentraient au nid et gazouillaient avant de s'endormir. Elle se fit un bouquet des fleurs qui croissaient dans l'herbe ; puis l'ambition la prit d'y ajouter quelques brins d'aubépine ; elle s'approcha de la haie et se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre une branche fleurie. Mais la haie était beaucoup plus haute qu'elle ; en dépit de tous ses efforts, elle ne réussit qu'à saisir le bout d'un rameau qui s'effeuilla dans ses doigts. Elle retira vivement sa main qui venait de sentir les épines, et tourna avec dépit le dos à la haie récalcitrante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ne put retenir un petit cri, moitié d'étonnement, moitié de frayeur. Elle n'était plus seule, il y avait là, derrière elle, quelqu'un qu'elle n'avait pas vu arriver, un garçon ébouriffé sous son béret de laine, les pieds nus, vêtu d'un pantalon retroussé jusqu'à mi-jambe et d'un gilet de tricot pareil à ceux des marins. Il ne lui parlait pas ; mais il montrait ses dents blanches dans un rire de bonne humeur, et il lui présentait une superbe branche d'aubépine fleurie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme signe de paix, cela valait bien un rameau d'olivier. L'enfant, complètement rassurée, étendit la main pour la prendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oh ! merci !&lt;/dialog&gt; dit-elle au jeune garçon. &lt;dialog&gt;Comme elle est belle ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II la lui mit dans les mains, et lui montrant la haie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est haut, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! oui ... Mais vous êtes grand, vous ! Quelle belle branche ! On ne vous grondera pas d'en avoir coupé une si grande ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il n'y a pas de risque ! C'est à nous, la cour et la haie. Vous avez vu maman ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Est-ce la mère Agathe ? Comment vous appelez-vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Jean Trémisort. Et vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pâquerette Auribel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Pâquerette ! comme ça ? »&lt;/dialog&gt; Et Jean montrait du doigt les fleurs que la petite fille avait cueillies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;— Oui, comme les pâquerettes des champs. Vous ne connaissiez pas ce nom-là ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean secoua la tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« II n'y en a pas dans le pays ; mais c'est un très joli nom.... Resterez-vous longtemps chez nous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tout l'été. C'est pour que je me porte bien ; on dit que je suis trop maigre, et que je n'ai pas assez de couleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Oh ! »&lt;/dialog&gt; fit Jean ; et il en reste là. Il regardait la petite fille, et ce « oh ! » traduisait dans un langage laconique son opinion, son impression plutôt, qu'il eût été bien en peine de formuler ; c'est qu'elle était parfaite et ne pouvait rien gagner au change.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Pâquerette ! chérie ! viens dîner ! »&lt;/dialog&gt; cria M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique en se penchant à la fenêtre ; et Pâquerette prit sa course vers la salle à manger. Jean en fit autant. Il ne songeait point à se mettre à table avec les dames ; mais il aurait aussi bien suivi Pâquerette n'importe où ailleurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Comme te voilà fait !&lt;/dialog&gt; lui dit sa mère d'un ton fâché. &lt;dialog&gt;Je t'avais tant recommandé de rentrer de bonne heure pour faire ta toilette : comment oses-tu te présenter devant ces dames dans un état pareil ?   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Il m'a donné une belle branche d'aubépine, il ne faut pas le gronder, »&lt;/dialog&gt; répliqua Pâquerette avec un petit air décidé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe n'y tenait guère, à le gronder ; elle s'apaisa tout de suite et partagea un tendre sourire entre les deux enfants.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Mère Agathe,&lt;/dialog&gt; reprit Monique, &lt;dialog&gt;puisque nous sommes ici pour tout l'été, il faudra bien que nous voyions Jean dans ses habits de tous les jours ; ainsi consolez-vous de ne pas nous l'avoir présenté en toilette : ce sera pour dimanche ; n'est-ce pas, Jean ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean baissa la tête en rougissant. Il se sentait pris de timidité, et pour la première fois de sa vie il avait honte du désordre de son costume. Il se glissa dehors, et quand il revint, il avait des souliers aux pieds et s'était donné un coup de peigne. Il alla s'asseoir à côté du chat sur la pierre du foyer, et regarda les dames qui dînaient de bon appétit, et louaient chaudement la cuisine de la mère Agathe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le dîner, Pâquerette emmena tante Monique voir les beaux pommiers et la haie d'aubépine. Jean allait les suivre, oubliant qu'il n'avait pas soupé, lorsque sa mère le rappela pour lui mettre son écuelle entre les mains. Il expédia son repas en cinq minutes, et courut retrouver Pâquerette. Mère Agathe les rejoignit bientôt ; elle était un peu inquiète de la façon dont son garçon se comporterait, lui qui n'avait jamais vécu avec le beau monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean se comportait fort bien. Il répondait gravement aux questions de Pâquerette, et découvrait avec étonnement qu'il pouvait lui apprendre une foule de choses : cela le flattait et lui donnait de l'assurance. Il était en confiance aussi avec M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique : elle ne tenait pas à le voir en toilette ! cela lui valait une bonne place dans le cœur du gamin. Et puis elle avait une figure encourageante; pas belle certainement, mais si bonne ! Jean commençait à se trouver fort sot de s'être enfui, et il se mettait en frais d'amabilité pour faire oublier sa faute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Jean est un bon garçon,&lt;/dialog&gt; dit Monique à la mère Agathe, &lt;dialog&gt;et il a l'air de connaître très bien les environs. Il faudra qu'il nous conduise dans les jolis endroits ; pas trop loin, car Pâquerette a de petites jambes, et il ne faut pas la fatiguer....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! il vous conduira partout où vous voudrez. Pour un bon garçon, c'est un bon garçon : on ne peut pas en trouver un meilleur. Il est un peu terrible pour grimper et se salir, et déchirer ses habits ; mais c'est l'âge, que voulez-vous ! Avec cela, vous pouvez lui confier un petit enfant — les voisines l'ont fait souvent, il ne le quittera pas, et il le soignera tout aussi bien que sa mère : il saura même mieux l'amuser. Si la petite demoiselle est fatiguée, il la portera : il est fort pour son âge, allez ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, quand M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique et Pâquerette, équipées pour la promenade, appelèrent leur guide, Jean arriva peigné, chaussé et brossé : Agathe n'en croyait pas ses yeux.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-789500688369157577?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/789500688369157577/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=789500688369157577' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/789500688369157577'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/789500688369157577'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/iii-ou-lhrone-de-cette-histoire-vient.html' title='III.- Où l&apos;héroïne de cette histoire vient au devant de sa destinée. — Désappointement maternel. — Une branche d&apos;aubépine.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjf8c7t2RI/AAAAAAAAAhM/ZwgvatrJPCg/s72-c/tremisort3.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-8282728225432621268</id><published>2007-10-11T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:54.946+01:00</updated><title type='text'>II.- Où l'on explique ce qui s'est passé, pour mieux faire comprendre ce qui se passera</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;V&lt;/span&gt;ingt ans auparavant, la mère Agathe, qu'on appelait alors Agathe Lejeune, était une fraîche et jolie fille des environs d'Évreux. Ses parents étaient fermiers, et Agathe, dès le matin, partait pour aller vendre le lait de leurs vaches dans les maisons et châteaux des environs. Il arriva qu'elle fut prise en grande amitié par une petite fille de trois ans, dont la mère, filleule de la propriétaire de la ferme, passait quelque temps chez sa marraine. L'enfant guettait tous les jours avec impatience l'arrivée de la jeune laitière avec son âne chargé de ses brocs de lait. Sitôt qu'elle l'apercevait, c'étaient des cris de joie, des rires, des appels caressants : &lt;dialog&gt;« Agathe ! ma chérie Agathe ! ma douce Agathe ! »&lt;/dialog&gt; II fallait qu'Agathe la prît dans ses bras, lui rendît ses baisers, répondît à ses questions, lui racontât ce qu'elle faisait toute la journée à la ferme ; avant que la laitière repartît pour achever sa tournée, l'enfant lui faisait promettre de revenir le lendemain et de penser à elle en attendant. Agathe avait le cœur tendre ; elle fut donc ravie lorsque les parents de sa petite amie, sur le point de retourner à la ville, vinrent prier le fermier de leur confier sa fille, pour être bonne de leur petite Jeanne, qui ne voulait absolument pas la quitter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fermier Lejeune et sa femme n'avaient jamais pensé à mettre leur fille en service; elle leur était utile, et elle partie, ils devraient la remplacer par quelque autre qui n'aurait peut-être pas autant d'adresse et de conscience qu'elle. Mais ils n'osèrent pas mécontenter leurs propriétaires — leurs maîtres, comme on dit encore dans les campagnes — et Agathe partit pour la ville.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle y resta six ans, et y amassa des souvenirs heureux pour le reste de sa vie. Elle y serait restée toujours, se trouvant bien auprès de Jeanne et ne songeant point à se marier, si elle n'eût pas été invitée à la noce d'une cousine, où elle rencontra Germain Trémisort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était un beau marin, robuste et gai, avec des yeux sincères, une physionomie ouverte, quelque chose de bon et d'honnête qui plut tout de suite à Agathe. Elle l'eut pour compagnon dans le cortège, au dîner, à la danse ; et ils causèrent tant ensemble, ils firent si bien connaissance, pendant les trois jours que dura la noce, qu'Agathe, rentrée chez sa maîtresse, lui annonça son prochain mariage avec Germain Trémisort, pêcheur de son état, domicilié à Saint-Roeh, où il possédait une maison, une cour plantée de pommiers et une barque en bon état.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne pleura ; mais elle était assez grande pour se résigner à la séparation ; et elle se consola en promettant à Agathe d'aller la voir. On sait ce que valent de pareilles promesses : celle-ci ne fut jamais tenue. Mais la jeune femme et l'enfant se gardèrent un souvenir fidèle; et si elles ne s'écrivirent point, vu qu'Agathe n'avait jamais mis le pied dans une école, elles trouvèrent pourtant moyen de se tenir mutuellement au courant des événements importants dé leur vie. Agathe sut donc que sa petite Jeanne se mariait et s'appellerait désormais M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Cessol ; et Jeanne plaignit de tout son cœur la pauvre Agathe lorsqu'elle apprit que Germain, comme tant d'autres pêcheurs, était mort en mer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand Agathe se vit seule, avec un enfant trop jeune pour comprendre la profondeur de son chagrin, elle eut un instant la pensée de quitter Saint-Roch, Elle n'y avait pas d'amis, quoique son mari y eût des parents éloignés, de même nom que lui. Elle ne s'était jamais liée avec les gens du pays : elle avait vécu trop longtemps auprès de Jeanne pour n'avoir pas désappris les façons campagnardes de parler et d'agir, et leur vulgarité la choquait. Elle ne le leur disait pas ; mais elle ne pouvait leur dissimuler complètement sa manière de penser à leur égard: aussi on la trouvait fière, et on ne l'aimait pas. On lui en voulait aussi de ce que Germain, une fois marié avec elle, avait déserté le cabaret et préféré la société de sa femme à celle des camarades.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle chercha donc à partir : mais où aller ? Chez ses parents, il n'y avait plus de place ; son frère, marié et chef d'une nombreuse famille, tenait maintenant la ferme : il n'avait pas besoin d'elle, et elle n'avait rien à faire chez lui. Elle ne voulait pas se séparer de son fils : beaucoup d'occupations et de métiers lui étaient donc interdits ; elle ne pouvait pas non plus vendre la maison, héritage du petit Jean, et Saint-Roch n'est pas un endroit où l'on trouve des locataires. Et puis, que de souvenirs qui lui tenaient compagnie entre ces murs, depuis le soir où Germain l'y avait amenée, tout tremblant de bonheur, tenant son bras serré sous le sien et se penchant vers elle pour lui parier d'amour tout bas ! Là, ensemble ils avaient été heureux, là elle avait vu Germain pleurer de joie à la naissance de son premier enfant : là aussi, quand le petit ange était parti, il avait veillé la veillée funèbre avec elle, à côté du berceau silencieux..... Et la naissance de Jean, qui leur rendait le frère tant pleuré ! et les jeux du père, rentrant de son rude travail, avec ce petit être fragile qu'il berçait en riant dans ses fortes mains ! Hélas, et les inquiétudes, auxquelles elle n'avait jamais pu s'habituer, pendant les nuits sombres où le vent faisait rage, et où la mer creusait le gouffre de ses vagues sous la barque du pêcheur ! A présent qu'il ne reviendrait plus, comment quitter tout cela ? ce serait le perdre une seconde fois ! Agathe resta à Saint-Roch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mort de son mari ne la laissait pas dans la misère. A la vérité, la barque était perdue ainsi que les agrès de pêche ; mais il restait à la veuve et à l'orphelin un toit pour s'abriter. Les pommiers de la cour fournissaient la provision de cidre ; un coin labouré et cultivé en jardin potager, produisait quelques légumes, et l'herbe qui croissait au pied des arbres nourrissait une petite vache bretonne, excellente laitière. Agathe ne vendait pas son lait, elle en faisait du beurre et de la crème, et le tout se consommait dans son ménage. A présent elle le vendrait, et si peu qu'on lui en donnât, cela aiderait toujours à payer le boulanger. Hors de Saint-Roch, ces ressources-là lui manqueraient. A la vérité, elle ne pourrait guère y gagner d'argent. Se louer à la journée ? il n'y fallait pas penser, dans un village où chaque ménagère faisait sa propre besogne et ne prenait point d'ouvrières pour l'aider. Elle gagnerait quelques sous par jour à raccommoder les filets des pêcheurs et à tricoter les gilets&lt;br /&gt;de grosse laine bleue que portent les marins, et ce serait tout... Mais on vit de si peu au bord de la mer ! A Saint-Roch, un côté de la grève est occupé par des rochers bas, presque à fleur de sable, entre lesquels la marée descendante laisse des flaques d'eau qui fleurent le sel et le varech. Ces mers en miniature sont peuplées par des milliers d'êtres vivants, poissons, crustacés et mollusques, que l'Océan offre à qui veut les prendre. Agathe alla avec les autres femmes du pays « à la moule et à la crevette », et Jean, qui l'accompagnait toujours, devint bientôt très habile à poursuivre les gros crabes sous les pierres et parmi les algues brunes. Quand les pêcheurs ramenaient les longs filets qu'ils avaient avant la marée suspendus à des rangées de pieux plantés presque à la limite des basses mers, il accourait, alerte, pour leur aider à retirer les poissons du filet et à les vider dans leurs paniers. Les pêcheurs riaient : si petit et si bon travailleur ! ce serait un brave petit mousse ! Et ils lui donnaient, pour sa peine, plus de poissons que sa mère et lui n'en pouvaient manger dans leur journée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Un brave petit mousse ! »&lt;/dialog&gt; Agathe entendait cette prophétie. Mousse ! marin ! — comme son père l'avait été, comme tous les hommes de Saint-Roch, à moins qu'ils ne fussent manchots ou boiteux. Jean serait marin, certainement..... il ne pouvait pas être autre chose..... Il avait six ans à la mort de son père ; cela faisait encore six ans à le garder. A douze ans, il ferait sa première communion ; et après, il faudrait le confier à un patron de barque, pour faire l'apprentissage du métier. A qui pourrait-on le confier ? Agathe, tout en agitant vivement ses aiguilles ou sa navette, passait en revue les pêcheurs de Saint-Roch. Il y avait des cousins de son mari; mais, depuis son mariage, Germain Trémisort avait à peu près cessé de les voir et c'était Agathe qui l'en avait détourné, parce qu'ils passaient leur vie au cabaret quand ils n'étaient pas à la mer : elle n'allait pas leur donner son fils ! Tel autre était grossier, tel autre était brutal ; elle n'en trouvait aucun dont l'exemple lui parût bon à suivre, et qui dût se montrer paternel pour l'enfant..... Marin ! il faudrait qu'il fût marin..... S'il pouvait se placer dans une ferme..... Mais, aux environs de Saint-Roch, les paysans faisaient leur besogne eux-mêmes, tout comme les ménagères du village; ils ne prenaient de valets ni petits ni grands. Oh ! si elle était dans une ville ! Jean aurait là des métiers à choisir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus elle y pensait, moins elle pouvait se décider à livrer à la mer le seul trésor qui lui restât. Sa mémoire lui retraçait, toujours aussi vivement, le jour affreux qui l'avait faite veuve: où le père avait péri, pourquoi l'enfant échapperait-il ? Non, elle ne voulait pas qu'il fût marin !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quoi ? Elle pouvait, maintenant, le faire vivre de son travail ; mais plus tard, quand elle serait vieille, quand elle serait morte ? Et puis, bien plus tôt que cela, elle savait bien qu'il refuserait d'être nourri par elle. Il lui dirait : je suis fort ; c'est à moi de travailler pour toi, et il s'embarquerait, puisqu'il n'y avait que cela de possible à Saint-Roch !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien, elle irait ailleurs ! Non pas à présent, cela ne servirait à rien. Mais quand il aurait douze ou treize ans, elle quitterait Saint-Roch avec lui. Elle retournerait à Évreux ; peut-être y retrouverait-elle encore des gens qui l'auraient connue. Là, elle chercherait une place, et elle mettrait Jean en apprentissage. Ils ne seraient pas tout à fait séparés, elle pourrait le voir le dimanche ; il travaillerait bien, il deviendrait un bon ouvrier ; et elle se voyait, dans l'avenir, quittant le service pour tenir le ménage de son fils, le mariant à une bonne petite femme qui le rendrait heureux, et vieillissant à son foyer, une brassée de petits enfants sur ses genoux...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjg-c7t2SI/AAAAAAAAAhU/qlKktsHfK_0/s1600-h/tremisort2.jpeg" title="La Mère Agathe."&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjg-c7t2SI/AAAAAAAAAhU/qlKktsHfK_0/s320/tremisort2.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5118588340029741346" /&gt;&lt;/a&gt;Tout cela n'était pas impossible ; mais pour voyager, pour faire des recherches, pour attendre une place pour elle et un patron pour Jean, il fallait avoir de l'argent devant soi : et faites donc des économies, quand vous gagnez tout juste le pain quotidien ! Agathe l'entreprit pourtant. Les sous s'ajoutèrent aux sous dans un vieux bas caché tout au fond de son armoire, dans la chambre nuptiale qu'elle n'avait plus voulu habiter. Parfois, la nuit, quand Jean dormait, que toutes les portes étaient closes et que nulle lumière ne brillait plus dans le village, elle allait rendre visite à son trésor, et alignait sur la commode les piles d'un franc pour compter plus facilement son épargne. Elle en gardait le chiffre inscrit dans sa mémoire, car elle ne tenait point de comptes, ne sachant ni lire ni écrire ; mais elle ne l'oubliait pas, et pouvait se dire : &lt;dialog&gt;« Il y a six mois, j'avais tant ; il y a un an, tant de moins ; j'ai économisé tant depuis la dernière fois que j'ai compté mon argent. »&lt;/dialog&gt; Au bout de quelque temps, elle s'avisa que ce serait bien lourd à transporter, une grosse somme en sous ; et elle s'arrangea de façon à en convertir une partie en pièces blanches, peu à peu, sans que personne pût deviner sa manie. Elle travaillait jusqu'à l'épuisement de ses forces, elle ne dépensait pour elle que le plus strict nécessaire ; elle ne portait pas ses belles robes de peur de les user, pensant qu'elle pourrait s'en servir à la ville, ou au besoin les vendre, si l'argent lui manquait. Depuis qu'elle était veuve, elle paraissait avoir oublié son âge ; elle avait adopté pour coiffure le bonnet de coton que les jeunesses refusent de porter, le trouvant à peine digne de leurs grand'mères ; et elle l'entourait d'un bandeau de crêpe noir, signe de son deuil. Elle était pourtant encore assez belle et assez jeune pour plaire, et plusieurs pêcheurs fort bien dans leurs affaires avaient essayé de le lui faire entendre. Mais elle déclara nettement qu'elle ne se remarierait jamais, et comme après quelques tentatives les gens finirent par se convaincre que c'était sérieux, ils la laissèrent tranquille. Il en résulta qu'on la nomma bientôt du nom qu'on donne aux vieilles; et elle fut la &lt;i&gt;mère Agathe&lt;/i&gt; pour tous les habitants de Saint-Roch. Nom bien mérité : une mère, elle n'était plus que cela.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean venait d'avoir douze ans, et il allait faire sa première communion, lorsque le docteur Auribel vint à Saint-Roch pour placer sa fille chez Agathe Trémisort. La veuve vit en lui un messager de la Providence. Elle n'avait encore pu se décider à rien, elle comptait s'adresser au curé, le prier d'écrire pour elle à ses anciens maîtres, de lui donner des lettres de recommandation. Mais s'il désapprouvait son projet ? si, croyant agir dans son intérêt, il refusait de lui venir en aide ? Ce monsieur, qui était médecin, devait connaître beaucoup de monde à Rouen, et Rouen était une plus grande ville qu'Évreux, elle l'avait souvent entendu dire. Il pourrait certainement lui donner des conseils, la recommander, lui procurer une place, protéger Jean..... Oh ! comme elle allait soigner la petite fille du docteur ! Il s'agissait bien à présent d'amasser quelques sous de plus ! Agathe laissa reposer sa navette et ses aiguilles, et soumit sa maison, de la cave au grenier, à un minutieux nettoyage. Et même, toutes les commères de Saint-Roch levèrent les mains et les yeux au ciel, quand elles virent la mère Agathe acheter, à un colporteur qui s'était installé place du Bouloir, deux descentes de lit en moquette, dont l'une représentait des roses et l'autre un tigre tapi dans des roseaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand Agathe Trémisort eut achevé la toilette de sa maison, elle passa à celle de son fils : c'était ce qu'elle possédait de plus beau, son fils, et elle voulait le montrer avec tous ses avantages. Elle lui fit ressemeler ses gros souliers par le vieux savetier Ridoche, qui y mit tout un pavage de clous pour les faire durer plus longtemps ; elle lava, repassa et raccommoda ses meilleurs habits, et lui acheta une cravate de soie bleue et un chapeau de paille. Ce n'était pas de la prodigalité, ces deux objets pourraient lui servir à la ville, aussi bien que son costume de première communion, pour lequel elle n'était pas allée à l'économie. Les commères de Saint-Roch la croyaient désireuse d'écraser leurs enfants par le luxe du sien, pendant qu'elle songeait surtout à le mettre au niveau de ses futurs camarades.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Huit jours après la visite du docteur Auribel, un roulier en limousine rayée, une grosse malle sur l'épaule, frappa à la porte de la mère Agathe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Madame Agathe Trémisort ? J'apporte une malle pour des dames qui vont venir loger ici : où faut-il la mettre ? On m'a chargé de vous dire que ces dames arriveront demain soir ; et qu'il faudra leur faire un petit dîner. Voilà qui est dit : je m'en vas retrouver ma voiture, que j'ai laissée sur la route. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II n'était pas si pressé pourtant qu'il ne prît le temps de se rafraîchir d'un bon coup de cidre qu'Agathe lui versa, en reconnaissance de quoi il monta la malle dans la chambre des dames. Puis il partit, laissant Agathe tremblante et ravie à la fois, de crainte de ne pas satisfaire le docteur et d'espoir en sa protection.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-8282728225432621268?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/8282728225432621268/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=8282728225432621268' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8282728225432621268'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/8282728225432621268'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/ii-o-lon-explique-ce-qui-sest-pass-pour.html' title='II.- Où l&apos;on explique ce qui s&apos;est passé, pour mieux faire comprendre ce qui se passera'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/Rwjg-c7t2SI/AAAAAAAAAhU/qlKktsHfK_0/s72-c/tremisort2.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3491036937700709110.post-9043202738519360067</id><published>2007-10-09T10:00:00.000+02:00</published><updated>2008-12-09T03:44:55.174+01:00</updated><title type='text'>I.- Arrivée d'un étranger dans le village de Saint-Roch. — Où l'on fait connaissance avec la mère Agathe et son fils Jean.</title><content type='html'>&lt;span class="dropcap"&gt;L&lt;/span&gt;a voiture, patache, omnibus ou diligence, s'arrêta au milieu de la route poudreuse, derrière le chevet de la vieille petite église qui domine le joli village de Saint-Roch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est ici, Monsieur ! »&lt;/dialog&gt; dit un des voyageurs perchés sur l'impériale à un homme de trente-cinq à quarante ans, assis à côté de lui, qui paraissait regarder le paysage avec beaucoup d'intérêt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui-ci, soulevant son chapeau, dit d'un ton courtois : &lt;dialog&gt;« Je vous remercie, Monsieur »&lt;/dialog&gt;, et descendit des hauteurs où il venait de passer une heure fort agréable. On était à la fin d'avril, et la campagne normande étalait aux regards toute sa riante beauté. Le long des talus d'un vert éblouissant s'épanouissaient violettes et primevères, stellaires et pervenches ; les cerisiers, les poiriers et les pommiers se dressaient dans les cours des fermes, pareils à d'immenses bouquets blancs et roses. On respirait autour d'eux comme une vague comme une vague odeur de pomme, promesse du cidre à venir. Les feuilles nouvelles des chênes achevaient de chasser les anciennes, qui tombaient rousses et sèches à leurs pieds où elles formaient une litière épaisse, qu'écartait ça et là quelque touffe d'herbe avide de la lumière du jour. Les bouleaux balançaient en l'air leur léger panache, et la blancheur de leur tronc menu se détachait sur le feuillage sombre des sapins. Les houblons et les clématites escaladaient les haies d'aubépine fleurie et grimpaient au tronc des hêtres et des frênes, et pour arriver à Saint-Roch la voiture avait dû plus d'une fois passer sous le berceau de verdure que formaient les cîmes des grands arbres inclinés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme fond de tableau, le ciel bleu, et par échappées, la mer, immense solitude, à peine animée par les voiles de quelque barque de pêche ou la fumée d'un paquebot filant à l'horizon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le voyageur s'arrêta et regarda le village. Un pauvre village de pêcheurs, échelonné depuis la route jusqu'à la grève, sans maisons opulentes, sans villas luxueuses, mais formé de maisonnettes si propres, si bien groupées au pied de sa vieille église, avec des toits de tuiles si brillants sous le soleil d'avril, que la joie, à défaut de la richesse, semblait devoir y faire sa demeure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Ce sera très bien ! »&lt;/dialog&gt; se dit le voyageur en lui-même. &lt;dialog&gt;« Mais où la trouverai-je ? il n'y a pas seulement ici un bureau de poste où je puisse me renseigner... Bah ! tout le monde se connaît dans ces petits pays : je m'informerai au premier passant venu. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, pour rencontrer des passants, il s'engagea dans une rue en pente, qui descendait devant lui, raide et mal pavée, dans la direction de la mer. La rue était déserte : à cette heure chacun travaillait, les hommes à la mer, les femmes sur la plage ou aux champs. Quelques rares mains curieuses soulevaient au passage de l'étranger un coin de rideau à carreaux blancs et rouges qu'elles laissaient retomber ensuite ; mais aucune fenêtre ne s'ouvrait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bruit de rires et de cris joyeux se faisait entendre à quelque distance: voix et rires d'enfants, qui mirent un rayon de gaîté dans les yeux du voyageur. Il pressa le pas, et guidé par le bruit, il arriva bientôt sur une petite place irrégulière, qui possédait une fontaine, un boulanger et une boutique d'épiceries ou l'on vendait aussi de la mercerie, des étoffes grossières, de la poterie et des chaussures. Le marché avait du s'y tenir le matin, comme en témoignaient des débris de légumes, trognons de choux, feuillages de carottes, abandonnés ça et là. Pour le moment, la place était livrée aux jeux d'une douzaine de marmots blonds comme du lin, rosés sous une couche de hâle, avec des yeux bleus étonnés et des dents blanches capables de dévorer un pain de six livres. L'un d'eux s'était campé à cheval sur la borne de la fontaine, dont il dirigeait le jet sur ses camarades. Il fallait les voir fuir, se rapprocher pour le narguer, se secouer avec des cris de mouettes quand le jet d'eau les avait atteints, et rire, et se fâcher, et le menacer ! L'épicière du coin, apercevant tout à coup son rejeton parmi les plus trempés de la bande, sortit en colère (une douce colère de Normande) et vint le prendre par le fond de sa culotte pour le ramener au logis entre deux taloches. Le voyageur s'approcha d'elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RwgAkM7t2PI/AAAAAAAAAg4/r0EMW-5h_Cg/s1600-h/tremisort1.jpeg" title="« Madame, lui dit-il, pourriez-vous m'indiquer la maison de Mme Trémisort ? »"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RwgAkM7t2PI/AAAAAAAAAg4/r0EMW-5h_Cg/s400/tremisort1.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5118341598453553394" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;dialog&gt;« Madame,&lt;/dialog&gt; lui dit-il, &lt;dialog&gt;pourriez-vous m'indiquer la maison de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Trémisort ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Trémisort, Monsieur ?&lt;/dialog&gt; dit la Normande en levant vers lui ses yeux clairs. &lt;dialog&gt;Il y a beaucoup de Trémisort dans le pays : il y a Éloi Trémisort, le pêcheur, qui est marié ; il y a son cousin Jules, le maréchal ferrant, qui est marié aussi.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est une veuve que je cherche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ah ! alors il n'y en a qu'une..... Jean ! Jean Trémisort ! viens ici, mauvais gars ! Voila, un monsieur qui demande ta mère. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jeux bruyants s'arrêtèrent soudain et tous les enfants se tournèrent vers l'étranger pour voir ce qui allait se passer. Les petits paysans sont farouches, s'ils sont curieux ; chacun de ceux-ci se félicitait de n'être pas appelé à entrer en relations avec le monsieur de la ville. Mais le gamin perché sur la fontaine était de ceux qui n'ont peur de rien. Au nom de Jean Trémisort, crié par l'épiciére, il se redressa, secoua sa tête chargée de boucles incultes qui lui tombaient jusque sur les yeux, et à travers lesquelles il regarda le nouveau venu avec assurance ; puis il sauta à bas de la fontaine et vint voir de près ce qu'on lui voulait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Voilà le gars à la mère Agathe, Monsieur,&lt;/dialog&gt; dit l'épicière ; &lt;dialog&gt;il vous conduira chez sa mère. Tu entends, petit ? »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'enfant fit un mouvement d'épaules et eut un sourire malin, qui voulait dire. &lt;dialog&gt;« Bien sûr ! est-ce que je suis sourd ? »&lt;/dialog&gt; et il se mit en marche, tournant à demi la tête pour voir si l'étranger le suivait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'étranger l'admirait ; quelle vie, quelle force, quelle santé dans cette allure leste et souple, dans ces membres robustes et bien découplés, dans ce teint que colorait un sang riche et chaud ! Il soupira en songeant à son enfant à lui, à sa pauvre petite fille si délicate, si pâle, si frêle, avec ses mouvements lents et sa grâce maladive. &lt;dialog&gt;« L'air est bien pur ici,&lt;/dialog&gt; pensa-t-il : &lt;dialog&gt;espérons ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean s'arrêta à l'entrée d'une ruelle au fond de laquelle on entrevoyait un espace large et clair, et se détachant sur le ciel bleu, un jeune frêne, tout mince, qui s'était hâté de pousser pour dépasser les maisons et jouir de sa part d'air et de lumière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est là, »&lt;/dialog&gt; dit-il en montrant du doigt le bout de la ruelle. Et il prit sa course pour arriver le premier. Le voyageur l'entendit crier : &lt;dialog&gt;« Maman ! un monsieur qui vient te voir ! »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa mère regarda avec un air de curiosité étonnée. Elle ne connaissait point celui qui venait la voir, comme disait Jean ; mais comme c'était une femme polie, qui avait vécu chez des bourgeois, elle se leva et fit deux pas vers lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La veuve Trémisort, qu'on appelait mère Agathe dans le pays, était une femme de trente-huit ans, vieillie par les durs travaux de la campagne. Elle était grande et se tenait droite ; en dépit de ses pauvres vêtements, elle avait dans sa taille, dans son maintien et dans sa physionomie un certain air de noblesse. Les gens de Saint-Roch la trouvaient fière ; elle était pourtant toujours prête à rendre service à quiconque avait besoin d'elle; mais elle ne se familiarisait pas volontiers et n'aimait pas à perdre son temps en bavardages. Le voyageur la regarda, debout, tenant encore à la main le filet de pêche auquel elle travaillait et qui pendait à un clou planté dans le mur de sa maison. Elle lui parut d'une propreté presque monastique dans sa vieille robe noire, avec son bonnet de coton bien blanc, serré sur son front par un bandeau de crêpe noir sans aucun souci de coquetterie, et il souhaita plus que jamais de réussir dans son entreprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Madame veuve Trémisort... Agathe Lejeune ! »&lt;/dialog&gt; dit-il en la saluant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le visage de la veuve s'éclaira d'un sourire où rayonnaient tous les souvenirs que lui rappelait ce nom, son nom de jeune fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Oui, Monsieur !&lt;/dialog&gt; dit-elle. &lt;dialog&gt;Que puis-je faire pour votre service ? Donnez-vous donc la peine d'entrer. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle l'introduisit dans une pièce meublée de vieilles armoires et de vieux bahuts reluisants à force d'être frottés, et le fit asseoir sur un fauteuil de paille, le seul qui fût dans la chambre. Une grande cheminée faisait face à la fenêtre ; un coucou dressait sa gaine peinte et dorée comme le cercueil d'une momie égyptienne entre un vaisselier garni d'assiettes à fleurs et un râtelier où pendaient des ustensiles de cuivre et de fer battu brillants comme or ou argent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je viens de la part de M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; de Cessol,&lt;/dialog&gt; dit l'étranger. &lt;dialog&gt;Vous ne l'avez pas oubliée ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ma petite Jeanne ! Elle se porte bien, la chérie? »&lt;/dialog&gt; s'écria la veuve. Et baissant le ton tout à coup, elle reprit : &lt;dialog&gt;« Pardon, Monsieur, c'est que je l'ai tant aimée ! J'ai été sa bonne, voyez-vous, quand elle était toute petite, et elle était si gentille, si aimable, si caressante ! Et vous venez de sa part ! Je suis à votre service, Monsieur ; trop heureuse de faire quelque chose pour elle. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'étranger souriait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Je pensais bien, à la façon dont elle m'a parlé de vous, que vous deviez lui rendre son amitié. Voici ce qui m'amène. Je demeure à Rouen, où je suis médecin ; j'ai une fille unique, une enfant de cinq ans, très délicate, que je voudrais faire vivre tout l'été à la campagne, au bord de la mer, pour la fortifier. Madame de Cessol, à qui je parlais de cela, m'a dit qu'elle serait très bien à Saint-Roch. Mais je ne peux pas la loger à l'auberge, avec la parente qui remplace la mère qu'elle n'a plus ; il faudrait qu'une famille de braves gens voulût bien les prendre en pension. Madame de Cessol m'a adressé à vous. Auriez-vous une chambre à leur donner, et pourriez vous les nourrir ? Ma cousine n'est pas difficile, et pour la petite...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! Monsieur, je sais ce qu'il faut aux petits enfants ; si la petite demoiselle n'a pas d'appétit je lui ferai des plats doux qui lui en donneront, allez ! Et puis l'air est vif ici, il lui fera du bien tout de suite. Je suis toute à votre disposition, Monsieur : vous venez de la part de ma petite Jeanne ! Voulez-vous voir la chambre ? Elle n'est pas belle pour des bourgeois ; mais si la dame veut bien s'en contenter..... C'était une belle chambre pour des gens comme nous..... je n'ai plus voulu l'habiter depuis que mon pauvre homme est mort. Mais je serai contente de la donner à votre petite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Voyons la chambre ! »&lt;/dialog&gt; dit le docteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe monta un escalier de bois qui partait de la salle basse elle-même, comme il arrive dans les anciennes maisons normandes, et le docteur monta derrière elle. Jean suivit parce qu'il aimait à tout savoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agathe s'arrêta sur le palier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est ici, Monsieur, la porte à droite. A gauche, c'est ma chambre, avec un petit cabinet où est le lit de Jean. Les deux côtés de la maison sont pareils ; la chambre de vos dames a aussi un cabinet, où elles pourront pendre leurs robes, mettre leurs malles et leurs chaussures ; et s'il leur manque quelque chose, elles n'auront qu'à le dire. Je ferai de mon mieux pour qu'elles se trouvent bien chez moi. »&lt;/dialog&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ouvrit la porte. La chambre était grande et claire, et il y avait à la fenêtre de petits rideaux de mousseline blanche. Le lit, un grand lit à colonnes surmonté d'un baldaquin carré, était garni de l'inévitable cotonnade à carreaux rouges et blancs. Il y avait une petite glace sur la cheminée, et sur les murs peints à la chaux se détachaient quatre tableaux achetés à quelque foire, représentant, avec de belles couleurs bien fraîches, saint Jean vêtu d'une peau d'agneau, saint Germain en habit d'évêque, sainte Agathe avec sa palme de martyre, et Notre-Dame de Grâce, assise sur des nuages noirs qu'elle écartait de la main pour calmer la tempête et venir en aide à une barque en perdition dans le bas du cadre. En face de la cheminée, une armoire de vieux chêne à ferrures de cuivre ; près du lit, une commode ancienne où s'étalaient autour d'une cuvette et d'un pot à eau en faïence à fleurs toutes sortes de menues curiosités exotiques qui prouvaient qu'on était dans la maison d'un marin. Sur une table à pieds tournés, un morceau d'étoffe chinoise servait de tapis, et on avait semé sur le plancher du sable fin bien sec. Agathe expliqua au docteur que c'était pour boire l'humidité, quand on y marchait avec des chaussures mouillées; mais elle allait balayer cela avec soin pour la petite demoiselle, et..... elle regrettait bien de n'avoir pas de tapis à y mettre... si Monsieur pouvait en envoyer un ? Quant à un petit lit, elle avait l'ancien de Jean, dont elle remettrait la literie à neuf, et c'était de bonne literie, tout laine et plume. Et puis elle ôterait de là cette cuvette et ce pot à eau ; elle savait bien que les dames mettent ces choses-là dans leur cabinet de toilette ; elle les rangerait sur une petite table, dans le cabinet à côté, où il y aurait aussi des porte-manteaux pour pendre les vêtements...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle parlait avec animation, et Jean la regardait bouche béante, se demandant en lui-même pourquoi elle sortait ainsi de ses habitudes. Elle lui avait pourtant parlé bien des fois de la petite Jeanne ; mais il comprenait seulement maintenant combien elle l'avait aimée, et il en était presque jaloux. C'est pourquoi, s'approchant tout à coup de sa mère, il l'entoura de ses bras où il la serra, se hissant sur la pointe des pieds pour mettre son front à la hauteur de ses lèvres. Agathe inclina la tête pour l'embrasser plus à son aise, et caressa doucement son épaisse chevelure, qu'elle releva par un geste de coquetterie maternelle, afin de découvrir son front blanc et harmonieusement modelé.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« Un bon garçon,&lt;/dialog&gt; dit le docteur qui lui sourit ; &lt;dialog&gt;on voit qu'il aime bien sa mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui,&lt;/dialog&gt; dit-elle ; &lt;dialog&gt;il peut m'aimer double, il n'a plus de père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et ma fille n'a plus de mère, »&lt;/dialog&gt; répondit le docteur dont le sourire s'effaça. Il reprit après un silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;dialog&gt;« C'est convenu, madame Trémisort ; je vous enverrai ma petite fille, avec ma cousine, M&lt;small&gt;&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt;&lt;/small&gt; Monique Ollivier. Vous lui direz votre prix, pour votre peine et le temps qu'elles vous feront perdre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oh ! Monsieur ; nous n'aurons pas de difficultés là-dessus...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Non, sans doute, et c'est encore moi qui vous devrai de la reconnaissance. Ce sera pour la semaine prochaine: vous serez prévenue du jour. Adieu maintenant ; je vais faire un tour dans le village, et j'irai ensuite attendre la voiture sur la route. A revoir, mon ami Jean ! »&lt;/dialog&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3491036937700709110-9043202738519360067?l=jeantremisort.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://jeantremisort.blogspot.com/feeds/9043202738519360067/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3491036937700709110&amp;postID=9043202738519360067' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/9043202738519360067'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3491036937700709110/posts/default/9043202738519360067'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jeantremisort.blogspot.com/2007/10/i-arrive-dun-tranger-dans-le-village-de.html' title='I.- Arrivée d&apos;un étranger dans le village de Saint-Roch. — Où l&apos;on fait connaissance avec la mère Agathe et son fils Jean.'/><author><name>jjoa</name><uri>http://www.blogger.com/profile/06703504518510451423</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://i148.photobucket.com/albums/s32/jjoa/38446817N00.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_DnjXi1qMQJg/RwgAkM7t2PI/AAAAAAAAAg4/r0EMW-5h_Cg/s72-c/tremisort1.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
